Irshad Manji est musulmane et auteure du best-seller The Trouble with Islam Today: A Muslim's Call for Reform in Her Faith". Elle vit en Colombie-Britannique, mais ne peut révéler à quel endroit. Les fenêtres de son appartement sont résistantes aux balles, sa boîte aux lettres est protégée contre les colis piégés et elle reçoit quotidiennement des dizaines de courriels l'injuriant et la menaçant de mort. Le Christianisme et le Judaisme ont fait l'objet de critiques et même de ridicule depuis des décennies, autant de la part des pratiquants que des non-pratiquants, sans pour autant déclencher la colère et la sauvagerie des fondamentalistes. Ce n'est pas le cas quand on ose critiquer l'Islam. De la fatwa qui a obligé Salman Rushdie à vivre en reclus, au meurtre du cinéaste Theo Van Gogh, en passant par les manifestations violentes qui ont suivi la publication des caricatures de Mohammed, les exemples d'intolérance et de réactions hystériques ne manquent pas. Bref, l'Islam est dysfonctionnel et Irshad Manji lance un appel à la réforme. Dans le documentaire "Faith without Fear", coproduit par l'ONF et réalisé par Ian McLeod, elle se questionne sur l'état de l'Islam contemporain et se demande comment elle peut concilier sa foi et son statut de femme avec son amour de la liberté.
Lors d'un périple qui la mènera au Moyen-Orient, en Europe et en Amérique du Nord, Irshad Manji rencontre, entre autres, un ex garde du corps de Ben Laden dont le plus grand rêve est que son fils devienne un martyr, une Yéménite qui défie les règles et s'oppose au sort réservé aux femmes, la Néerlandaise Ayaan Hirsi Ali, ex membre du parlement et dissidente qui a renié l'Islam après l'assassinat de Theo van Gogh, et une Américaine convertie à l'Islam qui soutient qu'en se couvrant le corps et le visage, elle ne fait qu'exercer sa liberté de religion. Au travers des conversations, elle découvrira une religion basée sur la justice, mais corrompue par la peur et où le débat est exclu. En quête de solutions, elle se dirigera vers l'Espagne (Al-Andalus, péninsule ibérique), berceau de l'Age d'Or de l'Islam, une époque où différentes cultures, religions et idéologies enrichissaient la civilisation musulmane. Cette ouverture sur le monde était possible grâce au concept de "l'ijtihad", une tradition islamique basée sur la libre pensée et l'esprit critique. Malheureusement, "l'ijtihad" n'est plus qu'une relique du passé et Irshad Manji est convaincue qu'il est impératif de la restaurer et qu'il s'agit de la clef qui permettra à l'Islam de redevenir progressiste et humaniste. Elle aura également plusieurs conversations avec sa mère, plus croyante et pratiquante qu'elle, qui lui démontrera que la dignité peut s'opposer à l'humiliation et qu'il est possible d'exercer sa foi sans ressentir la peur.
En seulement 54 minutes, il ne faut pas s'attendre à une étude approfondie des nombreuses tares qui affligent l'Islam contemporain. On passe rapidement d'un lieu à l'autre et les entrevues sont trop courtes pour arriver à brosser un portrait détaillé des enjeux. Les segments sont entrecoupés d'extraits de conférences données par Irshad Manji et d'interventions à différentes émissions télévisées, mais encore là, c'est tout juste suffisant pour donner un aperçu. De plus, les conversations avec sa mère sont trop nombreuses et ne mènent souvent nulle part. Elle s'attarde avec plus de succès à la condition de la femme musulmane, mais évacue le problème de l'intégration des immigrants musulmans en Europe (ni le multiculturalisme Néerlandais ou Britannique, ni l'intégration stricte en France ne semblent fonctionner) et celui de l'absence d'une entité centrale vouée à l'interprétation des textes religieux (il n'y a pas de "Vatican" Islamique). Ceci étant, à mon avis, un problème majeur puisque chacun est libre de choisir les extraits du Coran qui font son affaire et de les interpréter comme il veut. La même absence de normes existe en ce qui a trait à la formation des imams.
La présentation audio et vidéo est telle que l'on est en droit de s'attendre pour un documentaire tourné en 2007. L'image est claire et propre, les couleurs sont riches et vibrantes lors des scènes tournées à l'extérieur, et le niveau des contrastes et des détails est excellent. Les extraits d'entrevues télévisées sont de moindre qualité, mais demeurent acceptables. Malgré la présence d'une piste ambiophonique, l'activité sonore demeure concentrée dans les enceintes avant. Les dialogues sont clairs, même à l'extérieur où il est plus difficile de contrôler les bruits ambiants. Des sous-titres, faciles à lire, apparaissent lorsque les intervenants ne s'expriment pas (ou mal) en anglais. La présentation et les menus sont standards et cinq courtes revuettes sont offertes en guise de suppléments. Il s'agit probablement de séquences coupées au montage, puisque le contenu, bien qu'informatif, est redondant.
"Faith without Fear" demeure intéressant pour le néophyte, mais celui qui désire approfondir le sujet devra regarder ailleurs. Je n'ai pas lu le livre d'Irshad Manji, mais j'imagine qu'il contient pas mal plus de chair autour de l'os.
| Film | 5 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |