Encounters at the End of the World
Les Films Séville Pictures / Discovery Films / Image Entertainment

Réalisateur: Werner Herzog
Année: 2007
Classification: G
Durée: 101 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 17
Nombre de disques: 2 (DVD-9 + DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
4 décembre 2008

En compagnie de Wim Wenders, Werner Herzog est sans aucun doute le cinéaste allemand le plus influent et important de son pays. Même si ses derniers récits ne rivalisent aucunement avec ceux qu'il a réalisés dans les années 1970, sa propension à ne presque jamais décevoir force l'admiration. Quelques années à peine après son Grizzly Man, le voilà revenir à la charge avec "Encounters At the End of the World", un documentaire tout aussi intéressant qui fait voir l'univers d'une autre manière.

La prémisse pourrait rappeler celle de Le dernier continent et tous ces autres essais sur les manchots. Après avoir voyagé partout sur la planète en s'intéressant longuement à la jungle, un des metteurs en scène les plus singuliers de son époque décide de visiter l'Antarctique pour faire connaître les gens qui décident de s'isoler à l'autre bout du monde. Au passage, pourquoi ne pas filmer les grands espaces "lunaires", parler d'enjeux importants... et s'intéresser à des pingouins trop mignons?

Si le sujet ne passera pas à l'histoire, le traitement singulier peut surprendre. De sa narration drôle et solide, Herzog sort du cadre traditionnel du documentaire objectif pour créer une réflexion probante sur l'état du monde. Les individus qu'ils présentent sont des originaux au destin singulier qui ont pratiquement tout connu. Les thématiques sont abordées subtilement, sans avoir recours au grand marteau sur l'environnement. Au contraire, on y parle plutôt du sort des langues, des icebergs en tant que masse vivante et de la solitude qui peut guetter quiconque se trouvant à des milliers de kilomètres de chez eux.

Le tout se veut agrémenté d'une recherche constante sur les entités qui entourent l'être humain. Grâce à son équipe technique, le réalisateur offre une plongée du monde marin, avant de louer un hélicoptère et de faire découvrir les grands espaces. Ce voyage du corps et de l'âme, à la fois drôle et sérieux, atteint son apogée lors d'un court segment sur les pingouins. Le cinéaste pose des questions impromptues à un expert, et il remet en doute le choix d'un de ces oiseaux marchants qui préfèrent se suicider en se dirigeant vers le territoire glacier plutôt que de suivre ses amis vers la mer. Des réflexions tendres et poétiques qui risquent de soutirer une larme.

La magnifique photographie convaincra quiconque de s'intéresser à l'ouvrage. Les images retenues sont souvent superbes, avec ces milliers de détails, ces couleurs justes qui captivent aisément la rétine et ces contrastes homogènes. En y regardant de plus près, il est toutefois aisé de constater que du grain peut exister, tout comme du blocage et des archives au rendu inégal. La musique mystique et les élans irlandais contrastent avec la neige et l'eau qui semblent s'étirer jusqu'à l'infini. Les pistes sonores anglophones sont intéressantes, utilisant les différentes enceintes pour faire ressortir des bruits significatifs (des moteurs d'avions, des cris d'oiseaux, des explosions, etc.) tout en prenant soin de ne pas trop entraver les dialogues. Les accents britanniques ne sont pas trop difficiles à déchiffrer, surtout qu'il y a de visibles sous-titres jaunes en option.

La pochette montre un peu tièdement deux explorateurs sur un rocher qui regardent la neige devant eux. Joli et attendu. Le menu principal du DVD reprend ce concept statique en y superposant une mélodie plus ou moins mémorable. Après un premier visionnement qui se déroule dans la joie et l'allégresse, il est surprenant de constater la profondeur des suppléments. La majorité se retrouve sur le premier disque. Il y a tout d'abord une piste de commentaires. Le metteur en scène, le producteur Henry Kaiser (qui a également participé à la trame sonore) et le directeur de la photographie Peter Zeitlinger échangent sur le projet, le froid, le symbolisme et la pertinence d'un tel ouvrage. Le ton de bonne camaraderie s'éclipse parfois derrière une argumentation solide entre des hommes qui défendent ardemment leurs opinions. Il y a ensuite deux segments musicaux et sans parole qui permettent d'observer longuement ce cimetière marin et ces dunes blanches. Hypnotisant. Une entrevue de 20 minutes avec un nageur intéressera le spectateur qui a déjà un faible pour ce métier, car les informations qui en découlent sont souvent techniques. Plus superficielle est cette excursion du pôle nord datant de 2001. La genèse du récit est palpable, sauf que montrer un Henry Kaiser à la guitare n'est pas nécessairement pertinent. Il y a finalement quelques images attendrissantes de phoques qui se font chauffer le ventre au soleil! Le bonus qui rivera les cinéphiles à leur banc se trouve sur le deuxième disque. Pendant plus d'une heure et devant le public, Werner Herzog répond aux questions de Jonathan Demme, celui-là même qui a réalisé Silence of the Lambs et plusieurs autres documentaires importants. L'échange se veut fascinant, revenant sur l'enfance de l'Allemand, ses projets personnels et l'impact de ses créations sur le spectateur.

Sans rivaliser avec Fitzcarraldo et les meilleurs opus de son cinéaste, "Encounters At the End of the World" est un long-métrage qui sait faire du neuf avec du vieux. Par sa narration, son sens inné des questions et ses propos ironiques ou profonds, le créateur de Aguire, The Wrath of God filme des paysages grandioses en y insufflant une démarche artistique. Un voyage poétique et spectaculaire qui est accompagné de solides suppléments.


Cotes

Film8
Présentation4
Suppléments9
Vidéo7
Audio7