No End in Sight
Mongrel Media

Réalisateur: Charles Ferguson
Année: 2007
Classification: PG
Durée: 102 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
7 novembre 2007

Les films et les documentaires sur l'Irak commencent à pulluler sur les écrans. Dans cette manne, "No End in Sight" arrive à sortir la tête hors de l'eau en dissimulant sa charge engagée derrière un épais mur objectif qui pose d'excellentes questions journalistiques sur la situation qui est toujours en cours.

Charles Ferguson sait poser les bonnes questions. Et contrairement à Paul Arcand, il est capable de transformer son documentaire en objet cinématographique, allant beaucoup plus loin que le simple docu-fiction démagogique. Pour son premier essai à titre de scénariste, réalisateur et producteur, il s'attarde aux rôles des États-Unis face à l'Irak, de son invasion en 2003 aux conséquences douloureuses qui en découlent toujours aujourd'hui. Un sujet noble, déjà traité par le passé, mais jamais avec autant de détermination. Si son premier ancrage est d'ordre politique, il ne tarde pas à s'intéresser aux dimensions économiques, sociales, et anthropologiques, analysant ce qui se passe, scrutant à la loupe les failles et les erreurs en remettant le tout dans leur contexte historique.

L'art des bons documentaires passe par la qualité des sources. Ici, les ministres, officiers, auteurs et journalistes sur le terrain se succèdent au micro, utilisant leurs expertises pour expliquer les enjeux importants, multipliant les exemples probants pour décrire le chaos qui règne. Contrairement à l'écologique The 11th Hour produit par Leonardo Di Caprio, les gens présents ne viennent pas seulement parler quelques secondes avant de repartir. Ils reviennent souvent devant la caméra, passant point par point sur les situations, les décortiquant afin que le spectateur puisse mieux les saisir. Ce qu'ils disent, sans étonner outre mesure les gens cyniques, risque tout de même de glacer le sang, en enrageant plusieurs au passage.

Cet essai mise sur des archives éloquentes pour faire valoir ses points de vue. Une tactique toujours efficace qui ne peut que rendre des images inégales, tout dépendant du type de visuel utilisé. Parfois, il y a un peu de grain et des couleurs trop saturées. Habituellement, les teintes froides ressortent aisément, ne nuisant nullement aux contrastes ni à la définition des contours. Les deux pistes sonores anglophones ne brillent pas par leur profondeur. Néanmoins, le sujet et le traitement sans sensationnalisme ne méritaient pas une utilisation excessive des haut-parleurs. La musique mélodique au piano de Peter Nashel peut rappeler celle de Philip Glass, ce qui est loin d'être une mauvaise chose. Elle est toutefois un tantinet trop présente. Les témoignages sont généralement clairs, hormis un ou deux exposés où des accents peuvent faire défaut. Manque de bol : les seuls sous-titres présents sont en espagnol. Il faudra donc être très à l'aise dans la langue de Shakespeare pour ne pas se perdre devant quelques détails plus techniques.

La pochette est d'une sobriété à toute épreuve. Il n'y a que la Maison Blanche, plongée dans la noirceur d'une longue nuit qui semble sans fin. Le menu principal du DVD déconstruit des scènes en mouvement, les juxtaposant sur une mélodie lourde qui est tout à fait appropriée. Contrairement à plusieurs productions du même genre, les suppléments sont de la partie et ils étonnent par leur diversité. Tant mieux, car le récit final s'échelonne sur un peu moins de deux heures, des coupures drastiques face aux 200 heures de matériel initial. Avec tous les bonus mis ensemble, il est maintenant possible de rajouter cent minutes supplémentaires, ce qui n'est pas rien. Ils se regroupent en trois segments qui se divisent généralement en plusieurs branches parallèles. Il y a tout d'abord des entrevues supplémentaires avec trois intervenants qui parlent plus longtemps des erreurs survenues, des massacres de civils et du rôle de la presse. Le second tronçon est facilement le plus large et le plus intéressant. De multiples questions sont abordées et différentes sources y répondent. Il est ainsi possible d'en savoir davantage sur un professeur de l'Université de Stanford, sur la vie sous le régime de Saddam, du démembrement de l'armée irakienne, des kidnappings tout en ayant l'opinion de gens haut placés sur la nécessité d'une telle opération et sur les conséquences à long terme. Un peu court, mais généralement pertinent. Le reste épouse davantage la tangente de la curiosité. Il y a dix minutes de plans divers tournés en Irak et une publicité sur le sujet par l'entremise d'un bouquin qui sera disponible en janvier 2008.

Plus puissant que les Lions for Lambs, In the Valley of Elah et Redacted parce qu'il ne romance pas la réalité, "No End in Sight" n'a pratiquement aucun équivalent dans le documentaire journalistique et politique, hormis peut-être l'excellent The Fog of War réalisé en 2003 par Errol Morris. Pour l'instant, il s'agit sans aucun doute de l'œuvre la plus importante à s'être attardée au conflit en Irak, renvoyant l'ordinaire Iraq in Fragments au niveau des simples démonstrations.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments7
Vidéo7
Audio7