Le Grand Silence
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Philip Gröning
Année: 2005
Classification: G
Durée: 164 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français et latin (DDST)
Sous-titres: Français, Anglais
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
15 avril 2007

Fin décembre 2006, début janvier 2007. Le documentaire de près de trois heures "Le Grand silence" prend l'affiche dans quelques salles au Québec. Malgré sa durée et son sujet extrêmement pointilleux, les gens accourent. Des projections ont même dû être rajoutées et le film a été diffusé pendant plusieurs semaines. Un exploit imprévisible pour une œuvre qui l'est tout autant. Le sujet force l'admiration. Le réalisateur Philip Gröning a passé des mois à côtoyer et à filmer des moines de La Grande Chartreuse, dans les Alpes françaises. Il a capté sur le vif les prières, les recueillements, les moments de silence et la profonde solitude de ces hommes hors du commun. Ce microcosme recrée en quelques heures des existences sereines et routinières d'âmes qui s'élèvent des biens matériels pour errer vers une force supérieure.

Cet objet atypique qui a remporté le prix du meilleur documentaire au récent European Films Awards est une expérience unique qui ne risque pas de plaire à tous. En fait, concrètement, il ne s'y passe presque rien. Des êtres humains errent dans un monastère, personne ne parle, les journées se ressemblent et progressivement, le public non averti aura tôt fait de sombrer dans les bras de Morphée. Pourtant, en s'y penchant de plus près, c'est la beauté de la vie qui ressort de ce prisme si précieux. Le sens du travail est noble, alors que des corps se défoulent dans la neige comme de simples enfants. Et il y a ces visages si authentiques qui s'arrêtent pour regarder l'objectif de la caméra.

Contrairement aux productions religieuses comme Conversations With God qui ont envahi le marché dans les derniers mois, "Le Grand silence" ne cherche pas à convertir des esprits perdus. Bien au contraire. Il tend à explorer une nouvelle forme de spiritualité en s'intéressant au divin et au sacré. Cette démarche s'inscrit dans la logique des histoires si riches et puissantes racontées dans les formidables La Neuvaine de Bernard Émond et Dans les villes de Catherine Martin. Le sens des détails, conséquents, amène une période de transe, ce qui modifie l'organisme positivement.

Ce récit extrêmement lent est une occasion d'apercevoir des paysages rarement filmés. La photographie majestueuse utilise une caméra mobile, ce qui ne donne pas les images les plus claires au monde. Beaucoup de grain apparaît en introduction et celui-ci s'estompera subtilement, au fil du temps. Les contrastes, pas toujours parfaits, risquent de faire perdre quelques détails, sauf que ce choix est délibéré. Mieux vaut entourer ces entités d'un flou ambiant pour les rendre encore plus secrets. La pénombre prédominante sert au recueillement et à ces multiples messes qui séparent une journée. Au contraire, la blancheur et la luminosité si particulière se métamorphosent en halo, une autre touche fantasmagorique parmi tant d'autres. L'utilisation du son recèle beaucoup de surprises. Les phrases se font rares, seulement quelques mots sont prononcés à l'occasion. Pour bien les saisir, des sous-titres jaunes défilent automatiquement lorsque la langue s'éloigne trop de l'anglais ou du français. Des chants cathartiques peuvent agir en tant que trame sonore, mais cette évasion musicale n'est pas coutume. La progression s'exerce plutôt dans le silence... qui n'est pourtant pas éternel. Une fois le recueillement atteint, des cloches peuvent faire sursauter, ramenant les pieds sur terre. Le dérangement le plus strident est cette scie qui provoque son lot de frissons. En prêtant l'oreille, le vent, l'eau ou l'écho de pas s'évadent parfaitement de cette piste sonore plus qu'honnête.

Lors de sa projection de presse, un dossier riche et complet expliquait - entre autres - la naissance du projet, les difficultés de convaincre les bonnes personnes et l'histoire de l'Ordre des Chartreux. Malheureusement, aucun de ces détails n'est présent ici. Pire, il n'y a pratiquement pas l'ombre d'un seul supplément. Des écrits, un documentaire ou une piste de commentaires n'auraient certainement pas fait de mal. La pochette, extrêmement représentative, montre un long couloir austère. Le menu principal reprend cette image en gardant bien d'amener une seule action ou la moindre note musicale. Pour une fois que l'atmosphère est pratiquement identique au résultat final!

"Le Grand silence" est une odyssée mystique, une leçon de cinéma qui fait évoluer sans prêcher la morale. Il faut être disposé à le regarder et à se laisser envahir par tant de sentiments contradictoires, mais une fois les inhibitions mises de côté, le voyage peut enfin débuter. Quelques efforts pour transformer complètement sa perception? Pourquoi pas!


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments-
Vidéo6
Audio7