Connu du monde occidental surtout pour son premier roman, Un thé au Sahara (The Sheltering Sky), l'écrivain américain Paul Bowles a eu une vie plutôt bien remplie. Dans le documentaire "Paul Bowles: The Complete Outsider", les réalisatrices Catherine Hiller Warnow et Regina Weinreich, grâce surtout à de longues entrevues de l'auteur, se penchent en détail sur la carrière et la vie de cet américain ayant vécu une grande partie de sa vie à Tanger, au Maroc.
De compositeur écrivant des chansonnettes pour des pièces de théâtre ou des spectacles de Broadway, à poète, à romancier exilé adulé des jeunes écrivains de la génération beat, la vie de cet homme exceptionnel n'a pas toujours été des plus simples. Marié à une femme alcoolique et lesbienne (lui-même ayant de forts penchants homosexuels), Bowles vécut toute sa vie en reclus, se sentant exclu partout. Une sorte d'ermite contemplant, du haut de sa montagne, l'être humain dans toute sa futilité. D'où le titre du documentaire : "L'étranger complet".
Étrangement, c'est le tournage du film de Bertolucci, d'après le premier livre de Bowles, The Sheltering Sky, avec John Malkovich et Debra Winger, qui ralluma l'intérêt général pour cet auteur qui était tombé quelque peu dans l'oubli après la mort du mouvement beat, et ce, à une période tardive dans la vie de l'écrivain, période où il vivait totalement isolé dans sa maison de Tanger.
Au niveau audiovisuel, le documentaire datant de 1993, mais ayant été tourné sur une période de huit ans, on retrouve du métrage de qualité variable. Bien que toutes les entrevues de Paul Bowles et des différents intervenants, tels le poète Allen Ginsberg et le compositeur Ned Rorem, aient été tournées en pellicule 16mm, certaines images sont de moins bonne qualité que d'autres. Beaucoup de rayures par moments sur certaines bobines et un manque de définition dans les zones sombres, en plus de l'utilisation d'une pellicule parfois trop granuleuse, rendent le tout un peu pénible pour ceux qui aiment une image parfaite. De plus, l'utilisation d'images amateurs de l'enfance et de jeunesse de M. Bowles, probablement tournées en 8mm et piètrement conservées, affecte encore plus la qualité visuelle globale du documentaire.
Heureusement qu'au niveau sonore le tout est un peu mieux. Les entrevues tournées en intérieur sont souvent impeccables, avec un son contrôlé et bien rendu. Même s'il y a quelques discussions en extérieur dont le son ambiant est faible, nous empêchant de bien saisir les propos des intervenants, elles sont assez brèves et ne nuisent pas à la compréhension générale. Sinon le montage sonore est bien fait, et la balance impeccable. Fait intéressant à noter, la musique sous-jacente tout au long du film est extraite des œuvres de jeunesse de Paul Bowles, de sa période compositeur pourrait-on dire.
Bref, un document intéressant sur un homme intelligent, même si sa facture finale laisse un peu à désirer. En suppléments, on retrouve une entrevue récente (tournée en vidéo) avec les deux réalisatrices, une nouvelle entrevue de Ned Rorem. Il y a aussi une biographie de Mesdames Weinreich et Hiller Warnow et une bibliographie de Monsieur Bowles.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |