Fragments d'Irak
Métropole Films Distribution

Réalisateur: James Longley
Année: 2006
Classification: 14A
Durée: 94 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Kurde/Arabe (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 19
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
4 juillet 2007

Les films de fiction et les documentaires se succèdent sur les conflits armés qui ravagent les peuples des quatre coins de la planète. Après avoir abordé l'Afghanistan, des cinéastes se dirigent vers l'Irak pour capter sur pellicule l'espoir et les soubresauts de vie.

Comme l'indique son titre, "Iraq in Fragments" propose quelques situations morcelées d'un pays envahi par les États-Unis. Trois histoires se succèdent dans un climat de violence et de dégénérescence des acquis où la promesse de beaux lendemains risque à chaque instant de disparaître. Un jeune garçon ère à Bagdad, une population cherche à tenir des élections libres et des fermiers rencontrent des secouristes étrangers. Ces tranches d'existence alimentent un seul discours: la nécessité d'un peuple à s'autogérer soi-même.

Ce qui frappe d'emblée est le soin apporté aux images. La sublime photographie multiplie les plans de couchers de soleil et ces magnifiques couleurs qui se fondent les unes dans les autres. Les effets de la lumière s'avèrent souvent poétiques, donnant des propensions quasi irréelles aux évènements qui se déroulent. Le mince blocage est rapidement absorbé par la magnificence des contrastes dont les ombres se terrent à gauche et à droite, enveloppant les âmes de leur noirceur infinie.

Cette beauté plastique ne doit surtout pas éclipser les desseins du réalisateur américain James Longley qui est de donner la parole aux Irakiens. En réduisant la narration au strict minimum, il laisse parler ses plans, alimentant le tout de bribes de conversation de la population. Au passage, il est surprenant que la totalité des témoignages retenus s'avère d'un antiaméricanisme notoire. La nostalgie semble s'accaparer des esprits qui n'hésitent pas à revendiquer un retour en arrière, à cette époque où Saddam Hussein était au pouvoir...

Cette inquiétante subjectivité reste longuement en tête, car il n'y a rien d'autre à se mettre sous la dent. Longley montre sans rien expliquer. Au passage, ses trois prémisses demeurent volatiles et le spectateur n'apprendra absolument rien de nouveau sur le sujet. Au lieu de dresser le bilan des Sunnites, des Chiites et des Kurdes qui se déchirent sur des terres asservies, il laisse aller sa caméra à des prouesses techniques. Lors du second segment, il oublie même de montrer comment les volontés de la première puissance au monde peuvent se transformer en chimères sur différents plans, dont celles des élections libres. En décidant librement de son sort, un peuple peut facilement élire un dictateur qui interdira ses structures aux "grands libéralisateurs". Mais les enjeux politiques, économiques et sociaux ne semblent pas peser lourd dans la balance.

Les belles mélodies s'appuient souvent sur de jolis chants. La piste sonore kurde et arabe en Dolby Digital 5.1 propose de nombreux éléments (bruits de la foule, hélicoptères, ville qui grouille, cloche, etc.) qui finissent par créer une atmosphère intéressante. Afin de faciliter la compréhension, d'honnêtes sous-titres jaunes en anglais et en français sont présents. La pochette montre un bâtiment en feu avec un enfant en avant-plan. Le menu principal du DVD reprend cette pose statique, alors qu'une musique extrêmement délicate berce les oreilles. Outre la bande-annonce originale, une entrevue de vingt minutes avec le cinéaste fait figure de suppléments. Le réalisateur de Gaza Strip explique sa démarche au critique Robert Horton. Il dresse une liste exhaustive des principales difficultés tout en décrivant son équipement. Les questions sont pertinentes et les réponses s'avèrent souvent plus révélatrices que le résultat final.

Contrairement à un documentaire comme The War Tapes qui renseignait énormément sur les enjeux présents, "Iraq in Fragments" préfère méditer en succédant des plans plus mémorables les uns que les autres. Un exercice de style qui se fait au détriment des nouvelles informations apportées. De belles images demeurent accessoires devant un objet au regard si aigu qui n'apprend malheureusement que peu de choses.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments4
Vidéo9
Audio7