Andy Bichlbaum et Mike Bonano sont deux activistes altermondialistes d'envergure. Le premier s'est fait connaître en programmant secrètement dans un jeu vidéo un "oeuf de Pâques" qui avait pour fonction de faire apparaître une foule d'hommes nus qui s'embrassaient mutuellement. Le second, quant à lui, avait fait les manchettes après avoir interchangé les puces électroniques vocales de poupées Barbie avec celles de poupées G.I.Joe. Bref, étant donné leurs méthodes de protestations anarchiques très similaires, il était inévitable que les deux hommes se rencontrent, et, ensemble, fomentent des plans encore plus dévastateurs afin de souligner les nombreuses anomalies sociales de ce monde.
En plus de nous présenter le passé des deux "Yes Men", le film relate leurs principaux coups. Le premier, celui qui a déclenché cette vaste opération, est évidemment la création du pastiche du site Web de l'Organisation Mondiale du Commerce (l'OMC, en anglais le "World Trade Organization" (WTO), anciennement le GATT). Les sites sont d'ailleurs encore en ligne, et méritent qu'on les compare: le site réel est wto.org et le site pastiché est gatt.org. Comme on peut le constater, il est facile de les confondre si on ne s'attarde pas au contenu. Bref, plusieurs se sont fait prendre à l'arnaque, et les deux "Yes Men" ont éventuellement reçu des invitations à participer à des conférences d'envergure, et ce, en tant que représentant officiel de l'OMC. Après leur timide première expérience, voyant que leur public était crédule et inoffensif, ils ont décidé de repousser encore plus loin les limites du ridicule à chacune de leurs interventions subséquentes. Conscients du potentiel de leur geste, ils ont choisi de s'associer à une équipe de cinéastes qui a pu filmer en direct leurs interventions les plus colorées.
Bien que le film soit extrêmement intéressant, voire même incroyable, il comporte tout de même certaines longueurs. Par exemple, toutes les parties où le fameux costume est conçu auraient pu être coupées, ajoutant encore plus d'impact au dévoilement. De plus, certaines scènes, surtout au début, ne sont pas montées d'une façon très compréhensible. Par exemple, l'apparition de Granwyth Hulatberi (un des pseudonymes d'Andy Bichlbaum) à la chaîne CNBC n'est pas clairement expliquée, et il est difficile d'en saisir le but. Il faut comprendre que les deux "Yes Men" n'avaient pas l'intention de transformer leurs coups en film, et qu'un manque de matériel est peut-être en cause; cependant, un meilleur montage aurait pu rendre le film plus fluide.
Mis à part ces reproches techniques, le film vaut grandement la peine d'être écouté. Les performances des deux "Yes Men" sont tout à fait irréelles, et il est presque impensable que personne ne les ait dénoncés. Il est amusant de voir la progression de leurs actions, de relativement inoffensives, jusqu'à potentiellement dommageables. Pour plus de plaisir, il vaut mieux réserver la surprise de leur dernière idée au visionnement.
Techniquement, le film n'est pas des plus impressionnant, mais étant donnée la façon dont les images ont été tournées, il est facile de pardonner des lacunes. En fonction des sources, l'image est très variable: certains plans sont flous alors que d'autres sont granuleux. La plupart du temps, une caméra vidéo numérique de qualité moyenne a été utilisée, ce qui transparaît grandement. Cependant, on ne note pas de problèmes liés au transfert, ni à la compression. Du côté sonore, la prise de son, en captation, n'est pas à tout casser non plus. Généralement, on saisit parfaitement tout ce qui est dit; à certains endroits où l'on comprend moins bien, des sous-titres sont présents. Bref, pour ce film, le volet technique est tout à fait satisfaisant.
Comme suppléments, on nous présente tout d'abord une excellente piste de commentaires faite par les deux "Yes Men" ainsi que les trois réalisateurs. Tout au long de la piste, ils nous informent d'une foule de petits détails et précisions concernant leurs coups, ainsi que leur passé. Bref, une seconde écoute vaut grandement la peine pour écouter cette piste. On nous présente aussi quatre scènes retranchées: on comprend très bien qu'elles aient été retirées du film puisque qu'elles ne lui apporteraient absolument rien. Finalement, on nous propose les bandes-annonces d'autres films MGM sur DVD. Les menus du DVD sont vraiment jolis, imitant des pages Web (jusqu'à des pubs bidons animés!).
Bref, s'inscrivant dans la lignée des récents documentaires sociaux comme Bowling for Columbine, Supersize Me et Corporation, "Yes Men" vaut grandement la peine d'être écouté, et ce, par le plus de gens possible. Espérons d'ailleurs que les deux larrons préparent d'autres coups, et qu'une suite soit bientôt disponible!
| Film | 8 |
| Menu | 10 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 5 |