La joie de vivre et la bonne musique sont les mets principaux de "Smoothie", un documentaire qui fait connaître le destin exceptionnel de Maurice Cullaz. Léger comme l'ivresse, mais sans les effets secondaires du lendemain de veille!
Pendant toute son existence, Maurice Cullaz a multiplié les métiers en mettant ses passions au premier plan. Journaliste à France Inter, président de l'Académie Française de Jazz et co-fondateur du magazine Jazz Hot (entre autres choses), ce petit gaillard fort sympathique s'offre des plaisirs coupables le plus souvent possible. Il adore la musique jazz, blues et soul, mais également les airs gitans, arabes, scratch et rap. De nombreux genres souvent populaires chez des gens moins fortunés et qui sont principalement enracinés au sein de leurs histoires culturelles et religieuses.
C'est sur le destin de cet être éminemment affable que le réalisateur Jean-Henri Meunier a décidé de poser son regard et sa caméra. La trame narrative, tellement large qu'elle se dissout dans l'univers des possibilités, suit les rencontres de Cullaz avec plusieurs artistes. En l'espace de 77 minutes, pas moins de 32 personnes se succèdent! Un petit calcul rapide qui n'offre pas énormément de profondeur. Parfois, ces personnalités ne font que jouer, ce qui développe une atmosphère plus que louable à l'entreprise. À d'autres moments, il y a un échange entre le sujet de ce documentaire et ses amis-vedettes. Entendre James Brown encenser Cullaz pendant de nombreuses minutes donne une scène chargée en émotions, alors que la beauté de Dee Dee Bridgewater n'est rien de plus qu'envoûtante.
En restant simple et authentique, "Smoothie" égaye les journées sans soleil. Il fait découvrir un Maurice Cullaz qui semble avoir connu tout le monde et qui en parle avec délicatesse. En combinant des anecdotes sur sa femme et des propos plus douloureux comme le rôle de la musique chez les esclaves noirs, le ton évite le mélo et un quelconque tour d'horizon peut débuter. Ce n'est presque rien pour bien comprendre les différents styles abordés, mais c'est une introduction. Un commencement vers le jazz et le blues qui s'opère par la prolifération d'extraits sonores, tous plus chaleureux les uns que les autres.
Cette musique omniprésente permet de bien entendre les élans de Nina Simone ou de l'accordéoniste Richard Galliano. Grâce à une honnête piste Dolby Surround, la trame sonore virevolte dans tous les sens et devient rapidement l'attrait principal de cette production. Tout en demeurant très audibles, les voix ne sont pas toutes égales. Plusieurs intervenants semblent chuchoter ou marmonner. L'idée d'inclure des sous-titres n'est donc pas mauvaise, sauf qu'ils ne sont pas parfaits. La couleur blanche est convenable pour une bonne compréhension et la grosseur des caractères est suffisante, mais ils ne s'affichent pas toujours aux bons endroits. Parfois, une source peut parler et cela prend plusieurs secondes avant que les sous-titres suivent le rythme! Plus pénible est cette qualité vidéo très moyenne. Comme différentes séquences proviennent d'endroits multiples, il est normal que la photographie soit un peu inégale. Des instants aux grains prédominants peuvent succéder à des plans plus spacieux. Des couleurs justes et précises côtoient souvent des scènes plus troubles où une luminosité rouge est effarante. Le plus frustrant au sein de ce plein écran est cet abus de blocages survenant un peu partout. Les chemises, les pantalons, les barreaux, les livres: la plupart des endroits possibles et inimaginables sont affectés par cet artefact. La vue est alors détournée sur des éléments moins fondamentaux.
Une façon de bien se retrouver est de suivre la pochette de ce documentaire à la lettre. Le nom de tous les artistes est inscrit en ordre d'apparition, ce qui peut être salvateur au moment opportun. Le menu principal du DVD reprend cette image, en offrant un large plan du visage de Cullaz. La rigidité statique n'empêche pas la musique jazz de triompher. Les icônes sont également de bonne facture, quoique la section "suppléments" est plus que navrante. Lors de "Donnez-vous un moment de relaxation", le journaliste en herbe déambule dans les couloirs labyrinthiques de Radio France sur une musique d'Alfredo Rodriguez. Un dix minutes qui ne sert absolument à rien. Le deuxième - et dernier - bonus est une chanson audio concoctée par Emmanuel Bex en hommage à Maurice Cullaz. L'air est très joli, mais c'est extrêmement mince pour un sujet qui a accaparé plusieurs existences.
Aussi frais et léger que facile et superficiel, cet essai n'a pas la prétention de tout dire sur différents mouvements musicaux. Mais plutôt de faire découvrir un homme chaleureux et de montrer ce qui lui fait chavirer le cœur. "Smoothie" est une belle façade vers l'évasion et la découverte.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |