Le Dernier Trappeur
Christal Films Distribution / Office Nationale du Film

Réalisateur: Nicolas Vanier
Année: 2004
Classification:
Durée: 101 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 8
Nombre de disques: 2 (DVD-9+DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
10 décembre 2006

Avec ses images magnifiques du Grand Nord canadien, "Le Dernier trappeur" réussit à faire oublier son scénario un peu quelconque et ses messages environnementaux plutôt appuyés. En 1999, le réalisateur français Nicolas Vanier a voyagé pendant cent jours dans les régions sauvages et glacées du Canada. Pendant cette période, il a pu prendre le pouls des grands espaces, explorer la faune et voir comment les êtres humains interagissent avec la nature. Cela lui a donné une idée de docudrame assez périlleuse : il a décidé de filmer les paysages incroyables qui se dessinaient devant ses yeux afin de pouvoir sensibiliser les populations de la planète.

En s'inspirant de la réalité, le cinéaste de Au Nord de l'hiver et L'Enfant des neiges dresse une histoire de fiction autour de Norman (Norman Winther, un nom tout indiqué), un trappeur expérimenté qui réside au sein des montages Rocheuses avec sa compagne (May Loo) et de nombreux chiens. Ce couple a besoin de peu pour survivre : l'homme chasse et piège des animaux pour recueillir de la nourriture et des fourrures pendant que la femme s'occupe de la maison. Alors que les arbres se font de plus en plus rares, les animaux doivent migrer pour pouvoir survivre. Conscient que les gens qui s'occupent de la nature sont peu présents, Norman songe à changer de vie pour pouvoir offrir une meilleure qualité de vie à sa douce moitié indienne.

Bénéficiant d'une photographie majestueuse, "Le Dernier trappeur" séduira facilement le spectateur qui est encore envoûté par La marche de l'empereur ou La Planète blanche. Les images sont fascinantes, le froid est très palpable et les séances de tournage ont dû être particulièrement éprouvantes. Commençant à l'automne, ce film s'intéressera particulièrement aux conditions climatiques extrêmes de l'hiver pour se clôturer au printemps. Au passage, les héros devront survivre par eux-mêmes en prenant soin de ne pas se faire attraper par les tempêtes soudaines, le lac glacé qui ne l'est pas totalement ou des loups qui rôdent. En observant bien, les différentes teintes de blancs restent toujours uniques et les contrastes sont parfaitement adaptés aux situations.

L'atmosphère musicale bénéficie d'une piste sonore Dolby Digital 5.1 extrêmement soignée. Des bruits d'oiseaux, des aboiements de chiens, l'eau qui s'écoule, le vent qui souffle : la nature se déchaîne pour en mettre plein les oreilles. Les pièces sont peut-être un peu trop symphoniques, mais un classique de Leonard Cohen pimente la randonnée. Si des trames anglaises et françaises sont disponibles, il n'est pas possible d'inclure des sous-titres. Au moins, les voix sont parfaitement audibles et la narration n'est presque jamais entravée.

C'est lorsque les êtres humains sont reclus et qu'ils doivent affronter la nature que cet essai s'avère le plus poignant. Les séquences de survie, assez prévisibles, demeurent très crédibles. L'attachement envers les personnages, et surtout pour les nombreux chiens, se fait automatiquement. Une fois le regard posé sur ces braves bêtes, impossible de ne pas se soucier de leur sort. Au contraire, lorsque les protagonistes, qui portent leur propre nom, se retrouvent en société, l'histoire piétine légèrement dans des dialogues très secondaires qui nuisent quelque peu au rythme de l'ensemble. Les différents acteurs, toujours crédibles, auraient été plus à l'aise si "Le Dernier trappeur" avait épousé totalement le style du documentaire plutôt que de patauger avec la fiction.

Au moins, le message passe facilement. S'il n'est pas totalement nouveau, il demeure important. L'homme a besoin de la nature pour s'évader et évoluer, alors que ces milieux hostiles profitent énormément d'une présence humaine qui évite, par la chasse, que des animaux se reproduisent en trop grand nombre, ce qui risque de nuire à l'équilibre de la faune. Pendant que les villes monopolisent l'attention et que les arbres se font abattre inlassablement, les "protecteurs" des grands espaces se font rares, car ils n'ont pas assez d'argent pour bien survivre dans ces milieux extrêmes.

Cette édition disponible au Québec comporte deux DVD. Le premier contient uniquement le film et, comme toujours, plusieurs publicités annonçant les prochaines productions de Christal Films. Le menu principal, très attrayant, propose un long montage de scènes vivantes et une musique lyrique qui détruit tout sur son passage. Un deuxième disque comporte la totalité des suppléments qui sont en forme de triptyque. Deux bandes-annonces moyennement convaincantes ornent une section. L'autre est consacrée à une jolie galerie de photos. Pendant plus de deux minutes, des images défilent automatiquement, bercées par une musique à saveur indienne. Le segment le plus intéressant, et le plus volumineux avec ses 52 minutes, s'intitule "L'envers du décor". De nombreuses scènes sont montrées, rarement racontées. Différents membres de l'équipe parlent de ce tournage extrême, du froid ambiant, de la luminosité exceptionnelle de filmer à moins 50 degrés Celsius et des exigences du réalisateur. Norman Winther raconte ses longues périodes d'attente et du passage de son mode de vie clément à cette nouvelle existence qui le voit côtoyer 35 inconnus. La séquence la plus intéressante est facilement les scènes de dressage. Le méchant ours ne semble plus aussi menaçant à l'extérieur du champ de la caméra!

Grâce à la magnifique musique un tantinet trop poussée, des chiens mignons comme tout et, surtout, des paysages sublimes de territoires peu filmés, "Le Dernier Trappeur" divertira quiconque est capable de faire abstraction des dialogues qui sonnent creux et des quelques répétitions qui surviennent dans la vie des personnages. Noble cause. C'est toutefois légitime de se demander pourquoi une telle œuvre, qui a pris l'affiche au Québec en novembre 2005, a pris une année entière avant de se rendre à l'étape du DVD.


Cotes

Film6
Présentation7
Suppléments5
Vidéo9
Audio9