Parmi les grands mystères irrésolus des derniers siècles il y a bien sur l'existence ou non de Dieu, la construction des pyramides d'Égypte, le sourire de la Joconde... et l'orgasme féminin! Qu'à cela ne tienne, car le film documentaire "Passion and Power" des réalisatrices Wendy Slick et Emiko Omori décide de s'attaquer à ce grand inconnu et de nous éclairer sur le sujet. En se basant sur le livre de Rachel Maines The Technology of Orgasm les cinéastes tentent de faire l'historique du vibrateur dans l'histoire de l'humanité et en même temps de démystifier la masturbation et l'orgasme féminins. Projet honorable s'il en est.
Après le préambule captivant de quelques minutes où des entrevues chocs nous annoncent qu'une femme a été arrêtée au Texas sous des charges d'obscénité pour possession de plus de cinq vibrateurs ou que le désir sexuel inassouvi chez la femme était considéré une maladie - appelée hystérie! -jusqu'en 1952, le film se perd rapidement dans son sujet. Le petit nombre d'interviewées, malgré leur qualité et l'intérêt de leurs propos et les directions multiples dans lequel part le film nous amène rapidement à réaliser que le sujet était peut-être trop vaste pour n'être pas traité avec plus de rigueur. Il est vrai que les réalisatrices tentent originellement de se baser sur l'histoire du vibrateur (inventé avant le fer à repasser!) pour montrer à quel point la masturbation, l'orgasme et toute la sexualité féminine en fait ont été victimes d'occultisme et de désinformation depuis l'aube des temps. Malheureusement en voulant traiter à la fois de féminisme, de sexualité, de lois, de médecine, d'histoire, de commerce, de politique et en voulant faire sourire à tout prix, le film rate son but.
Non pas qu'on n'apprenne pas énormément sur l'histoire du vibrateur et sur l'archaïsme de certains états américains en matière de reconnaissance du plaisir féminin. Loin de là. Tout le discours sur l'hystérie et les différents traitements médicaux utilisés, les mentions de l'orgasme féminin (jamais appelé par son nom...) dans des traités scientifiques du 16ième siècle ou même chez Hippocrate et le bannissement du vibrateur dans les années 1920 avec l'apparition des premiers films pornos alors qu'avant on le vendait dans le catalogue Sears et qu'on l'annonçait dans les revues les plus prestigieuses est très instructif et surprenant. On aurait aimé en savoir plus avec plus d'entrevues d'historiennes ou de scientifiques au lieu de prendre la tangente du discours féministe des années 70 (malgré son importance) et de la nécessité pour les femmes de reprendre leur sexualité en main.
Bref, on ne peut qu'être perplexe après le visionnement de ce film. Ça reste un documentaire intéressant, mais qui ouvre trop de portes où on ne s'aventure pas et qui nous laisse donc sur notre faim. Je dirais que c'est plus un genre de récapitulatif de la vie et du parcours d'une dizaine de femmes socialement importantes - qui se connaissent toutes d'ailleurs - et de leur relation avec leur sexualité, à leurs époques respectives, que le film définitif sur le vibrateur (puisqu'on ne mentionne même pas son importance, ni ne parle de son rôle dans le contexte actuel de la sexualité féminine) ou sur l'orgasme féminin.
En suppléments on retrouve des extraits d'entrevues n'ayant pas fait le montage, un documentaire sur le tournage, une galerie photo de vibrateurs antiques ainsi qu'un amusant petit extrait d'une danse de vibrateurs! La qualité audiovisuelle du documentaire est globalement assez bonne, avec quelques ratées dues à l'utilisation de certaines images d'archives visuellement pauvres. Les couleurs sont assez vives et la définition est bonne même si les cadrages et la direction photo sont affreux! Le tout est assez chaleureux et se laisse regarder et écouter avec plaisir.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |