L'histoire de Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti en est une qui hante la conscience américaine depuis presque un siècle et qui périodiquement refait surface, que ce soit sous forme de chanson (Joan Baez entre autres, à l'époque du folk revendicateur des années soixante), de livre, de film de fiction ou de documentaire comme c'est le cas ici avec le tout dernier long-métrage de Peter Miller, simplement intitulé "Sacco and Vanzetti".
Le film retrace l'histoire de ces deux immigrants italiens venus, comme beaucoup de leurs compatriotes de l'époque, tenter leur chance aux États-Unis dans les années vingt et qui se retrouvèrent mêlés à une affaire de meurtre au Massachusetts et condamnés à mort, plus à cause de leurs opinions politiques anarchistes et à leur origine étrangère qu'à cause de preuves formelles de leur culpabilité. Jusqu'à ce jour, le mystère persiste et leur culpabilité reste hypothétique. La seule chose qui soit sûre c'est que le procès qu'ils subirent fut une parodie et qu'ils n'eurent pas droit à la même forme de justice que s'ils avaient été américains et eurent embrassé les idées politiques capitalistes de la majorité. Ce travesti de procès est encore à ce jour une tache noire sur le grand étendard de tolérance et d'ouverture que brandissent les Américains, à tel point que le gouverneur de l'état, George Dukakis, fit, il y a quelques années, des excuses publiques au nom de son gouvernement aux familles des deux anarchistes italiens pour ce procès inapte et leur condamnation à mort sans preuves valides.
Le documentariste Peter Miller a donc décidé de ressortir cette histoire et de réunir le plus de documents possible - que ce soit photos, lettres, extraits des journaux de prison des détenus lus par John Turturro et Tony Shalhoub, coupures de journaux de l'époque, mémoires du procès, extraits d'un film de fiction tourné à Hollywood, etc. - et de les assembler en complétant le tout avec des entrevues de personnalités ayant un rapport quelconque avec cette histoire. On retrouve des membres des familles des disparus (dont l'incroyablement pittoresque et volubile nièce de Vanzetti, elle-même anarchiste convaincue!), des voisins de l'époque, des intellectuels américains spécialistes des droits de l'Homme, des historiens, des experts en balistique, des experts juridiques, ou de simples passionnés de cette histoire. Bref, toute une brochette de gens liés de près ou de loin à cette affaire et qui nous aident à mieux comprendre cette saga.
Par contre, comme le dit le réalisateur, même après toute cette recherche et ces heures d'entrevues, on ne peut toujours pas affirmer avec certitude si oui ou non Sacco et Vanzetti étaient vraiment coupables ou innocents du crime dont on les accusait. Peu importe en fait, puisque le film est vraiment intéressant et qu'on apprend à connaître en détail la vie de ces deux hommes victimes de racisme étatique et on apprend à les plaindre d'être nés à cette époque sordide de mentalités obtuses (quoique qu'on peut penser que les choses n'aient pas tellement évoluées depuis...!) Le film nous fait aussi réfléchir et se questionner sur les notions de justice et d'idées politiques, ce qui est plutôt bien pour un documentaire et rare ces jours-ci où la mode est aux films qui nous donnent les réponses au lieu de nous poser des questions.
Pour ce qui est de la qualité vidéo, les entrevues et images contemporaines sont très bien filmées et éclairées. On a choisi de se concentrer sur l'interviewé en minimisant la profondeur de champs, ce qui donne un look plus formel et intense aux entrevues. Les couleurs sont bien rendues, avec peut-être un peu trop de jaune à l'étalonnage, tentative de reproduire le sépia des photos d'époque. Comme le reste des images sont des films ou des photos d'archives, souvent en noir et blanc, la qualité est moindre. Beaucoup de grain, beaucoup de déchirures, de saletés et un manque flagrant de définition.
Du point de vue du son, une meilleure qualité est présente. Puisque les documents d'époque sont muets, la moyenne totale est à la hausse! Les entrevues sont bien rondes et le phrasé très précis. La musique aux accents folkloriques italiens souligne bien en arrière-plan tout le film, avec quelques pointes en avant-plan bien placées, histoire de ponctuer des moments importants dans l'histoire ou de faire une transition majeure.
En suppléments on retrouve une entrevue du réalisateur ainsi qu'une biographie écrite, une foire aux questions, une galerie de photos de l'époque et une bibliographie suggérée pour en savoir plus sur l'affaire Sacco et Vanzetti. Ces derniers éléments étant magnifiquement présentés sur un fond de livre ancien, à la manière des artisans éditeurs de l'époque.
| Film | 8 |
| Présentation | 9 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |