Pas de pays sans paysans
Ofice Nationale du film du Canada

Réalisateur: Ève Lamont
Année: 2006
Classification: G (QC)
Durée: 90 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 10
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible à la boutique de l'ONF.

Selon Martin Gignac
26 juin 2006

Cause à coeur, messages sur les lèvres, la réalisatrice Ève Lamont part en croisade contre l'industrie agro-alimentaire. Les utopies d'une telle démarche pourraient être court-circuitées par le ton partisan de l'ensemble, mais "Pas de pays sans paysan" compense ces facilités par des arguments soupesés.

Un peu partout sur la planète, la mondialisation fait son effet et l'économie règne en ombre de Louis XIV. En agriculture, la culture transgénique est de plus en plus populaire, les terres sont souillées, les petits artisans se font poursuivre par des grosses entreprises et les animaux n'ont plus d'espace pour bouger. C'est en partant de ces douloureuses réalités qu'Ève Lamont dresse son documentaire. Tout d'abord, en démontrant comment l'équilibre est instable et que très bientôt, les consommateurs n'auront plus aucun choix face à leur alimentation. Cette quête de l'horreur est suivie par des gens cherchant à résister aux envahisseurs. En arpentant le Québec, l'Ouest canadien, le Vermont et la France, ce sont les joies et les peines d'individus soutenant l'environnement qui sont racontées. En redorant le blason de David face à Goliath, cette charge engagée veut inspirer un public pouvant changer la donne.

"Pas de pays sans paysan" est un honnête documentaire avec ses forces et ses faiblesses. Les sources sont nombreuses, très crédibles (des médecins, spécialistes de Santé Canada, etc.) et souvent identifiées. L'humour est présent, le ton n'est pas à la crise de larmes et l'espoir est toujours au rendez-vous. L'initiative de voyager de région en région permet de se familiariser avec les différentes intempéries, comme ces personnes qui doivent jeter leur lait, car le quota exigé par l'Union des Producteurs Agricoles était atteint. Ces exemples ne sont peut-être pas très nouveaux et il y a des instances oubliées (où est le BAPE?), mais c'est une très bonne introduction pour les gens connaissant si peu ce sujet trouble.

Cependant, l'objectivité de cette thèse est assez restreinte. Lamont donne la parole aux agriculteurs lésés sans jamais s'adresser à la "méchante globalisation" afin d'équilibrer le tout. Au moins, les essais de Michael Moore montraient un homme faisant des efforts pour avoir l'opinion ou les arguments des gens qu'il pourfendait. Dans cette optique, le discours de la narratrice est assez primaire et "go-gauche". Son ton didactique peut exaspérer, ses filiations avec José Bové sont plus qu'évidentes et cette finale visant à toucher tous les "camarades" revient allègrement à la doctrine communiste. Plusieurs raisons qui peuvent dénaturer un message important et fondamental.

La photographie est belle, le pâturage s'avérant par moment exemplaire. Les animaux sont très sympathiques et ils offrent souvent des poses mignonnes. Le plein écran est honnête et la couleur étincelante envahit l'écran. L'abus de blocage est toutefois problématique. Il y en a un peu partout et cette rupture dans les détails peut donner mal à la tête. Les sous-titres anglophones sont également très peu orthodoxes. Parfois, un intervenant s'exprime dans la langue de Shakespeare et l'écriture s'avère sans reproche. Mais en faisant le choix de passer du français à l'anglais, il est très difficile de déchiffrer ce qui arrive à l'écran.

La trame sonore de Michel F. Côté et du délirant Urbain Desbois se prête bien aux propos. Elle est drôle, sarcastique et pas trop méchante, tout en étant plus profonde et dramatique aux instants souhaités. L'utilisation d'une piste audio Dolby Digital 5.1 permet la création d'une atmosphère particulière, alliant bruits d'oiseaux et de vent. Il n'y a rien d'extraordinaire là-dedans, simplement quelques bonnes idées pour illustrer la vie qui est en train de se faire aspirer par le roi dollar. En tout moment, les voix s'avèrent audibles, il n'y a que la narration qui manque souvent de naturel.

La pochette du DVD est inspirante. Dans un champ, une habitation s'enfonce de plus en plus. La couleur est dorée et la description à l'endos se lit aisément. Le menu principal reprend cette pose. C'est statique, mais un air rock poignant pouvant exploser à tout moment se fait entendre. La navigation est très fluide et il y a quelques suppléments assez moyens pour faire continuer le plaisir. Les options "Du sirop d'érable intégral et biologique" et "Du miel intégral et biologique" ne semblent présentes que pour faire saliver. La technique de transformation est abordée, sauf que tout y est plutôt superficiel. "Un élevage en accord avec la nature" demeure dans la même optique, cette fois en parlant de poulets et de porcs qui possèdent plus d'espace pour gambader. Dans "Une ferme écologique", des gens préfèrent être moins riches et heureux, alors que sur "Un mouvement contre la mondialisation de l'agriculture", José Bové parle de la situation de plus en plus catastrophique. Des moments intéressants qui ne dépassent toutefois pas "L'emprise des compagnies de biotechnologies". Pendant plus de cinq minutes, la conscience est interpellée pendant qu'un ancien employé de Monsanto parle de ses choix difficiles.

Gentille vulgarisation se mélangeant un peu trop à ses idéaux, "Pas de pays sans paysan" est une charge courageuse pour sauver la nature, l'environnement et les valeurs ancestrales. Malgré de nombreuses faiblesses narratives et des choix laissant par moment à désirer, c'est le sujet qui est important. Avant qu'il ne soit trop tard, des actions doivent s'effectuer et c'est au public de sortir les autruches de leurs halos réconfortants.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments5
Vidéo6
Audio6