Les DVD ne servent pas seulement au divertissement, mais également à l'apprentissage. Le genre par excellence est bien entendu le documentaire et lorsqu'il est bien fait, rien ne peut battre son pouvoir évocateur. La compagnie de distribution MVD est réputée dans la musique, sauf qu'elle sait également diversifier ses tirs. En fait, elle vient tout juste de sortir "Hubert Selby Jr: It/ll Be Better Tomorrow", une exploration extrêmement pertinente de l'univers d'un des plus grands écrivains américains.
Hubert Selby Jr n'a pas vécu une existence très clémente. Il est né à Brooklyn en 1928 et à l'âge de 15 ans, il a tout quitté pour s'engager dans la marine. Quelques années plus tard, la tuberculose envahit son organisme, le laissant à jamais affaibli. Trop malade pour travailler, il passe son temps à boire, à se droguer et très rapidement, l'argent commence à lui manquer. Pour ne pas avoir la sensation d'avoir raté sa vie, il se met à l'écriture. Son premier roman, Last Exit to Brooklyn, devient rapidement une œuvre culte. Même si ses écrits sont interdits en Angleterre, l'écrivain remporte un succès d'estime indéniable au fil de ses prochains opus. D'un style unique et réaliste, Selby Jr suscite l'admiration partout sur son chemin... sauf sur sa terre natale. Redécouvert par le public américain après la sortie en 2001 du chef d'œuvre Requiem for a Dream (une fascinante adaptation cinématographique d'un de ses romans), l'auteur de Waiting Period passe l'arme à gauche en avril 2004.
Ce documentaire de 79 minutes réalisé par Kenneth Shiffrin et Michael W. Dean n'est pas chronologique. Il débute peut-être dans les premières années de la vie de Selby Jr, mais c'est pour mieux jouer avec l'espace temporel. L'important, c'est de raconter simplement les évènements marquants de sa vie sans trop embellir les situations. Pour y arriver, la narration de Robert Downey Jr explique les zones grises et fait des ponts entre les différents aspects, les nombreuses années. La lourde tâche revient plutôt aux sources présentes qui dépassent largement la douzaine de personnes. Dans le lot, il y a des romanciers, des amis et des gens du milieu cinématographique. À première vue, il est étrange de constater que les garçons à problèmes (Lou Reed, Jerry Stahl) ont tous été influencés par ses histoires uniques en leur genre. Mais est-ce réellement surprenant? Avec l'hommage bien senti dans un épisode des Simpsons, les mots les plus bouleversants sortent de la bouche de la vénérable Ellen Burstyn et de ceux du réalisateur Darren Aronofsky.
Les archives vidéo sont considérables. Que ce soient des photographies, des extraits de films ou de la vie, tous les détails sont présents pour recréer efficacement le personnage. Sur un plan didactique, c'est excellent. Mais sur le plan esthétique, c'est une autre chose. Les images sont souvent handicapées par du grain, des couleurs qui saoulent et des détails plus oubliables. Il y a même des séparations foncées entre deux séquences. Comme c'est souvent le cas, la qualité est inégale. Cela ne nuit pourtant jamais au visionnement. Contrairement aux images, les aspects audio ne jouent pas un très grand rôle. La trame sonore, jazzée à souhait, arrive à créer une atmosphère délicate sans verser dans la claustrophobie. Quelques airs peuvent s'échapper de différentes enceintes, sauf qu'il y en a très peu. Le pouvoir des mots est sidérant et puisque les gens se succèdent aux micros, certains accents pourront être plus ardus à saisir. Il faudra s'y faire, car il n'y a aucun sous-titre.
La pochette en noir et blanc est sobre et intimiste. Elle montre l'auteur qui est penché, pensif et recourbé sur lui-même. Le menu principal du DVD reprend cette pose statique. Une musique jazz saupoudre le tout, rendant la navigation encore plus instinctive. Il n'y a peut-être que quatre suppléments (des pistes audio sans visuel), mais ils dépassent les trois heures de matériel et les informations qui en ressortent sont sans prix. La première est animée par Hubert Selby Jr et elle date de la fin de 2003. Les réalisateurs lui posent des questions simples et il leur répond avec moult détails. La deuxième piste, toujours avec l'écrivain de The Room, a été réalisée au début de 2003. Cette fois, les questions sont à peine audibles, mais pas les réponses. Et c'est ce qui est le plus important. Monsieur The Willow Tree discute, entre autres choses, de son pays et des transpositions de ses livres. Il ouvre la moitié de son âme, laissant l'autre errer dans les silences et les non-dits. L'animateur de radio et critique littéraire Michael Silverblatt parle de sa passion sans borne envers l'auteur, touchant à sa pertinence et à son intemporalité. Une vulgarisation tout à fait au point. Finalement, le cinéaste allemand Uli Edel traite de son adaptation cinématographique de Last Exit to Brooklyn qu'il a réalisée en 1990. L'accent est parfois un peu trop prononcé, mais dans l'ensemble, tout s'entend sans problème.
Les gens qui ne connaissent pas cet auteur d'exception doivent absolument mettre la main sur "Hubert Selby Jr: It/ll Be Better Tomorrow". Les sources interrogées sont nombreuses et leurs propos demeurent riches en sens. Les livres sont des pages d'histoire essentielles, simplement pour déterminer ce qui peut clocher dans ce rêve américain. Et avec autant de bonus instructifs, ce sont plusieurs heures de fascination à décortiquer les dires d'un illuminé fier de ses convictions, qui n'avait certainement pas peur de critiquer l'administration de Georges W. Bush.
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |