Plus d'une décennie après sa sortie médiatisée dans le monde entier, le jeu vidéo culte Doom est adapté au cinéma et il risque de plaire à très peu de monde. Trop stupide pour le cinéphile usuel et pas assez violent pour l'amateur de gore de la source originale.
En 1993, le domaine des jeux vidéo allait rencontrer une révolution qui a toujours lieu aujourd'hui. Le 10 décembre de cette année charnière, l'équipe du déjà réputé Wolfenstein 3D distribuait Doom, une œuvre bourrine sans réel scénario qui allait populariser le genre du "First Person Shooter" (jeu de tir subjectif). Peu importe leur âge, les gens de tous les coins de la planète déliraient à tirer les méchants jusqu'aux petites heures du matin. Cet engouement ne s'est qu'accru au cours des périodes successives qui ont vu débarquer quelques suites, ainsi que les très populaires Quake, Duke Nukem et autres Halo.
Étrangement, il a fallu attendre douze années avant que l'adaptation cinématographique voit le jour. De Super Mario Bros en passant par Street Fighter, Mortal Kombat, Resident Evil et Final Fantasy, les transpositions entre le monde des jeux vidéo et le septième art ne se sont jamais bien déroulées et à chaque fois, l'échec était cuisant. En devait-il être autrement de "Doom"? Car avec le synopsis limite annoncé, les fanatiques étaient en droit à s'attendre à un véritable massacre. Pourtant, il n'en est rien.
Des mercenaires sont appelés en renfort sur la planète Mars pour secourir des scientifiques qui ne donnent plus de nouvelles depuis quelque temps. À leur arrivée sur la station Olduvai, le groupe dominé par Sarge (The Rock) sent qu'il y a des choses pas catholiques qui se trament. Les gens affichent des airs bizarres, les attaques sont multiples et il y a toujours un cri de terreur qui se fait entendre au moment le plus inopportun. Avant de comprendre ce qui en découle, ces hommes entraînés pour tuer décident de tirer dans le tas et de poser des questions aux survivants... s'il y en a, bien entendu. Difficile de traquer un ennemi qui agit de l'intérieur et qui peut toujours apparaître dans votre dos.
Scénario prétexte à de multiples explosions, personnages stéréotypés incarnés par des acteurs aux émotions primaires (Rosamund Pike est toutefois fort jolie), dialogues sans intérêt meublant deux séquences dégueulasses: "Doom" annonce un véritable carnage en droit de plaire aux amateurs du genre. Sur papier, la joie est profonde et contagieuse. En réalité, c'est une autre histoire. Les véritables adeptes du jeu vidéo ne trouveront rien pour les exciter très longtemps. L'action n'est pas abondante et le récit est filmé plutôt conventionnellement. En omettant un délirant cinq minutes réalisées à la façon du "jeu de tir subjectif", le travail du cinéaste Andrzej Bartkowiak se veut assez plat, respectant continuellement la logique du genre. Malgré sa cote de 18 ans et plus, le sang n'est pas très abondant et les moments barbares se font toujours attendre. En fait, ce long métrage manque absolument de tout. Le suspense n'agit jamais, la terreur est plutôt gentille et le ton ne laisse aucune place à l'humour! Le comble pour de la série B basée sur le divertissement et le moment présent. Au lieu de délirer en bousillant des méchants, le spectateur assiste à un mauvais amalgame entre le Aliens de James Cameron et le Starship Troopers de Paul Verhoeven.
Au-delà de cette nullité affligeante, les autres éléments sont assez formidables. Les teintes sombres et bleues offrent une magnifique image, aux multiples détails. Il y a bien un ou deux endroits où le blocage peut se faire ressentir, mais c'est un ravissement pour les pupilles d'assister à autant de couleurs distinctes. Surtout que les sous-titres blancs se lisent aisément et que les erreurs typographiques sont peu présentes. De son côté, la trame sonore assez soporifique (pourtant composée par l'excellent Clint Mansell) est compensée par un rendu audio fantastique, qui utilise encore et encore les haut-parleurs situés sur le côté pour remplir les oreilles de bruits inquiétants ou de balles perdues. Les voix peuvent parfois se perdent dans toute cette tourmente, sauf que pour un film d'action, ce n'est pas trop dramatique. L'important, c'est la puissance de l'explosion qui fait réagir le voisin situé de nombreuses pièces plus loin!
La pochette est recouverte d'un boîtier en plastique lumineux très hypnotisant, qui ne fait toutefois pas oublier la banalité du montage principal: trois hommes avec des armes, cela veut tout dire. Une fois l'insertion du DVD, c'est un voyage rapide et rythmé, qui débute par l'annonce du titre, le passage dans différentes portes et l'atterrissage dans un menu principal composé de couleurs sombres attrayantes, d'extraits du long-métrage et d'icônes visibles et accessibles. Les suppléments sont plutôt nombreux (près de 60 minutes au total), mais l'absence d'une quelconque piste de commentaires est assez déplorable. Tout d'abord, il y a le "Basic Training" qui montre l'entraînement militaire dont étaient sujet les acteurs principaux. Le ton jovial et les effets à la MTV mettent un peu de vie, mais cela ressemble par moment à une propagande pour influencer les gens à essayer des armes à feu! "Rock Formation" explique plutôt les trois phases de maquillages qui attendaient Dwayne "The Rock" Johnson dans les derniers tronçons du film. Une section aussi intéressante que celle intitulée "Master Monster Maker", qui montre la suprématie des costumes sur les effets spéciaux. Un retour à l'arrière qui fait sourire! Les artisans entrent davantage en profondeur dans "First Person Shooter Sequence". Ils montrent les difficultés de créer une séquence presque identique au jeu vidéo, car la technologie n'est pas la même. Après ces informations qui sont toujours les bienvenues, il y a une version encore plus longue de cette "vision subjective" qui est disponible. Comme cerises sur le gâteau, les trois derniers bonis concernent directement le joueur invétéré. Un reportage relate l'impact du jeu original sur la vie des gens, il y a un démo de Doom 3 qui est censé fonctionner uniquement sur la Xbox et quelques conseils pour ne pas que les débutants se fassent toujours tuer. De la publicité bien déguisée.
"Doom" a presque tout pour lui: des images fantastiques, une ambiance sonore réjouissante et de nombreux bonus. Mais à quoi cela peut bien servir si l'action, le drame, le rire, le suspense et les séquences effrayantes ne sont pas de la partie? Car en valorisant le contenant au contenu, cela fait diluer l'intérêt comme le sucre dans l'eau la plus immonde.
| Film | 4 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |