Quand j'étais jeune, il n'y avait pas de jeux vidéo et seulement quatre ou cinq canaux à la télé. L'imaginaire occupait donc une place importante dans ma vie et dans celle de mes amis, et on passait le plus clair de notre temps de loisirs au grand air, à élaborer de grandes batailles tout en personnifiant nos héros préférés. On jouait souvent aux cowboys et aux indiens et personne ne voulait être un indien parce que comme dans les westerns, ils ne gagnaient jamais. En passant à l'âge adulte, on perd cette innocence alors que la réalité nous rattrape et, à moins d'être un comique ou un acteur, le commun des mortels ne se balade pas habillé en cowboy et ne tire pas sur les gens avec un revolver en plastique en criant "pow! pow! t'es mort!". "Down in the Valley", écrit et réalisé par David Jacobson, met en scène un personnage qui rappelle le Travis Bickle de Robert de Niro dans Taxi Driver. Un homme qui souhaiterait vivre dans un monde qui n'existe plus, qui prétend être ce qu'il n'est pas, qui base son existence sur un code d'honneur dépassé et qui rêve de chevauchées grandioses et d'actes héroïques.
Harlan (Edward Norton), est un jeune homme du Dakota du Sud qui débarque en Californie et se déniche un emploi dans une station-service de la vallée de San Fernando. Avec sa politesse exagérée, son charme désuet et sa passion pour les chevaux, il pourrait sortir tout droit d'un western. Il fera connaissance avec Tobe (Evan Rachel Wood), la fille délurée et extravertie d'un agent correctionnel nommé Wade (David Morse) qui élève seul ses deux enfants. On se doute que Tobe est encore mineure et que Harlan est beaucoup plus âgé qu'elle, mais le comportement de gentleman de Harlan déroute tellement Wade qu'il consent à cette relation amicale presque malgré lui. Mais Tobe aura tôt fait de séduire Harlan et ils ne se quitteront plus, au grand dam de Wade qui se verra obligé de prendre les mesures nécessaires pour que cessent leurs fréquentations. À partir de ce moment, tout bascule...
L'intrigue de "Down in the Valley" est basée sur un archétype du western. Wade symbolise le shérif qui se méfie de cet étranger qui arrive dans son patelin et tout cela ne peut finir que par une confrontation. Cependant, l'ambiguïté des personnages et la complexité de leurs relations font que le spectateur ne peut réduire le conflit en un simple affrontement entre le bien et le mal. Au départ, Wade nous apparaît comme un macho strict et bourru qui admire la force de caractère de sa fille, mais est incapable de communiquer avec elle et de la contrôler, et qui a tout autant de difficulté à comprendre son jeune fils Lonnie (Rory Culkin), un garçon timide et renfermé. Arrive Harlan, courtois et attentionné envers les deux enfants qui le voient comme une sorte de père substitut, Wade étant rempli de bonnes intentions, mais souvent absent et mal à l'aise dans son rôle de père monoparental. Mais petit à petit, on se rendra compte que Harlan n'a pas toute sa tête...
Edward Norton, un des meilleurs acteurs de sa génération que l'on voit malheureusement trop peu souvent, est magistral dans la peau de Harlan. Son jeu est tout en nuances et la dérive de son personnage est savamment dosée, son charme d'une autre époque se transformant lentement en folie obsessionnelle de moins en moins contrôlée. Evan Rachel Wood, une habituée des rôles d'ado rebelle depuis Thirteen, campe une Tobe convaincante et David Morse, tout comme le jeune Rory Culkin, est excellent. La direction de Jacobson est solide et il donne à son film un look empreint de mélancolie qui rappelle le cinéma des années 1970. "Down in the Valley" s'essouffle un peu dans le dernier tiers et est peut-être un peu trop ancré dans le "moule Sundance", mais demeure un film à voir.
Le transfert proposé sur cette édition est agréable. L'image est un peu granuleuse, mais propre et je n'ai noté aucun problème de compression ou d'accentuation des contours. Les noirs sont parfois un peu clairs, mais ceci accentue le niveau des détails lors de scènes de nuit. Côté sonore, la piste en dolby digital 5.1 n'est pas très dynamique et les enceintes arrière sont peu utilisées. Par contre, la séparation des canaux avant est bonne et les dialogues sont clairs et exempts de distorsion. La présentation est standard et le boîtier simple contient un encart avec un petit mot du réalisateur. Les menus, animés d'extraits du film et accompagnés de musique aux accents folk, nous placent immédiatement dans l'atmosphère voulue. Comme suppléments, on retrouve une session questions/réponses avec Edward Norton et David Jacobson, qui s'en tiennent à des généralités, quatre scènes coupées et quelques bandes-annonces, dont celle du film.
Attention aux adultes qui jouent aux cowboys, même s'ils vous tirent de votre morne existence et vous laissent entrer dans leur monde fantaisiste. Dans ces cas-là, contentez-vous de votre console de jeux vidéo!
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |