France, mai 1968. La révolte gronde, les étudiants sortent dans la rue, les syndicats se joignent au mouvement et les grèves paralysent le pays. On assiste à une révolution socio-culturelle qui a pour but de dynamiter les valeurs et la morale bourgeoise. Ces évènements servent de toile de fond au dernier film du réputé cinéaste italien Bernardo Bertolluci, "The Dreamers". Utilisant comme point de départ le renvoi du fondateur et directeur de la Cinémathèque Française, Henri Langlois, le réalisateur mélange cinéma, sexe et politique et nous fait vivre le parcours initiatique de trois jeunes amants du septième art.
Matthew (Michael Pitt), un jeune Américain timide de passage à Paris, arrive à la Cinémathèque et se retrouve au beau milieu de manifestants qui demandent qu'on réintègre Henri Langlois dans ses fonctions. Il rencontre alors Isabelle (Eva Green) et son frère Théo (Louis Garrel), deux étudiants français plutôt délurés qui partagent sa passion pour le cinéma, et se lie d'amitié avec eux. Leurs parents étant partis en voyage, ils invitent Matthew à venir habiter avec eux. Les débats cinéphiliques se multiplient dans cet appartement. Keaton est-il plus drôle que Chaplin? Les cinéastes sont-ils des voyeurs? Dans quel film une femme se fait-elle réveiller par un danseur à claquettes? Ces jeux, avec gages sexuels à la clef, entraînent les protagonistes à faire l'expérience de la liberté sans tabous ni scrupules. Matthew s'étant d'ailleurs rapidement rendu compte que la relation entre Isabelle et Théo est à la limite de l'inceste. Consommation de vin et de drogues, bain collectif, jeux érotiques, ce huis clos charnel entre nos trois rêveurs deviendra le pendant sexuel de la révolution qui fait rage à l'extérieur.
Celui que l'on a souvent désigné comme étant le plus français des réalisateurs italiens nous offre-t'il ici une sorte de "premier tango à Paris"? La nudité frontale complète, autant masculine que féminine, étant assez rare au cinéma on pourrait rapidement conclure que Bertolucci se limite à nous donner la réponse à une des questions posée plus haut et qu'il a pondu son oeuvre dans le seul but de titiller nos sens. Cependant, malgré l'insistance avec laquelle il filme les corps nus, il le fait avec une pudeur qui dépasse largement le simple voyeurisme. Et l'intégration de nombreux extraits et références cinématographiques (Shock Corridor, Freaks, Scarface, Queen Christina, City Lights, Bande à Part, etc.) n'est nullement accessoire puisqu'elle vient souligner un mode de vie qui fuit la réalité extérieure, un monde où sexe et cinéma deviennent indissociables. Un monde de rêveurs.
Côté technique, bien que le débit numérique utilisé soit en deçà de ce que l'on trouve normalement pour un film aussi récent, l'image demeure généralement claire et offre un contraste adéquat ainsi qu'une bonne définition. On note cependant une certaine granularité qui donne à la présentation un aspect rugueux et une perte des détails lors des scènes les plus sombres. La piste audio est presque essentiellement confinée aux haut-parleurs avant, ce qui est tout à fait normal puisque nos trois protagonistes sont essentiellement confinés à leur appartement et que le film ne se prête guère aux écrasements d'hélicoptères. Les haut-parleurs arrière ne prennent donc vie que lors des extraits musicaux (Janis Joplin, Jimi Hendrix, Grateful Dead, Françoise Hardy, Piaf, excellents choix!) et lors de deux ou trois scènes extérieures. Les dialogues sont clairement audibles et sans distorsion apparente. Le menu principal est animé de scènes du film, accompagné de musique et de navigation aisée. Le boîtier du DVD ne contient pas d'encart.
On retrouve plusieurs suppléments intéressants sur ce DVD. Tout d'abord, la piste audio commentaire avec Bertolucci, le scénariste et auteur du roman "The Dreamers" Gilbert Adair et le producteur Jeremy Thomas est parfois un peu aride, mais demeure passablement intéressante puisque les trois hommes discutent intelligemment du contexte historique, du tournage, de la sélection des extraits de films ainsi que de la musique, et abordent ouvertement les thèmes de la nudité et de la sexualité. Le documentaire de 52 minutes intitulé "Cinema, Sex, Politics: Bertolucci Makes "The Dreamers"" offre un regard fascinant sur les dessous du tournage et explore en profondeur l'aspect autobiographique du récit. Bertolucci nous parle de son implication et de son intérêt dans les évènements de février à mai 1968, et de l'influence de la philosophie de la Nouvelle Vague (Godard, Trufault, Chabrol,etc.) sur la thématique du rejet des valeurs établies abordée dans son film. On y retrouve également des entrevues avec les acteurs et divers membres de la production. Ce documentaire n'est pas très bien structuré, mais compense par la qualité du contenu. Le second documentaire, "Outside the Window: Events in France, May 68" qui fait environ quatorze minutes, utilise des films d'archive pour nous faire revivre les évènements de mai 1968. Très intéressant malgré la voix monocorde de la narratrice. Par la suite, nous avons droit au vidéoclip "Michael Pitt and the Twins of Evil "Hey Joe" Music Video directed by Bernardo Bertolucci" avec comme canevas certaines scènes du film. Pitt s'en tire ma foi pas si mal et réussit à ne pas trop massacrer ce classique de Jimi Hendrix. Pour terminer, on retrouve la bande-annonce de "The Dreamers" ainsi que celle de Garden State avec l'adorable Natalie Portman.
Les cinéphiles et les baby-boomers nostalgiques de leur période "sex, drugs, rock-and-roll" apprécieront, les amateurs de "blockbusters" probablement pas et les voyeurs feraient mieux de se diriger vers la section 3X de leur club vidéo.
| Film | 8 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |