Le milieu rural du Midwest américain n'est pas particulièrement réputé pour son ouverture d'esprit ni pour ses vues progressistes sur la société et l'agriculture. C'est pourquoi il est étonnant de découvrir l'histoire épique de John Peterson, cet artiste-fermier de l'Illinois dans ce documentaire autobiographique "The Real Dirt on Farmer John". Cet homme qui hérita de la ferme familiale dans les années soixante alors qu'il était encore adolescent, décida de poursuivre son métier d'agriculteur et de s'éduquer à l'université, en art, en même temps! Il commença donc à s'ouvrir sur la contre-culture qui faisait rage à l'époque et transforma sa ferme en une véritable commune artistique et agricole. Un genre de centre agri-culturel! Honni, méprisé et condamné par ses voisins, des fermiers plus conservateurs et traditionnels, il fit fasse à des raids de la brigade des narcotiques, du vandalisme, des rumeurs de satanisme et autre cancan inspirés par l'ignorance locale et la méchanceté crasse de ses concitoyens. On assiste ensuite à la déprime et à la faillite puis au renouveau avec la ferme transformée en installation bio qui semble fleurir et grandir au moment de la sortie du DVD.
Il est vrai que le fermier John en question est tout un hurluberlu qui aime occasionnellement s'habiller en robes et chapeaux fleuris pour conduire son tracteur et qu'il hébergea longtemps toutes sortes d'artistes, d'objecteurs de conscience, de drogués et de libertins, mais rien de cela n'aurait semblé excessif si ce monsieur avait eu une ferme dans une zone plus tolérante, comme la Californie hippy de l'époque par exemple.
"The Real Dirt on Farmer John" est donc le récit autobiographique de cet homme à la vie exceptionnelle, de son enfance à nos jours, racontée avec sa propre narration et à l'aide de nombreux films d'archives familiales, de documents artistiques du passé comme les nombreux courts-métrages qu'il tourna avec ses amis sur son terrain, d'entrevues de voisins, d'amis, d'ex-copines, et de membres de sa famille comme sa mère ou sa soeur. Cet homme ayant toujours eu un amour pour le cinéma et/ou un amour-propre incroyable, on retrouve des tranches complètes de sa vie documentées sur vidéo. Tous les moments importants semblent y être, comme la vente de la majeure partie de sa propriété suite à une accumulation de dettes, ses voyages introspectifs au Mexique, la mort de sa mère, la tournée de sa pièce de théâtre sur le drame des fermiers perdant leurs petites entreprises au profit des grosses corporations, ses débuts d'agriculteur bio, la renaissance de son entreprise grâce au programme d'agriculture supportée par la communauté et ainsi de suite. Il est vrai que le réalisateur/producteur/caméraman du film Taggart Siegel semble avoir été présent dans la vie de John depuis longtemps puisqu'il est crédité pour pratiquement tous les extraits d'archives présents dans le film. Comme si ces deux compères avaient ce projet de film en tête depuis les années soixante-dix!
Au-delà de la biographie d'un fermier visionnaire et excentrique, le film est aussi un beau clin d'œil aux idées progressistes et à un mode de vie alternatif qui pourrait bien être une piste à fouiller pour contrer les problèmes environnementaux actuels... Mais il ne reste seulement qu'à convaincre les réactionnaires! Ce qui ne sera pas facile comme le prouve la sortie DVD du film puisqu'on a changé le poster original qui comportait deux photos de John Peterson dans son champ, l'une en fermier normal et l'autre en robe fleurie sur son tracteur, pour une pochette avec seulement celle de John fermier!
Au niveau visuel, bien que beaucoup des images d'archives soient de qualité douteuse, on a tout de même fait un bel effort pour les restaurer et en améliorer l'apparence. Les images contemporaines sont de bonne qualité, avec une richesse de couleurs et une chaleur dans les tons. La caméra utilisée est peut-être un peu trop précise sur les détails des images filmées et aurait eu besoin d'un petit adoucissement pour améliorer le tout.
Pour le son, la plupart des archives sont muettes et la partie moderne, entrevues et narration, est très bien. Autant on a accordé une grande importance aux bruits de la ferme comme le vent, les oiseaux et les pas du fermier dans ses champs, autant on a respecté l'intimité et la solitude de John dans la partie narrée. Une belle chaleur feutrée mélangée à une réalité précise en font un régal pour les oreilles.
En suppléments on retrouve, "Bitter Harvest", un court documentaire tourné par Siegel et John à l'époque, deux vidéos assez rigolos de chansons de sa flamme du moment, trois séquences coupées du montage final, une galerie de photos et des documents disponibles sur le DVD-Rom comme un livre de recettes du fermier John, des renseignements biographiques et des liens web vers d'autres projets d'agriculture supportée par la communauté, de fermes bios, etc.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |