Documentaire engagé qui synthétise brillamment les déroutes du capitalisme sauvage en annonçant les révoltes des indignés de Wall Street qui allaient suivre, "The Shock Doctrine" est un opus important, nécessaire et brûlant d'actualité, qui mérite d'être vu afin de mieux saisir les enjeux passés, présents et futurs.
Metteurs en scène de l'excellent The Road to Guantanamo, Michael Winterbottom et Mat Whitecross reprennent les grandes lignes d'une populaire missive de Naomi Klein où elle analyse la stratégie du choc, une théorie qui consiste à obtenir ce qu'on veut après une grave crise humaine, sociale ou économique. Une stratégie qui a été utilisée par plusieurs pays et qui a souvent résulté en une idéologie fondée sur la déréglementation et la privatisation.
Avec ce brûlot édifiant qui suit une structure chronologique classique, les cinéastes lèvent le voile sur l'évolution des politiques, des années 1930 à celles d'aujourd'hui. Un tour d'horizon qui n'est peut-être pas nouveau, mais qui a rarement été montré de cette façon. L'information s'avère parfaitement vulgarisée, revenant sur le coup d'état du Chili, le contrôle des pays sud-américains pendant les années 1970, le changement de régime en Grande-Bretagne et aux États-Unis dans la prochaine décennie, jusqu'à la transformation du Bloc soviétique et la crise de 11 septembre 2001.
Un essai qui est certes à gauche sur l'échiquier politique, mais qui impressionne par la qualité exceptionnelle de ses sources et de ses analyses, de sa façon de dresser un portrait global de la situation en moins de 80 petites minutes. De quoi tout absorber comme un suspense qui terrifie, qui fait pleurer et qui donne le goût de monter aux barricades. Les mots de Klein sont le fil conducteur d'une démonstration encore plus large, qui peut compter sur une réalisation alerte et dynamique, un rythme sans réelle baise de régime et une conclusion qui allait annoncer les protestations planétaires et ce, même si le tout s'arrête lors de l'élection de Barack Obama.
Les archives étant nombreuses, la qualité vidéo varie entre le potable et l'acceptable. Les couleurs ne sont pas exceptionnelles, ni les teintes ou encore la profondeur des contrastes, sauf que le tout se regarde sans problème, ce qui est le plus important. La musique mélodique est bien utilisée, recréant favorablement l'époque où se déroule les différents segments. Il y a même un air récurent qui provient tout droit du Fargo des frères Coen! La piste sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 aurait pu être un peu plus étoffée, rares sont les effets qui ressortent des haut-parleurs. Néanmoins les voix et les interventions sont claires (même la narration britannique) et il est possible d'insérer de corrects sous-titres jaunes en anglais ou en français.
La pochette représente un dessin qui manque un peu de subtilité dans sa façon de recréer des soldats, des avions, de l'argent, des hommes du domaine financier, un masque à gaz et des barbelés. Le menu principal du DVD reprend cette idée simpliste qui apparaît de façon statique et sans mélodie. En compagnie d'une bande-annonce et d'une série de publicités, les bonus proposent de fascinants échanges provenant tout droit de l'édition 2010 du Festival de Sundance. Pendant 50 minutes, les deux cinéastes, Naomi Klein et Robert Redford discutent des thèmes abordés, de politique nationale et internationale, ainsi que de la marche à suivre pour le futur. Ce qui en ressort mérite évidemment le coup d'œil.
"The Shock Doctrine" aurait pu être un documentaire comme il y en a tant. Il possède cependant ce supplément d'âme qui fait toute la différence. Sa charge est précise, incisive et terriblement bien documentée. Surtout que le propos si fondamental est amené vers des nouveaux sommets grâce à une réalisation tout à fait appropriée, qui fait vivre son lot d'émotions fortes. Décidément dans une classe à part.
| Film | 8 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |