Après le long-métrage très populaire qui a vu le jour en 2002, la vie de Frida Kahlo est à nouveau scrutée à la loupe, mais cette fois par l'entremise d'un documentaire de 90 minutes réalisé par PBS. Une autre façon d'en savoir davantage sur une artiste hors norme qui mérite absolument d'être découverte. Les biographies objectives se ressemblent beaucoup. La majorité débute lors de la naissance du sujet pour suivre chronologiquement ses faits et gestes marquants. Dans une existence où la gloire était présente, les instants de détresse sont souvent mis en évidence afin de démontrer comment le courage et la persévérance de ladite personne étaient plus puissants que tout.
Le travail d'Amy Stechler sur "The Life and Times of Frida Kahlo" ne fait pas exception. La réalisatrice commence son histoire avec le premier souffle de cette femme énigmatique en 1907 pour la conclure avec son décès en 1954. Pendant ces 47 années, on suit la vie d'une fille extrêmement intelligente qui sera malade jusqu'à l'heure de sa mort. Très jeune, elle s'habille en garçon et s'affiche presque ouvertement bisexuelle. Sa destinée sera toujours liée à celle de son mentor et amoureux Diego Riviera, un peintre influent de vingt ans son aîné. Même si ce couple mal assorti fera mentir les mauvaises langues en se mariant, l'union sera chamboulée par de nombreuses infidélités. Dans les moments tristes de son existence (ruptures, divorce, fausse-couche, maladie, etc.), Frida se mettra à prendre plus au sérieux son art en peignant ses douleurs les plus profondes. Grâce à des nombreux succès qui lui feront découvrir les États-Unis et l'Europe, cette femme d'exception sera réputée par ses toiles expressionnistes et surréalistes, tout en colportant de nombreuses rumeurs sur sa sexualité très insatiable. En effet, son slogan préféré serait "Make love. Take a bath. And make love again." Mais comme Kahlo ne peut vivre sans son pays, elle retourne au Mexique pour enseigner la peinture, cumuler les aventures (dont une avec un certain Léon Trotski) et renouer avec son âme sœur Riviera.
Avec un sujet aussi chaud et explosif, il est étrange que la scénariste du documentaire Ken Burn's America: Brooklyn Bridge n'ait pas pris plus de risques au niveau de la réalisation. Tout y est conforme, attendu, banal. Des termes qui sont pourtant aux antipodes des œuvres bizarres et dérangeantes de Frida Kahlo. Cette monotonie au niveau du style n'empêche pas Stechler d'intéresser grandement par son héroïne éminemment passionnante. Les notions politiques et historiques sont bien intégrées, à un tel point qu'elles auraient pu être encore plus nombreuses. Sa façon de toujours valoriser l'amour en premier plan est noble et scie bien à la personnalité tragique de Frida, qui se dévoile considérablement à l'aide d'un journal intime. Des données qui permettent de mieux saisir l'état d'esprit d'une âme affolée.
Puisque ce documentaire a souvent recours à des images d'archives (photographies, peintures, courts extraits), la qualité vidéo est inégale. Une scène peut être très belle, alors que la suivante n'est guère extraordinaire. Un problème technique qui touche souvent les biographies. Sinon, les entrevues réalisées avec les gens sont agréables à regarder, le nom des intervenants est toujours clairement identifié et les sous-titres blancs ne sont pas trop minuscules. Cette même indifférence se répercute au niveau du son, si peu important, mais correct. Les voix sont généralement très claires et ressortent du lot. Une douce musique peut parfois se faire entendre en arrière-fond, mais il n'y a rien de très marquant.
Lorsque le fond est réussi, il n'est pas rare de voir un contenant bâclé ou produit à la va-vite. La pochette montre Frida Kahlo habillée de rouge rose avec un fond vert turquoise. Le titre est inscrit en bleu pâle avec le célèbre rectangle gris et noir de la PBS Home Video. Le menu principal reprend exactement cette même photographie. Une vraie honte pour une artiste de ce calibre. Le seul supplément présent sur le DVD est une succession d'entrevues de vingt-cinq minutes avec d'anciens élèves du peintre. Ces gens racontent des anecdotes pas toujours essentielles sur cette femme aimée et appréciée. L'intérêt de ce boni est assez moyen et il fait pâle figure avec un sujet aussi riche.
Excellent complément au déjà impressionnant Frida de Julie Taylor, "The Life and Times of Frida Kahlo" est d'un intérêt majeur pour toutes personnes ne connaissant pas ou peu la vie de la célèbre artiste. Le DVD aurait sans doute pu être plus fourni au niveau des suppléments, mais le discours dominant est d'une humanité qui ne laisse pas insensible.
| Film | 7 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |