Dumbstruck
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Mark Goffman
Année: 2010
Classification: PG
Durée: 84 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DDST)
Sous-titres: Espagnol
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 629159046907

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Jimmy Chartrand
30 août 2011

On est en 2007 et contre toutes attentes, Terry Fator, un ventriloque, impressionne tout le monde aux auditions de "America's Got Talent" au point de remporter la finale et le grand prix. Un an plus tard, après avoir fait trois spectacles à Las Vegas faisant partie de son grand prix, voilà qu'il se voit offrir un contrat de cinq ans au salaire de 100 millions de dollars au Mirage avec une salle portant son nom. Aujourd'hui, il ferait vraisemblablement partie des spectacles les plus lucratifs et populaires de la région.

Comme on le réalise donc, encore plus récemment d'ailleurs, les "weirdos" ont la cote et chaque spécimen que l'on découvre semble détenir toujours le filon parfait pour livrer des documentaires à la fois sympathiques et marrants aux premiers abords, mais rapidement touchants dans leur deuxième détour. En suivant parfaitement ce courant pour ne pas dire cette vague, "Dumbstruck" ne s'en tient pas à un seul intervenant comme Marwencol et à l'instar du tout récent Superheroes, opte pour une vision élargie, comparative et nuancée qui permet au film de bien se tenir et de garder pleinement captivé et intéressé. Il faut dire que Terry n'est pas ce qui a mis au monde le projet, mais bien au contraire une convention de ventriloques qui se déroule d'année en année depuis un bon moment déjà.

Outre le plus célèbre déjà nommé, on suit quatre autres artistes à la situation particulière qui viennent tour à tour pimenter et enrichir le sujet. Du jeune Dylan, 13 ans, qui rêve d'en faire son métier en passant par l'ex-top-modèle Kym, Wilma, la gardienne de sécurité de 6 pieds 5 et Dan, qui anime des croisières et donne des cours mondialement, on est entre de bonnes mains.

Bien sûr, c'est un documentaire indépendant et le peu de moyens se fait sentir. Le son est loin de toujours être au point (on filme souvent spontanément), on utilise d'ailleurs des sous-titres pour certains passages plus ambigus, et on ne cherche pas à faire une oeuvre d'art du côté visuel. L'éclairage est aussi naturel qu'il pourrait l'être, les plans sont relatifs et certaines images d'archives sont aussi granuleuses que bizarrement cadrées. Pourtant, on fait rapidement abstraction de ces méfaits, tout autant que du dynamique montage qui fait un bon compte-rendu des heures et des heures de matériel qui, on se l'imagine, se trouvait à porter de main, et on ressent rapidement l'importance de ce long-métrage: il provient du coeur.

Du coup, la sincérité d'ensemble arrive plus souvent qu'autrement à point (quelques maladresses en moins comme des fondus, des ralentis et une musique basique un peu appuyée et "quirky") et foudroie par l'honnêteté des interventions. Il faut dire que le volet de l'entourage des énergumènes qui nous intéresse consiste certainement en l'un des aspects les plus intéressants, rappelant en version un peu moins émotionnelle le remarquable L'épine dans le coeur de Michel Gondry pour le segment à propos de son frère.

Pour le reste, il y a peut-être des longueurs alors que ce n'est pas tout qui s'avère palpitant. Certes, cela dure à peine une heure et demie et c'est tant mieux, puisqu'on y fait un tour assez global et complet. Bon, avouons que ce n'est peut-être pas le format qui convient le mieux à une telle forme d'art comme les plans trop rapprochés brisent de beaucoup la magie alors qu'on prend trop conscience des bouches qui ouvrent et se ferment, mais en même temps, on aurait peut-être aimé avoir droit à un peu plus de performances pour les voir à l'oeuvre dans ce qu'ils se défendent le mieux.

À ce propos, les bonus sur le DVD sont décevants. Outre un segment d'une quinzaine de minutes où Terry Fator explique ses nombreux personnages qui s'avère intéressant, mais pas entièrement, on réalise que les deux autres intervenants qui n'ont pas été gardés au montage ne se montrent définitivement pas comme un manque. Si on avait préféré des extraits allongés des quelques performances qu'on a pu voir au courant du documentaire, on se réconforte quand même avec la piste de commentaire audio du réalisateur et des producteurs qui jouit d'un grand dynamisme où l'affection de ces derniers pour le projet se fait considérablement ressentir. Si plusieurs éléments ressortent comme des évidences, des petits détails mentionnés ajoutent certainement une version bonifiée de ce qu'on avait déjà eu la chance de découvrir.

Côté présentation par contre, on regrette que la pochette soit aussi ordinaire. Bien sûr, elle est assez conventionnelle, mais le montage est peu attirant, les couleurs fades et les photos pas toujours avantageuses. En voyant tout cela, on n'est pas vraiment attiré à jeter un coup d'oeil (ça ne reflète que bien peu la gamme d'émotions que le film vient chercher en nous) et c'est d'autant pire avec la photo plutôt terrifiante d'un visage de marionnette qu'on a apposé sur le disque.. Le menu DVD, fort simple, est sympathique et principalement animé cela dit.

En somme, "Dumbstruck" réussit le pari d'illustrer de façon nuancée et concrète un sujet dont on parle peu en prouvant également la pertinence de l'aborder. Certes, les failles sont nombreuses comme le film provient du coeur plutôt que d'une abondance de moyens qu'on ne savait plus où investir, mais justement, cette sincérité s'avère gagnante et on est assuré d'en ressortir bien plus charmé que profondément indifférent.


Cotes

Film6
Présentation5
Suppléments5
Vidéo5
Audio5