L'animateur Wolf Blitzer, du réseau CNN, présente un bref reportage du Dr Sanjay Gupta (correspondant médical du même réseau) qui dénonce l'inexactitude de certains faits présentés dans "Sicko", le dernier documentaire de Michael Moore sur le système de santé américain. Quelques minutes plus tard, Moore apparaît sur un écran via satellite et se lance aussitôt dans une attaque en règle envers le président Bush, la guerre en Iraq, l'irresponsabilité des médias qui refusent de poser les vraies questions, et exige que le réseau présente des excuses formelles à son public pour avoir fait preuve d'autant d'incompétence, tout cela devant un Wolf Blitzer éberlué, qui a à peine eu le temps de placer un mot. "L'entrevue" tirant déjà à sa fin, Moore se contentera de dire que le Dr Gupta a tout faux. Le lendemain, le site internet de Mr Moore réfute point par point, liens et références à l'appui, les allégations du reportage et deux jours plus tard, on retrouve Moore et le Dr Gupta, dans un débat à l'émission "Larry King Live". Morale de cette anecdote? Par un simple coup de gueule, Moore a réussi à obtenir 30 minutes de temps d'antenne à l'une des émissions d'information les plus écoutées du pays.
Grand défenseur de l'Américain moyen et du gagne-petit pour les uns, manipulateur et anti-américain pour les autres, ce provocateur déclenche les passions, polarise les auditoires et a réussi, en l'espace de quelques films, à passer du rang de simple documentariste à celui d'icône de la gauche américaine. Dans "Michael Moore: Ange ou Démon" (dont le titre anglais "Manufacturing Dissent: Uncovering Michael Moore" fait référence au célèbre livre de l'activiste et politicologue Noam Chomsky, Manufacturing Consent), les documentaristes canadiens Rick Caine et Debbie Melnyk tentent de tracer le portrait de cet homme plus grand (les plus méchants diraient plus gros) que nature, en le suivant à la trace alors qu'il est en tournée de promotion pour son film Farhenheit 911.
En utilisant des extraits des films de Moore (de Roger and Me à Fahrenheit 911), des coupures de presse et des entrevues avec une galerie de personnages (politiciens, activistes, historiens, analystes de la scène politique et célébrités) qui connaissent ou ont connu Moore, les documentaristes essaient de cerner l'homme et ses méthodes de travail de façon objective, mais peinent à y arriver. Le constat est quasi implacable: Moore est un insécure avec un sale caractère, aveuglé par ses convictions politiques, qui manipule les faits, commet de grossières erreurs d'omission, utilise la mise en scène et le montage pour inventer des événements qui n'ont jamais eu lieu, exagère, généralise, etc., tout cela pour tirer des conclusions établies d'avance. Bon, tout le monde connaît les méthodes de Moore et Caine et Melnyk n'ont évidemment pas tout faux. On ne dit pas que Moore est un "documenteur" pour rien. Il faut noter ici que les documentaristes, au départ, disaient être de grands fans de Moore. Mais tout au long du film, ils poursuivent Moore sans relâche, mais n'obtiendront jamais d'entrevue avec lui. Bref, ça sent un peu la frustration et le règlement de compte.
Deux questions me viennent à l'esprit. Premièrement, un documentaire doit-il être objectif et n'exposer que la "vérité". Dans un documentaire à saveur politique? Impossible, il y aura toujours un parti-pris dans le fond et dans la forme. Quand on pense qu'à sa naissance, le documentaire politique n'était rien d'autre que des films de propagande... Et quand on devient obsédé par les détails, ne perd-on pas certaines "vérités" plus larges? Les films de Michael Moore ont tout de même le mérite de faire réfléchir et de soulever des débats. Deuxièmement, pourquoi cette obsession à disséquer et analyser tous les détails des films de Moore? Je ne connais aucun autre personnage public dont le propos est passé à la loupe de cette façon. Évidemment, quand on connaît ses méthodes, il est normal que le doute s'installe, qu'on vérifie les faits et qu'on pose des questions. Mais on peut se demander où se cache l'esprit critique des médias quand il ne s'agit pas de Moore. Celui-ci n'avait peut-être pas tort quand il les accusait d'irresponsabilité...
Puisque le documentaire utilise une approche "correspondant de guerre", il ne fallait pas s'attendre à la qualité visuelle et sonore d'un documentaire de PBS. L'image est souvent floue et granuleuse, les couleurs sont délavées et le niveau des contrastes et des détails en souffre. La qualité des extraits de films d'archives est variable, mais celle des entrevues tournées spécifiquement pour le film est adéquate. Étant donné les contraintes de budget et les moyens utilisés, il aurait cependant été difficile de faire mieux. C'est similaire côté audio. La piste n'est pas très dynamique, mais la narration de Melnyk est facilement audible. Il y a certains moments où le son devient sourd et inintelligible, mais heureusement, des sous-titres apparaissent pour fournir les dialogues manquants. La présentation est standard et aucun supplément n'est offert sur cette édition.
Vachement divertissant, mais les documentaristes Canadiens ont perdu une occasion en or de brosser un portrait objectif et équilibré du célèbre "documenteur".
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |