À travers son premier documentaire "Watermarks", le réalisateur Yaron Zilberman a réussi l'impensable: traiter d'un sujet inédit avec comme toile de fond la Deuxième Guerre mondiale et le douloureux destin des habitants juifs. Un exploit aussi exceptionnel qu'édifiant.
Au début du 20e siècle, dans plusieurs régions de la planète, les personnes juives n'étaient pas acceptées dans les équipes sportives. Pour lutter contre cette injustice, les gens se réunissaient pour changer la donne. En 1909, en Autriche, le club Hakoah voit le jour et ses succès sont spectaculaires. Très rapidement, sa renommée devient considérable, alors que plusieurs de ses athlètes détrônaient des records du monde. Il y avait principalement une équipe de plongée féminine qui se distinguait dans les années 1930. Alors que quelques-unes de ces femmes refusaient de participer aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936, elles se faisaient vilipender par la population pour l'avoir "abandonnée". Deux années plus tard, après l'unification de l'Autriche à l'Allemagne, les administrateurs de Hakoah doivent s'exiler pour survivre et les nageuses déménagent dans différents endroits comme les États-Unis ou l'Angleterre. Tout le monde est sain et sauf, mais rares sont les individus qui vont revenir sur leurs terres natales. Soixante-cinq années s'écoulent et le réalisateur juif Yaron Zilberman décide de raconter cette histoire en organisant une rencontre spéciale à Vienne. Pour la première fois depuis des décennies, ces femmes, maintenant âgées de plus de 80 ans, se revoient pour partager leurs souvenirs.
Sujet fascinant s'il en est un, ce documentaire utilise le passé douloureux pour faire connaître le sort d'athlètes extraordinaires qui ont mille et une choses à partager. Ces symboles de résistance face au régime nazi plongent le spectateur dans des endroits peu connus de l'histoire autrichienne. En plus de s'attarder sur cette époque et de raconter l'essor du Hakoah (qui signifie "force" en hébreu), Zilberman s'intéresse d'abord et avant tout à ces êtres qui ont dû fuir pour survivre. Ainsi, il éclaire sur leur destin, sur la difficulté de s'intégrer ailleurs et sur les peurs (relatives) de revenir en un tel lieu. Sans trop forcer la note, le cinéaste laisse la totale liberté à ses protagonistes qu'il filme dans leur quotidien, avec leur famille ou simplement dans une piscine.
Cela explique pourquoi le ton est si léger et ce, même si le sujet ne le prédisposait pas. L'humour est présent pour amortir les drames, alors que les étincelles de vie qui se trouvent dans les yeux de ces anciennes athlètes sont incroyablement brillantes. Après un rythme qui débute en trombe avant de se stabiliser et même d'éprouver quelques longueurs, les émotions seront puissantes et haletantes. Surtout à la toute fin où plusieurs générations d'une "même famille décomposée" se retrouvent enfin.
À ce moment, la musique généralement juste et précise devient légèrement trop grandiloquente. Il faudra pardonner ces excès. Car durant tout le récit, les harmonies classiques donnent du tonus au récit, avant de prendre pratiquement toute la place dans la dernière ligne droite. Même si cette trame sonore est souvent plus élevée que les voix, ces deux éléments se mélangent, heureusement, très rarement. C'est toutefois extrêmement dommage que les fabuleuses notes de piano ou encore les différents bruits ne sortent pas davantage des haut-parleurs situés à l'arrière. Autre petite déception: les sous-titres. Originalement, le documentaire est parlé en anglais et en hébreu avec des sous-titres qui s'affichent automatique. Cependant, en aucun cas il est possible d'obtenir une version entièrement sous-titrée dans la langue de Shakespeare. En espagnol, oui, mais pas en anglais! Vu la piètre qualité de ces mots blancs au bas de l'écran qui se perdent allègrement, ce n'est pas trop grave. Pour sa part, la qualité vidéo est couci-couça. Les archives utilisées sont aussi nombreuses que saisissantes, mais elles sont loin d'être parfaites. Pour les éléments filmés par le réalisateur, cela dépend des lieux. Des teintes pâles côtoient celles plus foncées, il y a un peu de grain au tout début et le générique se lit plutôt mal. Quelle chance que le sujet est assez passionnant pour faire oublier ces inconvénients!
Contrairement à la majorité des ouvrages qui incluent seulement le documentaire sur le DVD, "Watermarks" va beaucoup plus loin. Peut-être pas par son menu principal simple et statique, qui est bercé par une lumineuse symphonie, mais plutôt par la qualité des suppléments. Il y a plusieurs entrevues additionnelles très éloquentes avec les différentes nageuses qui se déroulent pendant environ 40 minutes! En faisant abstraction du mauvais son, c'est pendant cette période que l'on en apprend davantage sur ces âmes très sages. De plus, il y a près de 30 minutes de scènes supplémentaires ou allongées. À de nombreux moments, il est possible d'apercevoir la démarche artistique du réalisateur qui élabore ses plans pour obtenir le meilleur résultat possible. Un peu moins de 50 photos sont également disponibles pour que les gens puissent admirer les nombreux détails et le passage du temps. Dans une moindre mesure, la bande-annonce originale, et celles des productions Kardosh et Or, my Treasure, sont superflues, mais toujours les bienvenues.
En racontant le destin peu banal de jeunes nageuses juives, le cinéaste Yaron Zilberman prouve que tout n'a pas encore été mentionné sur la Seconde Guerre mondiale. En ensoleillant quelque peu les difficiles thématiques et en laissant la parole aux individus, il évite les lieux communs et l'abondance de violons pour offrir un documentaire accessible et toujours profondément intéressant. Du bonheur sur les plaies.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |