Wal-Mart: The high cost of low price
Disinformation / Brave New Films

Réalisateur: Robert Greenwald
Année: 2005
Classification: NR
Durée: 97 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DDST)
Sous-titres: Français, Espagnols
Nombre de chapitres: 19
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
26 décembre 2005

Prêt à tout pour choquer, le réalisateur et producteur Rupert Greenwald, le Michael Moore des pauvres, concocte en "Wal-Mart: The High Cost of Low Price" une missive explosive extrêmement efficace face à la plus grande compagnie de la terre. Manipulateur, manichéen et sans grande subtilité, mais un résultat qui risque d'enrager la grande majorité des travailleurs.

Wal-Mart a un chiffre d'affaire supérieur au PIB de plusieurs pays de la planète et cette compagnie paye des millions de dollars en publicité pour convaincre les gens qu'elle possède les plus bas prix de la région et les meilleures conditions de travail. Afin d'y voir un peu plus clair au sein de cet empire qui fait des jaloux partout sur son passage, le réalisateur (et producteur) des documentaires Outfoxed: Rupert Murdoch's War on Journalism et Uncovered: The Whole Truth About the Iraq War, Robert Greenwald, et ses nombreux acolytes décident de mener leur propre enquête. Et leurs trouvailles, sans étonner les personnes le moindrement cyniques, sont tout à fait incroyables. Wal-Mart détruit les entreprises locales et les patrons font des paris pour savoir dans combien de temps la compétition va disparaître. Les employés travaillent à temps partiel, ils sont sous le seuil de la pauvreté, ne peuvent se payer un régime médicament et ils sont sérieusement incités à faire des heures supplémentaires qui sont, bien entendu, non payées. Les syndicats sont interdits, il y a des moyens d'intimidation envers les travailleurs et tous les moyens sont bons pour contourner un règlement. Les municipalités épargnent à cette entreprise de nombreuses taxes qu'elles pourraient utiliser ailleurs et dès qu'il y a le moindre pépin, Wal-Mart plie bagage. Mais ce n'est pas tout! Cette énorme agglomération de pécules ne protège pas ses stationnements, elle pollue aisément et elle fait preuve de racisme et de sexisme envers ses employés. Que ce soit à Shanghai ou dans différentes régions de l'Inde, les gens travaillent pour peu d'argent, dans des conditions nullement recommandables et la pire misère n'est même pas mentionnée!

Ces affirmations, ce sont Robert Greenwald et sa troupe de chercheurs qui les tiennent. En utilisant de nombreuses archives, des témoignages souvent poignants, des données avancées par des experts et bien plus encore, c'est Wal-Mart tout entier qui est mis au banc des accusés pour ses mensonges, ses hypocrisies et ses façons insidieuses de profiter de l'État et de la bonne foi de la population. Avec beaucoup d'ironie et de l'humour qui fait rire jaune, une publicité de cette chaîne très connue est immédiatement dénaturée par des chiffres qui affirment exactement le contraire. De quoi vouloir bouder ce magasin pour le restant de l'éternité. Et pour éviter un traitement trop lourd et sans espoir, la dernière partie de ce documentaire montre des gens qui se réunissent afin de lutter contre Goliath et empêcher la construction d'un Wal-Mart dans leur entourage. Le plus incroyable, c'est le résultat positif de ces actions!

Comme pour n'importe quelle production à la Michael Moore, il faut accepter d'emblée que le message soit légèrement faussé pour que l'impact devienne encore plus considérable. En jouant à fond la carte du sensationnalisme, "Wal-Mart: The High Cost of Low Price" n'aura aucune difficulté à trouver son public et à l'effrayer au passage. Le traitement est purement dichotomique, avec les bons d'un côté et les méchants de l'autre. Surtout que la réalisation, qui multiplie les différents points de vue, n'est pas très originale. Trop souvent, il y a les nobles entrepreneurs qui arrivent, avec presque rien, à monter une entreprise familiale valorisante (le bon vieux rêve américain)... avant de voir le méchant envahisseur les obliger à fermer après avoir volé la clientèle. Cet air connu est repris trop souvent, ce qui donne l'impression de nombreuses longueurs et un rythme assez inégal. Toutefois, les exemples démontrés sont tellement puissants qu'ils enrayent assez rapidement ces quelques intempéries.

En puisant ses images de différentes sources (des reportages présentés à la télévision, des caméras presque clandestines, des entrevues avec des anciens employés, des publicités de Wal-Mart, des séances de motivation de personnes importantes, etc.), l'aspect visuel de ce documentaire est plutôt inégal. Des scènes bien rendues vont être entrecoupées par d'autres qui multiplient un peu trop les instants flous, l'abus de grains et les couleurs pâles. Si la deuxième moitié semble un peu plus équilibrée (l'être humain s'habitue à tout), la première est à peine potable. Les sous-titres jaunes généralement aisés à lire ne compensent pas entièrement ces lacunes. Non seulement de nombreuses erreurs grammaticales apparaissent dans la traduction, mais la manie que possède le texte de passer successivement du haut de l'écran au bas de celle-ci risque de faire perdre le fil conducteur du récit. La musique, à peine perceptible dans la plupart des séquences, ressort toutefois très bien lors de séquences chocs. Malheureusement, la qualité audio est conditionnée par le matériel utilisé et s'il est de mauvaise qualité (comme c'est parfois le cas), des bruits de parasites peuvent se faire entendre.

Même de loin, il est presque impossible de ne pas remarquer la pochette de "Wal-Mart: The High Cost of Low Price". Il y a un immense bonhomme doté d'une tête jaune au sourire malicieux, les multiples bras étant en train de récolter de l'argent, de détruire le paysage et d'asservir les individus présents. Pour la subtilité, il faudra repasser. Le menu principal du DVD utilise ce montage apocalyptique en rajoutant quelques scènes du documentaire et une musique entraînante. Outre la démonstration sans équivoque de 97 minutes, le choix d'une scène et la présence de sous-titres (en espagnol ou en français), de nombreux suppléments sont inclus afin de convaincre totalement des méfaits de ce magasin. Tout d'abord, il y a un documentaire sur le tournage de 17 minutes où le producteur parle de son récit et, surtout, de la difficulté de recruter des gens. Fascinant, mais un peu long pour rien. Ensuite, il y a une piste de commentaires assez inspirés qui amènent Robert Greenwald à étaler des informations incroyablement savoureuses sur le tournage. Il y a également huit parodies de publicités de Walt-Mart plutôt jouissives qui mettent en vedette différentes personnes s'exprimant sur les mauvaises conditions de travail. Pour pousser cette idée encore plus loin, les créateurs de ces publicités racontent leurs inspirations et les défis de créer de telles œuvres. Quatre autres sections ne dépassant jamais les dix minutes sont de la partie pour soutenir quelques idées avancées dans le documentaire. La première ("Our Moral Voices") offre des extraits religieux et remet en question l'éternel combat entre les traditions et le capitalisme. Le deuxième ("Don't Mourn, Take Action") s'intéresse aux combats de différentes personnes pour changer la donne. Les deux dernières s'attardent à un pays en particulier qui doit vivre avec les conséquences des politiques de Wal-Mart. En Angleterre, les économies locales des agriculteurs sont ravagées et les risques de pollution sont très élevés. Au Canada, un magasin de Jonquière a dû fermer ses portes, car il était le premier endroit à être syndiqué. Comme cerise sur le gâteau après tous ces suppléments assez garnis, il y a une version de vingt minutes encore plus rythmées et provocatrices du documentaire qui élimine les excès de bons sentiments pour aller directement au but. Une bonne option lorsque la visite est pressée.

En utilisant des moyens aussi gigantesques que la compagnie qu'il cherche à dénaturer, le documentaire choc "Wal-Mart: The High Cost of Low Price" risque de ne pas s'attirer beaucoup de sympathies envers des gens qui craignent comme la peste les nombreux ersatz de Michael Moore qui "manipulent" la réalité pour créer de la propagande. En revanche, les autres personnes seront renversées d'apprendre comment une entreprise qui se vante d'être la meilleure au monde peut mentir à ce point. Un exercice de style éléphantesque qui fera réagir à coup sûr.


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments9
Vidéo5
Audio6