La série documentaire American Experience existe sur le réseau télé public américain PBS depuis d'innombrables années. Chaque mois, pendant deux heures, on y présente un documentaire traitant d'un sujet ou d'une personnalité en rapport à l'histoire des États-Unis. Que ce soit en politique avec des sujets comme la guerre froide, le terrorisme, ou des personnages comme Reagan ou Kennedy, en arts avec des personnalités comme Andy Warhol ou Bob Dylan, en sociologie avec des sujets comme la révolution hippie ou le mouvement de retour vers l'Afrique pour les Afro-Américains de Marcus Garvey, cette excellente série nous apprend à connaître plus en détail telle ou telle période de l'histoire de nos voisins du sud. Et bien que la qualité des documentaires varie selon leur réalisateur et l'intérêt qu'on leur porte selon le sujet abordé, on ne peut dire que l'effort et la recherche déployés pour chaque film ne vaut pas la peine de visionner quelque uns de ces documents périodiquement.
Le dernier en date s'intitule "Jonestown: the life and death of Peoples Temple". Il relate l'histoire tragique d'une église américaine - une sorte de groupe de prière ou secte et non pas une séparation de l'église protestante anglicane - fondée par le pasteur Jim Jones dans les années soixante et qui se termina par un suicide collectif de plus de 900 croyants en 1978. On retrace la vie complète de ce pasteur qui prônait des valeurs d'intégration des différentes communautés culturelles à une époque ou le racisme et la ségrégation étaient encore très forts même parmi les ultra-religieux et qui prônait aussi des valeurs socialistes de partage et de justice sociale en opposition à la mentalité ultra-capitaliste de cette période de guerre froide. On suit ses aventures de ville en ville, d'année en année, avec un effectif toujours grandissant, jusqu'à l'utopie finale que fût la construction dans la jungle de la Guyane du paradis communal autosuffisant nommé Jonestown. On apprend aussi les changements qui s'opérèrent chez Jones au fil des ans et de son pouvoir grandissant sur un si grand nombre de gens: de rêveur humaniste à despote paranoïaque, drogué, alcoolique, violeur, violent et colérique.
Grâce à des dizaines de témoignages d'ex-membres de son culte, certains ayant survécu au massacre final (mais ayant tous perdu des êtres chers comme enfants, conjoints ou parents), de journalistes ou de gens impliqués dans la tragédie à différents degrés on peur mieux comprendre l'attrait qu'a pu avoir le pasteur et ses idées sur tant de gens, assez pour ultimement en convaincre autant de faire boire le Kool-aid au cyanure à leurs enfants puis de l'avaler eux-mêmes! Le documentaire est aussi truffé d'incroyables documents d'archives, images, films et bandes audio, des débuts du mouvement jusqu'à la toute fin. On a même des images du meeting fatidique dans la jungle guyanaise ou on décida de s'enlever la vie et un enregistrement audio très dur ou on entend Jones supplier les mères en train de tuer leurs enfants de ne pas pleurer et de voir la mort comme un passage vers un autre plan.
Un documentaire extrêmement dur (d'ailleurs coté 14 ans et plus!) sur un sujet difficile et toujours actuel soit l'embrigadement de gens un peu naïfs dans des mouvements religieux qui sous couvert d'humanisme sont souvent des repères de faux messies en manque de pouvoir. On a qu'à se rappeler le récent Temple Solaire.
Au niveau audio-visuel, comme la majorité du film est basée sur des images et des enregistrements d'époque, la qualité varie grandement. Beaucoup de films super-8 pris par des membres du Peoples Temple, avec rayures, piètre définition, couleurs délavées. Un peu de film 16mm de bonne qualité tourné par des professionnels lors des derniers jours du mouvement (dont l'assassinat du sénateur Ryan venu enquêter en Guyane sur des soupçons de violence et de séquestrations qui pesaient sur Jones). Puis les nombreuses entrevues actuelles, filmées en vidéo haute définition avec un éclairage banal et efficace, apanage des documentaires sérieux. Même chose pour le son, une bonne qualité lors des entrevues, aidant à passer l'émotion de gens parlant de la mort de leurs proches (parfois dans leurs bras), et un son de moindre qualité pour les archives - avec de nombreux parasites et des voix parfois quasi inaudibles - mais tout aussi important par son contenu parfois bouleversant.
En suppléments, plus de trente minutes d'entrevues retranchées au montage, avec beaucoup de détails anecdotiques (et non nécessaire au film quoique intéressants en soit) de l'évasion de certains interviewés lors du massacre de Jonestown ou de survivants de la tuerie de l'aéroport. Aussi une entrevue intéressante du réalisateur nous expliquant sa motivation à faire un documentaire sur ce sujet.
| Film | 9 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |