Les Khmers rouges forment une organisation communiste qui régna sur le Cambodge de 1975 à 1979. En quatre ans de régime, ces tortionnaires tuèrent environ deux millions d'habitants par des assassinats, par la torture ou par des camps de travail, soit environ 25% de la population totale du Cambodge.
"S21- The Khmer Rouge Killing Machine" est un documentaire qui nous conscientise sur ce génocide très peu médiatisé et très peu connu du monde occidental. S21 est le nom de code de Tuol Sleng, petite école reconvertie en prison en pleine capitale du Camdodge où l'éducation a fait place à la mort pendant le régime des Khmers rouges. Au-delà de 17 000 personnes y moururent et c'est à cet endroit que le réalisateur Rithy Panh nous amène en confrontant victimes et bourreaux. Il a fallu au cinéaste plus de trois ans de préparatifs pour nous livrer ce documentaire simplement bouleversant.
Filmé la plupart du temps dans les murs de cette prison, le réalisateur passe la parole aux souvenirs de cette ère de tuerie. Si l'adage dit qu'une image vaut mille mots, et bien, ce documentaire nous rappelle qu'un témoignage peut valoir mille images. Nous regardons deux survivants écouter calmement un des tortionnaires expliquer qu'ils n'avaient autre choix que de suivre les ordres. C'est sidérant de voir ces gens qui ont connu la torture et caresser la mort de si près, écouter ce témoignage sans broncher. Aucune archive ne demeure de cette époque et du mode de fonctionnement des Khmers rouges. Il ne reste que des ustensiles, des photos et des documents administratifs que scrutent les survivants. Au passage, on ouvre un cahier d'aveux, ceux faits par des Cambodgiens qui n'en pouvaient plus d'être torturés et qui ont donné des noms comme ça au hasard pour mettre fin à leur souffrance. Ce qui étonne, c'est de voir les tortionnaires nous expliquer, d'une façon si détachée, comment ils s'y prenaient pour torturer les prisonniers. Parmi les survivants, on nous présente Vann Nath, un peintre qui a eu la vie sauve car ses peintures évoquaient de belles choses. Un autre survivant, médecin celui-là, nous explique comment il soignait les blessés à coup de vitamine C et d'eau dans le but de leur redonner suffisamment de force pour qu'ils puissent ultérieurement subir une nouvelle séance de torture.
La qualité du transfert vidéo est de bonne qualité considérant l'équipement utilisé aux fins du tournage. Nous avons droit à une image très propre composée de belles couleurs nettes. Seules les archives montrées en début de projection sont abîmées et de mauvaise qualité mais il n'y en a que pour environ deux minutes. Le volet audio ne passe strictement que par les canaux avant et nul besoin de dire que la trame de sous-titres est un "must" dans ce cas. Un menu statique sur fond musical et de navigation triviale est une belle entrée en la matière.
Côté suppléments, nous avons droit à une entrevue avec Rithy Panh qui nous explique comment il a fui le Cambodge pour rapatrier la France. (Le Cambodge faisait partie de l'Indochine et appartenait à la France). Il nous explique en outre pourquoi il a voulu faire ce documentaire. Nous retrouvons également une biographie et filmographie du cinéaste. "Film in Context" et "Cambodia: A Chronology 1953-2001" sont deux documentaires écrits très pertinents et se veulent d'excellents compléments au documentaire. Des notes de production, une introduction à une série de films "Human Rights Watch Selects" et quelques bandes-annonces d'autres productions "First Run Features" complètent le tout.
À défaut d'avoir des archives à l'appui pour nous expliquer ce génocide, le réalisateur a trouvé une idée formidable en confrontant victimes et bourreaux à travers les murs de la prison qu'ils ont partagée. C'est à coup de témoignages que l'on assiste impuissant aux révélations faites sur ce génocide qui peut se résumer en une phrase: "Mieux vaut arrêter par erreur que de laisser l'ennemi nous ronger de l'intérieur.". Troublant, choquant et terrifiant, ce documentaire lève quelque peu le voile sur une des pages d'histoire les plus honteuses de l'humanité, celle d'un génocide fait presque par plaisir. Je recommande fortement aux cinéphiles et férus d'histoire de se procurer cette belle édition DVD que nous livre "First Run Features".
| Film | 9 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 6 |