Shake Hands with the Devil: The Journey of Roméo Dallaire
Microfilms

Réalisateur: Peter Raymont
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 91 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
9 mars 2005

Au printemps 1994, alors que les yeux des téléspectateurs étaient rivés sur le procès d'O.J. Simpson et son gant ensanglanté, 800 000 Tutsis se faisaient massacrer au Rwanda. Pas 800 000 rats, 800 000 êtres humains. Je n'ai aujourd'hui qu'un vague souvenir de cet évènement et honnêtement, j'ai honte. Et vous devriez avoir honte aussi. Honte de l'ONU, honte de votre gouvernement, honte de vous, honte de toute cette indifférence devant tant de folie et de souffrances. Le monde a dit, bof ce ne sont que des noirs après tout, pire ce sont des Africains et il n'y a rien d'intéressant en Afrique, et de toute façon, des Africains, il y en a déjà trop. Au beau milieu de ce chaos, qui prit rapidement des proportions machiavéliques, un homme s'est dressé. Un homme de principes, un homme droit et noble qui a fait l'impossible pour alerter ses supérieurs et l'opinion publique et qui, malgré un manque flagrant de soutient et de ressources, est demeuré sur place et a sauvé ceux qu'il a pu. Cet homme est le général Roméo Dallaire, commandant de la force de l'ONU au Rwanda.

Basé en partie sur le livre du même titre (en français: J'ai Serré la Main du Diable) écrit par le général Dallaire et gagnant du Prix du Gouverneur Général, le documentaire de Peter Raymont nous fait suivre le parcours de cet homme d'exception, alors qu'il retourne au Rwanda pour la première fois, 10 ans après le génocide. C'est souvent avec émotion, et parfois avec une rage à peine contenue, qu'il décrit les évènements qui ont mené au génocide, qu'il nous parle de sa frustration, alors que tous les signaux d'alarme qu'il a envoyés ont été ignorés, et qu'il nous transmet son sentiment d'impuissance face à l'ampleur inimaginable de toute cette horreur qui a décimé une ethnie. Accompagné par sa femme Elizabeth, il visite plusieurs lieux clefs, comme l'école technique de Don Bosco et l'église catholique Nyarubuye où des milliers de Tutsis s'étaient réfugiés, mais furent tout de même exterminés. Il se rend également au quartier général de l'ONU à Kigali, que les rebelles avaient attaqué, à l'hôpital King Faycal et à la morgue de Kigali où les corps mutilés, trop nombreux, étaient tout simplement empilés à l'extérieur. On le voit également livrer un discours à l'Université nationale du Rwanda, s'entretenir avec l'actuel président du Rwanda Paul Kagame, qui était à l'époque leader du FPR (Front Patriotique Rwandais, opposé aux forces gouvernementales et aux rebelles du Interhamwe, responsables du génocide), donner des entrevues aux médias rwandais, participer à une conférence sur le génocide et aux célébrations entourant son 10e anniversaire, célébrations auxquelles n'assistèrent d'ailleurs que des dignitaires étrangers de second ordre. Malgré tout le respect et la chaleur que lui démontrent les Rwandais, qui voient en lui une sorte de héros, on le voit souvent seul, debout, perdu dans ses pensées, et on l'imagine menant un combat intérieur contre les souvenirs douloureux qui l'assaillent.

Peter Raymont tisse une oeuvre choc en intégrant le retour du général Dallaire au Rwanda avec une chronique du génocide. Il utilise l'approche classique du documentaire, en soulignant le propos avec des extraits de films d'archives et des entrevues avec plusieurs intervenants dont, entre autres, les deux assistants militaires du général au Rwanda, l'écrivain Gerald Caplan, spécialiste de la question Rwandaise, l'envoyé spécial de l'ONU Stephen Lewis, le journaliste de la CBC Michael Enright et Elizabeth, la femme du général Dallaire. Les images du présent nous montrant des tombes communes, des centaines de crânes humains et des enfants jouant dans les rues se mêlent à celles du passé où les Hutus exterminent les Tutsis à coups de machette et où les corps mutilés jonchent ces mêmes rues. On ressort complètement dégoûtés face à une démonstration d'atrocités, d'hypocrisie et d'apathie qui dépasse l'entendement, mais également stupéfiés qu'autant d'acharnement et d'héroïsme puissent provenir d'un seul homme. Le fait que le général Dallaire puisse nous faire partager ses émotions de façon aussi ouverte, chose rare pour un militaire, contribue largement à l'impact du film.

Tournée avec une caméra numérique DV, l'image est excellente. Certains documents d'archives sont de qualité moindre, mais c'est tout a fait naturel. L'audio est également clair, mais il n'y a pas de différences notables entre la piste 5.1 et celle en stéréo. Les dialogues sont, quant à eux, toujours facilement audibles. Les menus sont statiques, accompagnés de musique et de navigation aisée. Plusieurs suppléments sont offerts, dont deux pistes audio commentaire. Sur la première, le réalisateur Peter Raymont nous entretient de sa vision du film, des détails entourant le tournage et du processus d'intégration des documents d'archives et des entrevues. Il parle également avec beaucoup de respect du général Dallaire et de la relation privilégiée qu'il a établie avec lui. La seconde piste nous offre le point de vue du critique du Toronto Star Geoff Pevere. Son propos est moins spécifique au film lui-même et il explore plusieurs thèmes, dont la carrière de Peter Raymont, la tradition du documentaire au Canada et l'importance des aspects politiques, historiques et personnels par rapport à la structure narrative. Les deux pistes sont fort intéressantes à des niveaux différents et offrent un excellent complément au film. On retrouve également un segment où le général Dallaire lit deux extraits de son livre, une courte entrevue avec le réalisateur, une galerie de photos commentées par le photographe Peter Berg, une liste de références (livres et films) traitant du génocide rwandais et cinq bandes-annonces.

"Shake Hands with the Devil" nous propose un constat implacable sur l'échec de l'humanité au Rwanda et le portrait d'un homme admirable, convaincu qu'une vie humaine au Rwanda a autant d'importance qu'une vie humaine n'importe où dans le monde. Dépressions, tentatives de suicide, thérapie, il aura fallu, après son retour du Rwanda, dix ans au général Dallaire pour retrouver une vie à peu près normale et trouver assez de courage pour y retourner. J'espère de tout coeur que ce voyage lui aura permis, du moins en partie puisqu'oublier de telles horreurs est impossible, d'exorciser ses démons et de retrouver une certaine paix intérieure. Oubliez les remords et le sentiment de culpabilité Monsieur Dallaire, car au printemps 1994 vous étiez le seul homme raisonnable de la planète.


Cotes

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