Donnie Darko
Director's Cut
20th Century Fox

Réalisateur: Richard Kelly
Année: 2001
Classification: R
Durée: 132 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
27 janvier 2005

Face à la machine hollywoodienne qui contrôle non seulement la production, mais aussi les réseaux de distribution, les petits films indépendants ont souvent peu de chance de se faire connaître en dehors du circuit des festivals. Surtout quand il s'agit du film d'un premier venu qui va à l'encontre de ce cinéma prédigéré qui occupe la majorité de nos écrans. N'ayant bénéficié que d'une sortie limitée en salles aux États-Unis (aucune au Canada), Donnie Darko a tout de même réussi, par le bouche à oreille, à obtenir le statut de film culte. Statut bien mérité puisque le film de Richard Kelly est sans aucun doute un des meilleurs films de genre des cinq dernières années. Et je dis "film de genre" parce que ce film est inclassable et qu'il faudrait autrement utiliser science-fiction/fantaisie/horreur/drame/satire/romance/comédie/thriller psychologique pour tenter de le décrire! Ayant déjà fait l'objet d'une sortie en DVD au début de 2003, voici que Donnie Darko nous revient dans sa version "Director's Cut", plus longue de près de 30 minutes.

Comme l'histoire est aussi difficile à raconter que le film à définir et que je ne veux pas vendre la mèche, voici en gros de quoi il s'agit. Donnie Darko (Jake Gyllenhaal) est un ado troublé, qui souffre de problèmes psychologiques apparentés à la schizophrénie et qui, sous l'effet des médicaments, mène une vie déconnectée du monde qui l'entoure. Souffrant de somnambulisme, Donnie sort de la maison en pleine nuit pour se retrouver face à face avec un lapin de six pieds (ok, un gars dans un costume de lapin) au visage métallique terrifiant nommé Frank, qui lui annonce que la fin du monde approche. Lorsque Donnie retourne plus tard chez lui, un moteur d'avion de ligne a fracassé le toit de la maison et atterrit au beau milieu de sa chambre. Tout au long du film, Donnie sera hanté par la présence de Frank qui le poussera à commettre des actes de plus en plus violents, deviendra obsédé par le voyage dans le temps et par une vieille dame recluse un peu timbrée qui a écrit un livre sur le sujet, et tentera de trouver un sens à son existence.

Ça parle de quoi Donnie Darko? Posez la question à 10 personnes et vous obtiendrez probablement 10 réponses différentes. En dehors des aspects qui relèvent de la science-fiction, comme le voyage dans le temps et l'univers parallèle, et de la satire de l'Amérique conservatrice, on peut relever différents thèmes qui ressortiront plus ou moins dépendamment de notre propre vécu et de l'analyse qu'on fait du film. La foi, Dieu et la quête d'un sens à notre existence, la destinée, les secondes chances, les possibilités, l'aliénation, la solitude et l'acceptation, sont toutes abordées à divers degrés. Et il faudra voir le film plusieurs fois, pas pour y trouver UN sens, mais pour y trouver SON sens. En fait, on pourrait décrire ce film comme une expérience qui n'en finit pas d'étonner et qui se prête à de nombreux niveaux d'interprétation qui se révèlent peu à peu au fil des visionnements. Sans compter que les cinéphiles prendront un malin plaisir juste à identifier les références cinématographiques et les clins d'oeil à des films aussi différents que E.T. et Psycho. Je me dois également de mentionner la qualité de l'interprétation d'ensemble, tout spécialement celle de Jake Gyllenhaal dont la présence est remarquable. Il réussit à rendre avec justesse et subtilité son rôle d'émotif introverti au look hagard et confus qui se transforme en délinquant déterminé au regard sinistre lorsqu'il est "habité" par Frank. Drew Barrymore et Beth Grant sont aussi excellentes en professeurs qui opposent valeurs libérales et conservatrices, alors que Patrick Swayze tire son épingle du jeu en gourou nouvel âge qui a quelques squelettes dans son placard.

Le transfert vidéo m'a semblé identique à celui de la version précédente. L'image est douce et parfois même un peu floue ce qui signifie une perte au niveau des détails spécialement lors des scènes les plus sombres. Plusieurs saletés, sous forme de petits points blancs ou noirs, apparaissent ça et là tout au long de la présentation. L'image est également granuleuse, mais ceci tend à supporter l'atmosphère angoissante du film. La qualité est acceptable, mais un peu au dessous de ce que l'on retrouve normalement pour une production aussi récente. On peut comprendre étant donné qu'il s'agit ici d'un film indépendant à petit budget. La piste sonore en Dolby Digital 5.1 n'est pas très dynamique et la séparation des canaux est déficiente. Les effets ambiophoniques ne sont pas bien définis et le haut-parleur des graves n'est pas utilisé à sa juste mesure. Les dialogues sont cependant clairs et facilement audibles. Dommage que cette édition n'ait pas bénéficié de l'excellente piste DTS que l'on peut retrouver notamment sur la version australienne et sur celle du Royaume-Uni. Les menus ainsi que les transitions entre ces derniers sont joliment animés sur fond d'extraits du film et accompagnés de musique.

Plusieurs suppléments, différents de ceux de la version précédente, sont offerts. Tout d'abord, nous retrouvons une excellente piste de commentaires, enregistrée spécialement pour cette édition, avec le scénariste/réalisateur Richard Kelly et le réalisateur Kevin Smith, un ami personnel de Kelly. Les deux comparses analysent le film en profondeur en s'attardant aux différences entre cette version et l'originale. Et pendant environ 30 minutes, vers la fin du commentaire, Kevin Smith pose à Kelly de nombreuses questions venant de fans du film, toutes des questions pertinentes que l'ont s'est probablement posées soi-même après avoir vu le film. Par la suite, le documentaire "Donnie Darko Production Diary" nous fait suivre les 28 jours de tournage du film. Ce segment est plus intéressant quand on l'écoute avec les commentaires (optionnels) de Steven Poster qui offre des informations intéressantes reliées à son travail de directeur photo. "They Made Me Do It: The Cult of Donnie Darko" explore par l'entremise d'entrevues avec fans, artistes et critiques, le culte voué au film au Royaume-Uni où il a beaucoup mieux marché qu'en Amérique du Nord, et ce, pour plusieurs raisons, incluant une campagne de publicité différente et des cinéphiles avides de films originaux et déroutants. Ensuite, "Storyboard-to-Screen Featurette" utilise l'écran divisé pour comparer les scénarimages de quelques scènes avec le produit final. Pour terminer, "#1Fan: A Darkomentary" est le fruit d'un concours destiné à trouver le plus grand fan de Donnie Darko, le gagnant voyant son documentaire inclus sur le DVD. On y retrouve donc une espèce de nerd qui nous fait partager sa passion pour le film et qui ne reculera devant rien pour tenter de rencontrer certains protagonistes du film. Heu... vous allez trouvez ça bizarre, drôle, terrible, ridicule ou tout ça en même temps. La bande-annonce du film vient compléter les suppléments.

"Donnie Darko" est un film brillant, original et complexe à des années-lumières des films à formule qui hantent les cinéplex. Un film à voir et à revoir qui se doit de faire partie de votre collection. Par contre, puisque les scènes ajoutées à cette version longue du réalisateur (qui nous offre SON interprétation du film et non une version définitive telle qu'on l'entend habituellement par "Director's Cut") viennent appuyer certaines pistes et en éliminer certaines autres, je conseille à ceux qui n'ont pas vu le film de se procurer, ou de louer, la version originale en premier, puisqu'en éliminant quelques ambiguïtés, on gâche une partie du plaisir!


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