Massacres, morts et viols sont au cœur de "The Devil Came on Horseback", un documentaire douloureux sur un des nombreux conflits qui perdurent toujours en Afrique. Un intense plaidoyer pour la vie qui fait oublier ses quelques largesses. En 2004, dix années après le Rwanda, un autre génocide est sur le point d'éclater. Pendant que l'attention mondiale et médiatique est portée sur l'Irak et l'Afghanistan, des groupes armés et des instances gouvernementales arabes du Soudan décident d'éradiquer la population noire de la région du Darfour. Un témoin sur place, le capitaine américain Brian Steidle, multiplie les photographies des horreurs commises, demandant une implication de son pays et de la communauté internationale. Des requêtes de défense et de protection qui demeurent sans réponse.
"The Devil Came on Horseback" est un documentaire choc qui aimerait changer la donne. Malgré des rappels historiques, politiques et économiques de la situation, l'emphase est mise sur le personnel. C'est le témoignage de Steidle qui est à l'avant-plan, son combat perdu à l'avance pour sauver les gens et son retour aux États-Unis où il a comme objectif de faire bouger les choses. Entre plusieurs commentaires éloquents et des moments plus révoltants (après une série de conférences dans une ville américaine, des Soudanais mettent en doute la pertinence de ses photographies!), le conflit tend à demeurer parfois dans l'ombre. La souffrance du peuple semble même être utilisée pour montrer comment l'Amérique doit absolument aider les autres nations. Il est donc un peu regrettable que la parole ne soit pas plus donnée aux gens sur place.
Ces partis pris de la mise en scène ne voilent toutefois pas les grandes qualités du document. La souffrance est énorme et il est impossible de ne pas être touché. La charge contre l'inaction des grandes puissances ne laisse pas indifférent et le constat s'avère plus réaliste que naïf. La réalisation énergique et mouvementée de Ricki Stern et d'Annie Sundberg est pratiquement sans temps mort. Le montage est habile, il va au cœur de l'action. Le style demeure éclaté sans toutefois voler la vedette au sujet. L'emballage s'avère donc exemplaire afin d'offrir les messages les plus clairs et directs possibles.
La beauté des paysages et de la photographie est également indéniable. Les plans proviennent de différentes caméras, ce qui peut donner des résultats un peu inégaux. Le grain et le flou apparaissent, tout comme des ombres, des reflets et l'utilisation de quelques archives. Il y a donc une volonté à saccader les images sans jamais nuire au contenu. Généralement, les couleurs tendent à être peu éclatantes, plus réalistes qu'oniriques. La seule piste sonore présente est en anglais et il n'y a aucun sous-titre disponible, hormis ceux qui apparaissent automatiquement à l'écran. Ce choix, discutable, ne permettra pas au plus grand nombre de gens d'avoir accès à ces documents importants. Au moins, les voix s'entendent sans problème. Les pistes audio sont honnêtes, recréant habilement les bruits d'appareils photo et d'hélicoptères. La musique en sourdine sait être lourde et haletante sans demeurer trop présente.
La pochette ressemble à une peinture. Il y a un cavalier sur son cheval, arpentant une région dévastée. Les couleurs saturées dans le noir, le jaune et l'orangé sont superbement reproduites. Le menu principal du DVD utilise une mélodie à effet, onctueuse et très discrète, pour surplomber un lent montage hachuré de scènes en mouvements. Une simplicité qui est appréciée. Ce n'est toutefois pas le cas de ces suppléments peu garnis. Il n'y a que la bande-annonce originale et un documentaire de 12 minutes s'attardant aux femmes violées qui se retrouvent dans des camps de réfugiés. Ce segment est primordial, mais il est beaucoup trop court.
"The Devil Came on Horseback" est davantage un essai intimiste qu'un documentaire fouillé sur la déroute d'un pays. Tout passe par la voix, les yeux et les pensées de Brian Steidle, un homme qui se sent coupable de n'avoir pas arrêté les massacres. L'objet est donc plus personnel qu'objectif, jamais dénué d'intérêt ni d'authenticité, mais qui n'a pas la force rhétorique d'un No End in Sight. Pour les amateurs de l'excellent The Killing Fields ou J'ai serré la main du diable qui comporte plusieurs éléments similaires.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |