Adapter au grand écran le roman d'Amanda Foreman Georgiana Duchess of Devonshire n'était pas aisé. Le livre inspiré d'une histoire vraie regorge de détails savoureux sur la vie de la royauté anglaise du 18e siècle. Sans surprendre outre mesure, le réalisateur Saul Dibb s'est acquitté honnêtement de la tâche.
En 1774 en Grande-Bretagne, le mariage arrangé est une façon comme une autre de forger des alliances à long terme. C'est ce que pense Lady Spencer (Charlotte Rampling) en mariant sa fille Georgiana (Keira Knightley) au Duc de Devonshire (Ralph Fiennes). Ce dernier désire ardemment un fils que sa nouvelle épouse tarde à lui donner. Celle-ci s'attend toutefois à un minimum d'amour de la part de son mari, des sentiments qui tardent à venir. Entre passions et obligations, les choix seront déchirants pour ces êtres qui semblent rarement sur la même longueur d'onde.
Les films à costumes fascinent, qu'ils soient bons (Elizabeth) ou mauvais (The Other Boleyn Girl). Ils sont souvent spectaculaires sur le plan des costumes, des maquillages et des décors, et moins inspirés au niveau du scénario et des dialogues. C'est justement le destin de "The Duchess". Techniquement, tout est parfait. La recréation d'époque fait rêver. Le soin accordé aux détails est constant, transformant pratiquement le récit en carte postale. Au passage, c'est le souffle épique et l'émotion qui ont été sacrifiés. La trame narrative comporte très peu de surprises et le traitement est bien entendu plus superficiel que les écrits de Foreman. Cela n'empêche pas quelques thèmes de perdurer, dont ce portrait d'une féministe avant son temps qui a dû accepter les conventions de son époque pour survivre.
Habituée aux rôles nécessitant robes fastueuses et perruques extravagantes (Pride & Prejudice, Silk), Keira Knightley est tout à fait à l'aise en jeune femme moderne et dévergondée. Sans être aussi éclatante que dans le mésestimé Atonement, l'actrice s'avère un des plus beaux atouts de cette production. Face à elle, Ralph Fiennes campe un personnage beaucoup plus fade et terne, un être que le comédien défend avec une vigueur certaine sans jamais trop appuyer son jeu. En périphérie de ce duo destructeur se trouve une très crédible Charlotte Rampling, ainsi que l'admirable Hayley Atwell qui défend la principale source de tension du couple.
La très jolie photographie augmente la sensation de festin visuel. Les images sont précises, avec des couleurs éclatantes (le vert du début) et des contrastes irréprochables. Plus l'intrigue avance et plus les quelques défauts deviennent apparents, dont ce blocage sur des livres et cette blancheur un peu trop immaculée. Les différentes pistes sonores agrémentent les enceintes de bruits attendus (le chant d'oiseaux, l'eau qui s'école, des applaudissements d'une foule, etc.) tout en privilégiant les dialogues. Ces derniers sont toujours audibles et ils peuvent être accompagnés de splendides sous-titres jaunes en français, en anglais et en espagnol. La musique harmonieuse de Rachel Portman demeure cependant un peu trop classique, se permettant de souligner inutilement les situations.
L'intéressante quoique conventionnelle pochette représente trois protagonistes qui regardent droit devant eux. Le statique menu principal du DVD reprend cette idée en y superposant une mélodie dramatique. Les suppléments offrent plus de 12 minutes de publicités, ainsi que trois documentaires différents. Le premier traite du soin apporté aux costumes, le second permet à l'auteur Amanda Foreman de lire quelques écrits de la véritable Georgiana Spencer et le dernier offre un tour semi détaillé - en six chapitres et 23 minutes - de la production. Tout pour en savoir davantage sur les lieux de tournage, l'apport des bougies comme forme d'éclairage, le choix de la distribution et les thèmes traités, et ce, même si une piste de commentaires fait cruellement défaut.
Grâce au brio de ses interprètes et à l'acuité de son soin esthétique, "The Duchess" demeure un agréable long-métrage qui, sans renouveler le genre, demeure généralement solide et attrayant. Sorti un peu dans l'indifférence dans les salles de cinéma lors du dernier trimestre de 2008, le film a été bourdé un peu à tort par le public et la critique. Il est toujours temps de le rattraper en DVD et, pourquoi pas, de découvrir la très intrigante matière première.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |