Les Français sont des experts dans la création de drames animaliers. Le dernier au compteur offre des paysages extraordinaires doublés d'une mission de sensibilisation écologique. Sans étonner comme le récent La Marche de l'empereur, "La Planète Blanche" offre suffisamment de belles séquences pour que petits et grands passent d'excellents moments aussi divertissants qu'intelligents dans des régions de froids ambiants.
L'Arctique et la toundra sont un jalon de la vie animale. Malgré la température qui baisse souvent drastiquement, de nombreux êtres vivants habitent cette terre blanche pour chasser et se reproduire. Il y a bien entendu l'emblématique ours polaire, les solides bœufs musqués, les nobles caribous, le morse dodu étendu au soleil et les trop mignons phoques, mais également la baleine boréale, le narval en forme de licorne, le béluga, le tout petit lemming et de nombreuses autres espèces souvent chassées par l'homme. Depuis des milliers d'années, ils vivent en harmonie selon la loi du plus fort, mais avec le réchauffement de la planète, les glaces fondent de plus en plus à chaque été. La neige devient marécage, les glaces se transforment en eau et les sentiers de migration sont remplacés par des fleuves souvent infranchissables. Ces nouvelles réalités bouleversent l'écosystème d'une faune et cet avertissement pourra peut-être un jour toucher une population humaine.
Après le superbe documentaire La Marche de l'empereur, son petit frère "La Planète Blanche" arrive au Québec par l'entremise des réalisateurs Thierry Ragobert et Thierry Piantanida, qui ont été assistés dans leur travail par le célèbre Jean Lemire. Contrairement au supérieur essai de Luc Jacquet, ce nouveau venu s'intéresse à l'existence de différents animaux. Il n'y a pas seulement une espèce qui est suivie, mais de multiples qui sont décryptées pendant plusieurs mois. La naissance, l'attachement maternel, les premiers pas, la nécessité de la chasse et les dangers de cet environnement parfois hostile ne sont que quelques points abordés. Rien de très surprenant pour une œuvre de ce genre. Les prédateurs sont partout, le gentil petit lemming est le premier à se faire dévorer et la menace la plus pressante n'est pas le froid ou les loups, mais bien le climat de plus en plus chaud. En prenant clairement position, le propos devient parfois didactique. Il n'est toutefois pas trop manipulateur ou pesant. De nombreux faits sont exprimés afin de décrire le désarroi d'une couche vivante qui ne peut rien faire pour retourner en arrière.
La principale raison de s'abandonner à "La Planète Blanche" est, bien entendu, pour ses paysages extraordinaires. La caméra filme des endroits inusités et offre des leçons de vie majestueuses. La naissance d'un ourson, la façon dont il se colle à sa mère ou encore cette traversée tumultueuse contre le courant : l'existence est aussi saisissante que dramatique, comme en font foi ces œufs volés par un renard ou ces phoques chargés par des prédateurs beaucoup plus gros qu'eux. À un tel point que la narration de Pierre Lebeau semble parfois superflue. Au lieu de laisser parler les images, il y a des mots qui soulignent et dirigent le regard. Le rendu vidéo, exemplaire sur toute la ligne, offre un niveau saisissant de détails, des superbes contrastes et des couleurs vives. La pupille s'intéresse à ces formes disparates pour ne plus jamais les abandonner.
Pour accompagner le tout, Bruno Coulais a concocté une trame sonore incroyablement juste et très luxueuse comprenant un orchestre chargé en émotions. Le tout est accompagné de cris libérateurs d'Elisapsie Isaac (du groupe musical Taima) et de Jorane pour représenter les souffrances de la Terre et les rythmes indiens. Cette musique un peu envahissante s'empare efficacement des différentes enceintes. Il n'est pas rare d'entendre de l'eau et des oiseaux des haut-parleurs situés sur le côté. L'atmosphère ainsi créée ne nuit pourtant jamais à la narration. Il faut cependant noter qu'aucun sous-titre n'est inclus.
À la simple vue de la pochette, les enfants vont se jeter sur ce documentaire. Un coucher de soleil, une neige éclatante, un ours et ses deux petits : il n'y a rien de plus mignon. Les oursons apparaissent également sur le menu principal du DVD. Ils ne bougent pas, mais un léger hymne hypnotique se fait entendre discrètement. La musique prend beaucoup plus de place dans les autres menus qui sont à l'effigie de différents animaux. Les suppléments, au nombre de trois, comportent une bande-annonce très représentative. Une revuette sur la production de 32 minutes fait un tour complet des différents lieux de tournage. De nombreux sujets sont traités comme la sécurité, la logistique de suivre les saisons, les conditions climatiques et la difficulté de trouver des animaux. Il y a un cache-cache avec les morses, un suspense à savoir si une équipe va réussir à filmer des baleines, une zone où les mouches sont reines, les habiletés à tourner sous l'eau, le choix d'une caméra appelée ciné-bulle afin de tourner dans les airs, etc. Instructif et très complet. Le dernier bonus, moins essentiel, est constitué de trois entrevues avec les réalisateurs et les gens qui supervisaient les multiples camps. Ils parlent du sujet, de la relation avec les Inuits, des défis et des attentes. Cela ne remplace toutefois pas une piste de commentaires.
"La Planète Blanche" est un documentaire fort intéressant, mais un tantinet trop attendu. Un peu comme le récent Genesis, le message arrive à passer grâce aux prises de vues et à la musique. Sauf qu'il n'y a rien de vraiment exceptionnel pour accrocher outre mesure. Superbe à défaut d'être unique.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 8 |