Québec sur ordonnance
Alliance Vivafilm

Réalisateur: Paul Arcand
Année: 2007
Classification: DP (Déconseillé aux jeunes enfants) (QC)
Durée: 90 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD5.1, DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
1er décembre 2008

Deux années après avoir enfoncé le clou sur la DPJ par l'entremise de Les voleurs d'enfance, Paul Arcand retourne au cinéma. Avec "Québec sur ordonnance", il pointe du doigt les lobbys pharmaceutiques, le gouvernement, les médecins et les pharmaciens qui prescrivent trop facilement des pilules. Gros constat.

La société est en crise. Pendant plus d'une année, Paul Arcand et son équipe ont posé des dizaines de questions à des gens dépendant des médicaments. Ils se sont renseignés sur ces prescriptions abondantes, interrogeant au passage des ministres, recueillant des témoignages sur des erreurs de dosage. Le résultat de leur enquête risque bien d'alimenter plusieurs débats, et ce, autant sur le plan du fond que de la forme.

Il fallait s'y attendre. En 2005, le film Les voleurs d'enfance avait fait coulé beaucoup d'encre et "Québec sur ordonnance" voulait suivre le même chemin. En vain. Le documentaire a été attaqué à gauche et à droite et le public n'a jamais réellement suivi. Les raisons qui expliquent cette déconfiture sont nombreuses... et pas toujours justifiées. Sur le simple plan visuel, il s'agit souvent d'une transposition d'un reportage de télévision gonflé pour le grand écran. Les effets stylistiques se font rares et le montage est académique au possible. Le modèle est le même et le résultat s'éloigne peu des chemins connus. La réalisation amateurisme n'arrange rien et les transitions ampoulées sont parfois plus navrantes que réussies.

Il ne faut pourtant pas oublier que l'essai tend davantage vers le documentaire boursouflé pas toujours honnête et non la fiction. À ce chapitre, le résultat s'avère tout à fait jubilatoire. Souvent comparé à Michael Moore, Paul Arcand aime la polémique. Ici, il prend ses gros sabots pour accuser, montrer par des exemples les non-sens, questionner les comportements acquis. Cette démonstration, sans doute un peu poussive pour les personnes allergiques aux récits populistes, fait pourtant rire du début à la fin. Un peu comme le récent Sicko, les injustices ne laissent pas indifférents, alors que les effets mélodramatiques appuyés manipulent l'émotion pour laisser émaner le maximum de larmes.

Dans cet exercice, Arcand dresse trop large. Il s'attaque à tout le monde et à son frère en l'espace de 90 minutes. Il résume à outrance, commentant en voix off la réponse d'un intervenant, répétant les liens qui existent entre les instances publiques et gouvernementales. Ces choix pas toujours objectifs servent toutefois magnifiquement au divertissement. Le pari est d'être encore moins subtil que l'adversaire, l'attaquer sur son terrain de jeu, gonfler légèrement le portrait pour provoquer les discussions dans les chaumières. Sur ce plan, c'est réussi.

En s'attaquant à un sujet déjà traité par de nombreux livres publiés ces dernières années (Paxil Blues, L'envers de la pilule), l'animateur de radio et de télévision arrive pourtant à y insuffler quelques éléments nouveaux. Le spectateur sera facilement outré par des pratiques de l'industrie et des drôles de hasards qui peuvent y survenir. Comme cette liste où tous les médecins sont répertoriés avec une cote, à savoir s'ils prescrivent souvent des médicaments!

Sur les simples plans techniques, il n'y a rien qui sorte réellement de l'ordinaire. La musique de Serge Fiori est trop consensuelle pour marquer les esprits, mais elle ne brime heureusement jamais les dialogues. D'intéressants sous-titres blancs en anglais et en français sont disponibles et les pistes sonores dans la langue de Molière sont correctes, laissant échapper des bruits de pilules qui tombent et de cloches d'école des différentes enceintes. Les images varient selon les sources utilisées, demeurant généralement visibles et réalistes. Du grain ou des couleurs plus saturées peuvent apparaître à quelques occasions. Les contrastes ne sont pourtant pas inutilement accentués et le rendu est beaucoup plus acceptable à la télévision que dans une salle de cinéma.

La pochette veut tout dire. Des médicaments se trouvent dans des coupes que des gens vont bientôt boire. Le menu principal du DVD reprend cette idée en y superposant une mélodie triste. Les différents menus en forme de pilules sont humoristiques. Tant mieux, car outre la bande-annonce originale et des publicités en introduction, il n'y a absolument rien du côté des bonus. Une grande déception, surtout avec un sujet si riche en information diverse.

Plus drôle et irrévérencieux que son prédécesseur (c'est normal, le sujet n'est pas le même), "Québec sur ordonnance" est un documentaire lourd et pas toujours joli, qui propose toutefois de multiples pistes de discussions. Au sein de ces défauts et de ces qualités, ce qui prime, c'est le sujet. Celui qui alimentera toutes les conversations, de long en large. Et à ce chapitre, l'essai ne manque pas de tonus.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments1
Vidéo6
Audio6