Au début des années 60, le milieu de l'animation en est encore à ses premiers balbutiements. À l'Office national du film, seul Normand Mclaren est véritablement reconnu comme un artiste de grand talent qui se démarque dans le domaine. Cependant, un jeune homme fait son arrivée au sein de l'entreprise et Mclaren dénote immédiatement son immense potentiel, le proclamant comme étant "l'un des nouveaux artistes les plus brillants de l'organisation". Ryan Larkin a alors 20 ans. Devenu le protégé de Mclaren, il dessine deux courts-métrages en 1963 et 1964, "Cityscape" et "Syrinx". La consécration survient en 1969 alors qu'il reçoit une nomination aux Oscars pour son œuvre "Walking". Les médias sont fous de lui et on le décrit comme un "Frank Zappa ou un George Harrison de l'animation". Quelques temps après avoir dessiné "Street Musique", en 1972, la vie et la carrière de Larkin se mettent graduellement à dépérir. Devenu dépendant à la cocaïne et à l'alcool, l'artiste n'est plus en mesure de travailler correctement. Plus personne ne veut lui offrir de contrats. Durant la décennie suivante, il perd toutes ses œuvres et son argent. Pendant un an, il n'a d'autre choix de se vivre dans les rues de Montréal. Après s'être trouvé un endroit où dormir pour les sans-abris, Ryan Larkin mendie toujours dans la métropole aujourd'hui, principalement sur le boulevard Saint-Laurent.
Cette histoire désolante n'est pas de la fiction, mais la triste vérité d'un homme de 62 ans. Désirant la raconter au monde entier, Chris Landreth, un cinéaste d'animation torontois très réputé, a eu l'idée originale de créer un documentaire animé sur l'histoire de Larkin. Utilisant des procédés étranges en 3D, Landreth donne la parole à l'ancien artiste déchu ainsi qu'à des personnes qui l'ont côtoyé à une époque plus florissante. Les personnages de Landreth sont tordus, brisés et désarticulés. On dénote à peine des formes humaines tellement l'artiste s'est amusé à les transformer. "Ryan" est un court-métrage de près de 14 minutes qui propose la rencontre de deux génies, Larkin et Landreth. Le premier est clairement malheureux. Affecté par toutes les drogues qu'il a prises dans sa vie, l'homme peine à s'exprimer correctement. Donnant la parole à son interlocuteur, Landreth est parfaitement à l'écoute de l'homme qu'il admire pour les œuvres magnifiques qu'il a créées presque quarante ans plus tôt. "Ryan" est un documentaire nouveau genre, original, rafraîchissant, voire même génial. Les techniques utilisées par Landreth sont époustouflantes. Et le message qui se détache du film est évocateur en faisant énormément réfléchir sur la tangente que peut prendre la vie si l'on fout tout en l'air. L'excellence du court-métrage n'est pas passée inaperçue puisque celui-ci a remporté l'Oscar du meilleur court-métrage lors de la cérémonie de cette année.
L'édition ici offerte en est une de grande qualité. Dans la série "Document Collection" de Microfilms, l'édition propose le film, bien entendu, mais également une foule de suppléments intéressants. Le menu est facile à naviguer sur toutes les pages. Il y a la possibilité de le consulter en anglais ou en français. La pochette du DVD est d'ailleurs réversible pour la mettre dans la langue de son choix. Les pages du menu sont pour la plupart statiques, mais elles contiennent de petites fenêtres qui montrent des extraits du film. Une belle musique agrémente la navigation. Dès la page principale, on peut visionner "Ryan" ou le documentaire sur la production, intitulé "Alter Egos". Le reste des suppléments se trouvent sur les autres pages et ils sont divisés en trois parties. Ceux étant directement liés à "Ryan", ceux d'"Alter Egos" et ceux sur Ryan Larkin lui-même. La qualité audio sur le court-métrage principal est très acceptable. La plupart des sons proviennent des haut-parleurs avant, mais quelques effets sont bien sentis dans les enceintes arrière. En ce qui concerne la qualité visuelle, celle-ci est quasi parfaite, nous montrant très bien les dessins créés par Landreth.
Du côté des suppléments, la totalité de ceux-ci peuvent être visionnés avec des sous-titres français, même les pistes de commentaires. D'abord l'excellent documentaire "Alter Egos" nous raconte plus en détail la production de "Ryan". Réalisé par Laurence Green, le vidéo dure plus de 52 minutes. Toutefois, il est important de savoir qu'à la toute fin de ce documentaire, on nous présente intégralement le film "Ryan". Je conseille donc à ceux qui n'aurait pas vu le court-métrage de Landreth de regarder immédiatement "Alter Egos". Ainsi, lorsque vous serez rendus à la partie de "Ryan", vous n'aurez pas besoin de l'avancer et vous serez placés dans le contexte parfait. Car dans le documentaire "Alter Egos", on voit Chris Landreth rencontrer Ryan Larkin et il lui fait visionner "Ryan" pour la toute première fois. La réaction de Larkin à la fin de la projection est indescriptible et vaut à elle seule le détour. Somme toute, un documentaire pertinent, intéressant et captivant dans sa totalité puisqu'il pousse encore plus loin l'histoire abordée, voire effleurée, dans "Ryan". Dans "Alter Egos", on n'épargne aucun détail sur la vie de Ryan Larkin. Le documentaire peut être visionné avec les commentaires du réalisateur Green. Celui-ci est assez volubile et raconte plusieurs détails sur le tournage.
Les suppléments contenus dans la partie "Ryan" nous proposent d'abord de visionner le court-métrage avec les commentaires de Chris Landreth. Lui aussi est très attaché à son œuvre et il raconte précisément comment s'est déroulée la production du film. Nous pouvons ensuite regarder deux courts-métrages que le cinéaste a réalisés dans sa carrière, "The End" et "Bingo". Les deux films durent entre 5 et 6 minutes et ils s'accompagnent également des commentaires du réalisateur. Du côté des suppléments rattachés à "Alter Egos", ceux-ci ne sont que des fiches explicatives sur le film, le réalisateur et les producteurs. Dans le cas de ces fiches, il est dommage de ne pas pouvoir les lire en français, alors que le reste du contenu de cette édition est bilingue. Enfin, la dernière partie des suppléments nous offre trois films créés par Ryan Larkin, soit "Syrinx", "Walking" et "Street Musique". Ces trois œuvres nous démontrent à quel point l'artiste avait un incroyable talent et qu'il est dommage de voir que sa vie se termine sur une note aussi malheureuse.
"Ryan" est un film qui m'avait grandement intrigué lorsque j'en avais vu des extraits à la télévision. Au-delà de l'extraordinaire facture visuelle qu'a conçue Chris Landreth, le film renferme également ne histoire touchante qui ne devrait laisser personne indifférent. L'édition ici offerte est des plus complète avec des suppléments nombreux et de qualité. Un produit que tout bon cinéphile devrait avoir dans sa collection.
| Film | 10 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 7 |