Double Indemnity
Universal Legacy Series
Universal Studios Home Video

Réalisateur: Billy Wilder / Jack Smight
Année: 1944/1973
Classification: NR
Durée: 108 / 74 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (Mono), Espagnol (Mono) / Anglais (Mono)
Sous-titres: Anglais, Espagnol, Français / Anglais, Français
Nombre de chapitres: 18
Nombre de disques: 2 (1 DVD-9 + 1 DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
10 septembre 2006

Cynisme, luxure, cupidité, adultère, meurtre. Faire passer ça sous le nez des censeurs à la fin des années 1930 n'était pas une sinécure. Le scénario de "Double Indemnity" a circulé pendant huit ans à Hollywood et a fait l'objet de multiples révisions avant qu'une version définitive n'obtienne l'approbation d'un studio. On dit que la patience est un ingrédient indispensable au génie et, dans le cas qui nous occupe, on n'est probablement pas très loin de la vérité puisque Woody Allen aurait déclaré que "Double Indemnity" était le meilleur film américain jamais réalisé. C'est évidemment discutable, mais il n'en demeure pas moins que ce grand classique du film noir est un film phare qui a redéfini les conventions du genre, qui a repoussé les limites de ce qui était considéré comme étant du matériel approprié pour le cinéma et qui a influencé de nombreux films par la suite, de Mildred Pierce (1945) et The Postman Always Rings Twice (1946), jusqu'au néo-noir Body Heat (1981).

"I killed him for the money, and for a woman. I didn't get the money, and I didn't get the woman."

Walter Neff (Fred MacMurray), assis au bureau de son patron Barton Keyes (Edward G. Robinson) au petit matin, débite ses aveux dans le dictaphone. Un long retour en arrière entrecoupé des commentaires de Walter nous fait suivre les événements... Walter fait la connaissance de la séduisante Phyllis Dietrichson (Barbara Stanwyck), alors qu'il se rend chez elle pour renouveler la police d'assurance automobile de son époux. L'attraction est immédiate et les deux tourtereaux accouchent d'un plan pour se débarrasser du mari, simuler un accident et récolter la prime d'assurance qui comporte une clause de "double indemnité". Tout se déroule comme prévu, mais Keyes ne gobe pas la thèse de l'accident et entame une enquête, alors que Walter commence à douter des véritables intentions de Phyllis.

Une femme fatale manipule un homme et le pousse à commettre un crime en promettant sexe et argent, mais le trahit et cause sa perte. Voilà un thème typique du film noir, thème que Billy Wilder reprendra d'ailleurs avec une éblouissante ironie dans Sunset Boulevard. Mais puisque la culpabilité et le sort du principal protagoniste sont connus dès le départ, n'est-ce pas là la mauvaise façon de raconter une histoire? Pas du tout. Ici, le "whodunit" se transforme en "howdunit", et plus important encore, en "whydunit". La relation entre Walter et Phyllis est ambiguë, puisque l'amour et l'argent ne sont en fait que des prétextes. D'ailleurs, Walter n'est pas ce pauvre bougre naïf qui se laisse facilement duper par la belle, il est sûr de lui et aussi froid et calculateur que Phyllis. Déjouer le système et commettre un crime parfait, voilà ce qui les allume. Mais puisque l'un n'agirait pas sans l'autre, ils succombent à cette danse macabre faite des tentations et de séduction. S'il existe une "histoire d'amour" dans "Double Indemnity", elle est entre Walter et Keyes qui représente la figure paternelle. En ce sens, les seules émotions véritables du film passent dans la relation entre les deux hommes, la scène finale étant très révélatrice à cet égard.

Coécrit par Billy Wilder et par le maître du polar Raymond Chandler d'après le roman éponyme de James M. Cain, le scénario de "Double Indemnity" est tout simplement brillant. Dans un monde où prime le sous-entendu, Chandler excelle dans l'écriture de dialogues où le sens véritable est dans le sous-texte et où les échanges cachent des secrets qui seront bientôt révélés. La superbe direction de Wilder, où l'influence hitchcockienne est évidente, et la cinématographie de John Seitz ont contribué à développer le look noir fait d'éclairages contrastés, d'ombres qui valsent sur les murs et d'angles de caméra non conventionnels. Fred MacMurray, en contre-emploi, campe avec justesse un personnage cynique et opportuniste alors que Barbara Stanwyck, qui n'était pas particulièrement un sex-symbol, déborde de sensualité animale. "How could I have known that murder sometimes smells of honeysuckle...". Pas étonnant que Walter reconnaisse Phyllis par son odeur! Edward G. Robinson, qui parvient même à rendre un monologue sur l'historique des réclamations par suicide fascinant, crève littéralement l'écran et c'est par lui que passe l'atmosphère de suspense, alors que son enquête le rapproche de plus en plus de la vérité.

Le film est présenté dans son ratio original et le transfert est excellent. L'image est claire et propre avec un minimum de taches et d'égratignures. L'étalement des noirs et le niveau des contrastes et des détails sont à point et supportent admirablement l'ambiance du film. La piste audio monophonique propose un son clair et sans distorsion, et les fabuleux dialogues sont faciles à comprendre. Puisque le film est offert sous la bannière "Legacy Series", il fait l'objet de la même présentation soignée que To Kill a Mockingbird et The Deer Hunter. Le solide boîtier s'apparente à un livre qui, une fois ouvert, révèle un disque de chaque côté. Un feuillet séparé, collé à l'arrière, comprend le synopsis du film et les autres informations d'usage. Le menu principal, de facture classique, bénéficie d'une légère animation et reprend l'image ornant la couverture du boîtier. Simple et efficace.

Côté suppléments, le premier disque nous offre tout d'abord une brève, mais informative introduction au film par l'hôte de l'émission Turner Classics, Robert Osborne. Ensuite, le segment "Shadows of Suspense" est constitué d'extraits du film et d'entrevues avec différents intervenants, dont les spécialistes du film noir Alain Silver et Eddie Muller, l'écrivain James Ellroy et le directeur photo Caleb Deschanel, qui dissèquent avec passion le film de Wilder. Ces gens-là connaissent le sujet à fond et leurs commentaires sont tout aussi intéressants pour les néophytes que pour les mordus du genre. Par la suite, on retrouve deux pistes audio de commentaires. La première, avec l'historien du cinéma Richard Schickel, s'attarde à l'historique et à la genèse du film. Intéressant, bien que plusieurs éléments abordés dans "Shadows of Suspense" soient répétés. La seconde piste est agrémentée du propos des historiens du cinéma Nick Redman et Len Dobbs. Cette piste est plus variée puisqu'elle aborde également le film noir en général, la carrière de Billy Wilder et autres sujets connexes.

Le second disque propose un remake de "Double Indemnity", réalisé par Jack Smight pour la télé en 1973. Richard Crenna (Walter) et Samantha Eggar (Phyllis) ne se débrouillent pas trop mal, mais la chimie ne passe pas, alors que Lee J. Cobb était un choix intéressant pour le rôle de Keyes, mais il n'est pas aussi énergique que Robinson et il semble débiter son texte comme s'il avait envie d'être ailleurs. De plus, l'ambiance plutôt colorée des années 1970 ne colle pas du tout avec les dialogues. Ce remake n'est évidemment pas à la hauteur de l'original et constitue, au mieux, une curiosité rapidement oubliée.

Avec "Double Indemnity", le cinéaste Billy Wilder a concocté une oeuvre qui frise la perfection. De la scène d'ouverture innovatrice et inattendue jusqu'à la finale aussi surprenante que révélatrice, le spectateur demeure collé à son siège, captivé par le jeu des acteurs, par la réalisation solide et imaginative et par l'atmosphère envoûtante de ce récit sur la trahison et l'auto-destruction. Incontournable.


Cotes

Film9/4
Présentation8
Suppléments8
Vidéo8
Audio7