Inside Deep Throat
NC-17: As Seen in Theaters
Universal Studios Home Video

Réalisateur: Fenton Bailey, Randy Barbato
Année: 2005
Classification: R
Durée: 90 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
3 octobre 2005

Avant 1972, la pornographie était quelque chose que l'on pouvait seulement voir en privé en se procurant des films en format super-8 via la section des annonces classées de certains journaux et des magazines spécialisés. Même ce mot avait une connotation vulgaire, voire répugnante, et on ne pouvait en discuter qu'à huis clos ou presque. Alors, est apparu le film "Deep Throat", premier film pornographique à s'afficher en public et pour lequel, les gens faisaient la queue (excusez le jeu de mots) devant les salles de cinéma pour aller voir de quoi il en retournait. Ce film secoua les fondations de la moralité américaine, en plus de générer des revenus de plus de 600 millions de dollars, lui qui en avait coûté 25,000 $. Encore aujourd'hui, il suscite la curiosité et une preuve tangible de ce fait est l'apparition du documentaire "Inside Deep Throat" parut au début de l'année et vient de voir le jour en format DVD.

Avant de vous parler du documentaire comme tel, laissez-moi vous dresser le synopsis du film "Deep Throat". Linda Lovelace est une jeune femme qui ne peut obtenir d'orgasmes. Frustrée de cette situation, elle consulte un médecin spécialiste (Harry Reems) qui découvre que son clitoris est en fait situé juste en bas de sa gorge (vous avez bien lu). Il lui suggère donc de pratiquer des fellations profondes (Deep Throat) pour que l'appareil génital mâle soit capable de stimuler l'organe de son plaisir. Voilà, c'était pas plus compliqué que cela, un des scripts les plus couillons de l'histoire du cinéma, mais qui a réussi à soulever l'appétence et l'ire de l'Amérique.

Produit par le réputé Brian Grazer et réalisé par le duo Fenton Bailey et Randy Barbato, ce documentaire de structure conventionnelle nous explique dans un premier temps la genèse du film "Deep Throat", projet que caressait Gerard Damiano, coiffeur de métier qui troqua boulot et femme pour une caméra et du rêve. Devenu réalisateur, il se mit à travailler sur un film porno et découvrit la starlette Linda Lovelace lors d'une prestation d'amour oral qu'elle faisait pour obtenir un rôle. Il fût si impressionné par le talent particulier de la comédienne, qu'il décida d'orienter son film sur ce seul exploit. Ensuite, on nous parle des six jours de tournage en Floride et de sa sortie tumultueuse à New York. Suite à de nombreuses manifestations, émeutes et des pressions faites par des groupes de droite, le gouvernement républicain de Richard Nixon décida de faire du phénomène "Deep Throat", un exemple pour la moralité. On nous explique les projets de loi passés par le sénat, l'interdit de projection dans 23 états, la poursuite intentée contre tous ceux qui ont participé au film (jusqu'aux perchistes) et des implications du crime organisé dans le financement de ce film. Le comédien Harry Reems fut d'ailleurs reconnu coupable d'obscénité et il fût condamné à purger cinq ans de prison. La seule chose qui pouvait le sauver de la geôle était une défaite des républicains lors des élections, mais le scandale "Watergate" s'en chargea. Coïncidence ou non, le délateur s'appelait "Deep Throat". Puis on nous parle des années subséquentes au film et de la déchéance que connurent les deux vedettes du film et de leurs destinées qui prendront des directions opposées. Pour terminer, on nous explique où l'industrie du cinéma pornographique s'est orientée suite à l'apparition des vidéo cassettes et ce qu'elle est devenue aujourd'hui, statistiques à l'appui.

Ce documentaire n'amène rien de nouveau au niveau de sa structure, mais ce qu'il s'évertue à nous expliquer, il le fait très bien et s'appuie habilement sur de nombreuses archives d'époque en plus d'insérer plusieurs volets d'entrevues avec des artisans du monde du hard de l'époque, les procureurs, des distributeurs, des gens qui travaillaient pour le crime organisé, des avocats et j'en passe. Ceci nous permet d'avoir une très bonne idée de la plupart des enjeux entourant ce film et d'avoir des opinions divergentes sur toutes les facettes de ce phénomène social. Le comédien Dennis Hooper se charge de la narration qui lie efficacement les différents chapitres de cette saga. Une musique d'époque aux saveurs très rock se veut également une valeur ajoutée à ce documentaire qui est aussi instructif que divertissant. La seule petite ombre au tableau est l'impression que l'on n'a pas été assez en profondeur dans quelques facettes du documentaire, notamment en ce qui a trait à l'implication du crime organisé.

Deux éditions DVD sont disponibles, soit une version "NC-17" et une cotée "R" (Restricted). La différence entre les deux réside dans le fait que la version NC-17 contient environ 1 minute de contenu en plus, soit une démonstration visuelle du talent particulier de Linda Lovelace. De plus, tous les suppléments sont absents de la version "R". Le transfert vidéo est de qualité très satisfaisante considérant l'âge des nombreux documents d'archives en présence. Certains trahissent leur âge en révélant des impuretés et des couleurs fades, mais la plupart d'entre eux sont en très bon état et présente une belle palette de couleurs bien saturées. Quelques renforcements de contours sont perceptibles, mais rien de majeur, croyez-moi. Les segments d'entrevues sont impeccables et proposent une image très propre et riche en couleurs. Le volet audio propose une trame sonore surtout axée vers les enceintes avant. Les nombreux extraits musicaux et quelques effets ambiants se répercutent à l'ensemble des canaux pour nous donner un champ sonore fort respectable. Les dialogues sont facilement perceptibles et la trame musicale se fusionne très bien à la trame sonore.

Les suppléments sont nombreux et pour la plupart intéressants. Deux trames de commentaires sont offertes. La première est faite par la plupart des gens qui ont été interviewés pour le documentaire. Quoiqu'un peu brouillonne, on apprend quelques anecdotes sur le film et sur certains évènements l'entourant, mais étant donné qu'on a utilisé les commentaires de scènes non retenues pour le documentaire, le tout apparaît hors contexte. La deuxième est beaucoup mieux structurée et est faite par les deux coréalisateurs. On en apprend un peu plus sur les principaux défis entourant le tournage de ce documentaire, en particulier la réticence de certains participants à être interviewés. On nous explique également les choix qu'ont dû faire l'équipe de montage lors de l'assemblage du film. La plupart des segments rejetés se sont retrouvés comme suppléments. On nous en présente donc quatorze, d'une durée totale dépassant les soixante minutes et qui nous donne encore les répercussions de ce film sur la culture américaine.

"The Binghamton Trial: Cliterally Speaking", "Beverly Hills: Holly Gets Wood" et "The Tucson Trial: When Gerry Met Annie" sont trois variations sur un même thème, soit les poursuites engendrées contre le film pour obscénité. Il y a quelques moments vraiment intéressants dont un où l'avocat de la défense se pratique à dire le mot clitoris devant sa secrétaire avant d'aller plaider. "Quincy House: Poison Ivy League" nous raconte les évènements entourant l'émeute qui suivit la projection publique du film à l'université de Harvard au début des années 1980. "Princeton: Throat Deep in the Suburbs" nous explique l'arrestation de deux étudiants suite à une projection du film à l'université de grande renommée. "Cut Throat: Where in the World is Bobby De Salvo?" nous parle de ce distributeur de films pornos qui jugeait ne pas avoir eu sa juste part d'argent et qui tenta d'aller plaider sa cause devant le parrain à Rome. On ne l'a jamais revu. "Harry Reems' Athletic Club" nous parle d'un club particulier pour homme créé dans les années 1970 et qui compte maintenant plus de 40,000 membres. "The Zen of Deep Throat" nous parle de l'art de pratiquer la fellation et Marylin Chambers, ex vedette porno, y va de recommandations amusantes. "Linda Does Hollywood" nous parle de la brève relation amoureuse de la comédienne avec le renommé chorégraphe David Winters. "The Legends of Erotica: Remembering Linda" cite l'hommage posthume décerné à Linda Lovelace pour avoir été celle qui a repoussé les frontières de la moralité et d'avoir permis à la pornographie de trouver une place dans le monde du divertissement. "Fire Dance With Me" nous monte le réalisateur Gerard Damiano regarder sa fille effectuer une danse du feu dans le jardin familial. "Women Against Pornography" nous montre la campagne orchestrée par Linda Lovelace et Gloria Steinham pour dénoncer la pornographie. "Linda's Exit: What's the Big Deal?" nous parle des problèmes qu'a eus Linda Lovelace à se trouver du boulot tout au long de sa vie. "The Last Word For Now" nous montre des artistes d'Hollywood nous parlant des impacts qu'a eus "Deep Throat" sur nos mœurs aujourd'hui. La bande-annonce du documentaire complète le tout.

Ce documentaire en est un qui porte sur l'incalculable onde de choc qu'a eue le film "Deep Throat" sur la culture américaine et du déferlement d'émeutes et de procès qui l'accompagnèrent au fil des années. Habilement construit et respectant une structure classique, nous avons droit à quelque chose d'intéressant, pertinent et de divertissant. Je vous recommande de mettre la main sur ce très bon documentaire et n'oubliez pas de choisir la version NC-17 pour les suppléments et pour la minute de gloire qui satisfera votre petit côté voyeur.


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments9
Vidéo8
Audio7