ScaredSacred
Mongrel Media / ONF

Réalisateur: Velcrow Ripper
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 104 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
11 juin 2006

Trop souvent, les documentaristes décrivent des situations bouleversantes en s'attardant sur le côté sensationnaliste et en faisant fi d'éléments secondaires tout aussi primordiaux. Ce n'est pas le cas du Canadien Velcrow Ripper dont le récent "ScaredSacred" hante amplement.

Le projet est ambitieux et force l'admiration. Un réalisateur parcourt la planète pour trouver des lieux de désolation. Une fois sur place, il décrit la problématique en n'évitant aucun détail. Par la suite, il cherche l'espoir en posant son objectif sur les gens qui se rassemblent et font des efforts pour changer la donne. C'est le travail colossal qu'a effectué le documentariste Velcrow Ripper sur son extraordinaire "ScaredSacred". En suivant sa thématique révélatrice "Dévoile la noirceur. Révèle la lumière.", il visite entre autres Bhopal, le Cambodge, la Bosnie, le Tibet, Hiroshima, l'Afghanistan, New York, Israël et la Palestine. Quelques endroits traumatisés par le passé et même par le présent qui ne font sans doute pas le tour d'horizon de tous les pays touchés par des tragédies (où est le Rwanda, l'Arménie, le Vietnam?), mais atteindre une telle exhaustivité aurait été pratiquement impossible.

Au lieu de répéter les mêmes arguments et d'utiliser un ton pédant, didactique ou manichéen, l'auteur du brillant The Corporation multiplie les sources crédibles, à la fois tristes et contestatrices. Ces touches humanistes sont considérables. Elles englobent les sens pour transformer la vision du spectateur. Elles font vaciller les concepts pour élaborer de nouveaux schismes. Ces éléments salvateurs sont sublimés d'une mise en scène très retenue, offrant une vision poétique et même spirituelle. Ripper questionne l'humanité, la remet en perspective et cherche à sonder l'inaccessible. Cette harmonie entre le sublime (la planète) et les affres horrifiques de la violence rejoint une vision profondément enracinée, s'intéressant autant à la philosophie qu'aux terminaisons politiques, deux termes qui sont également propres à des sages tels Terrence Malick.

Cette œuvre sur la paix comporte de sublimes paysages. Autant les terres dévastées de l'Afghanistan que les ruines proéminentes d'Angkor Watt transforment la peur du voyage en quête pour aider les autres. Les images, d'un onirisme certain, sont souvent incroyables. La qualité des plans peut varier selon les pays, mais la plupart du temps, le grain est peu présent. Les couleurs sont fantastiques et sa beauté devient principalement évidente lors des nombreux couchers de soleil assez extraordinaires. Ces transitions entre la noirceur et la lumière suivent le thème et ne s'essoufflement pratiquement jamais. L'atmosphère si particulière se développe encore davantage par l'apport non négligeable de la trame sonore. Concoctée par des artistes innovateurs comme DJ Spooky, Ani Difranco et DoMakeSayThink, la musique jongle autant avec l'épique que l'intimisme et le lyrisme. Cette utilisation discrète des différents haut-parleurs surprend amplement à l'occasion, tout en laissant une place proéminente aux voix. Celles-ci s'écoutent parfaitement, il y a une très bonne traduction pour les personnes intéressées et des sous-titres blancs d'une qualité plus que supérieure.

La pochette est empreinte d'une grande mysticité. La dualité du noir et du blanc mène un combat sans lendemain avec l'être humain en guise de victime. Ces confrontations donnent des nuages orangés, symbolisant autant le feu qui brûle que l'espérance de beaux lendemains. Le menu principal du DVD reprend cette idée en y rajoutant un montage fluide de plusieurs scènes, une musique incroyablement rythmée et des icônes un peu trop petites. Les suppléments, dispersés un peu partout, séduisent par leur profondeur. En cherchant une scène en particulier, il est possible d'en savoir plus sur les régions visitées. À un autre endroit, une biographie du réalisateur apparaît, ainsi que les prix remportés par le documentaire, des ressources Internet pour les curieux et la bande-annonce originale. Une piste de commentaires est également disponible. Dès la première image, Ripper décrit son expérience en multipliant les propos frais qui fascinent presque autant que le récit final. De ce côté, la période de questions et de réponses est incroyablement pertinente. Pendant treize minutes, l'homme derrière "Bones of the Forest" offre des arguments de poids pour étayer sa vision, son parcours et la peur encourue par un tel périple. Cette façon de traiter efficacement des endroits dominés par un groupe souvent minoritaire et étranger prend toute sa pertinence dans le débat mettant en vedette le cinéaste Atom Egoyan et l'auteure du livre Dancing in the No-Fly Zone: A Woman's Journey Through Iraq, l'écrivaine Hadami Ditmas. Le cerveau est mis à rude épreuve, mais il n'est pas le seul. Il y a une séance de méditation assez étrange parsemée de nuages et un montage gracieux où des images s'envolent sur des airs musicaux pesés et soupesés.

Plus que recommandable dans tous ses aspects, "ScaredSacred" mérite amplement le visionnement uniquement pour sa thèse peu orthodoxe qu'elle défend. Montrer la beauté et l'avenir dans des régions souvent condamnées à souffrir dans les maux du passé. Une vision rafraîchissante et nécessaire qui, dans le meilleur des mondes, amènera des fidèles à imiter et surpasser ce modèle humaniste et spirituel.


Cotes

Film8
Présentation8
Suppléments8
Vidéo8
Audio8