Pour célébrer le quinzième anniversaire de sa création, une édition spéciale de "Edward Scissorhands" voit le jour et le résultat est tout simplement époustouflant. C'est le moment de redécouvrir Tim Burton alors qu'il était à son apogée.
Avec ses nouveaux longs métrages, le génial Tim Burton semble s'être mis de nombreux fans à dos. Avant son fabuleux retour avec Corpse Bride (qui ressemble toutefois un peu trop à The Nightmare Before Christmas), l'homme découvert dans Pee-Wee's Big Adventure semblait beaucoup plus intéressé à soigner ses ambiances gothiques plutôt que de pondre de bons scénarios. Pour un sympathique Big Fish, il offrait un trop sucré Charlie and the Chocolate Factory qui n'avait pas le charme de l'original, un remake inutile de Planet of the Apes, un splendide Sleepy Hollow sans histoire et un gros navet avec Mars Attacks!. Pourtant, de 1988 à 1994, tout ce qu'il touchait se transformait en or. Les deux premiers Batman, Beetlejuice, Ed Wood et, probablement son œuvre la plus populaire, "Edward Scissorhands". C'était en 1990. De nombreuses années plus tard, la technologie DVD accueille une nouvelle édition de ce film grandiose qui a séduit les petits et les grands.
Edward (Johnny Depp) est une création presque parfaite d'un inventeur excentrique (Vincent Price). Tout ce qui lui manque, ce sont des mains. Au lieu de ça, il possède une longue paire de ciseaux qui peuvent être utiles pour tailler les haies et la glace, mais certainement pas pour s'habiller et manger. Un jour, il est recueilli par une mère de famille dévouée (Dianne Wiest) et il arrive à se faire accepter du père (Alan Arkin) et du jeune fils (Robert Oliveri). Il n'y a que la jolie fille (Winona Ryder) qui est toujours sceptique à son charme. Amoureux de cette dernière, Edward fera l'impossible pour conquérir son cœur, ce qui risque de le mettre dans le trouble. Surtout que les voisins, jaloux et conformistes, ne seront pas aimables très longtemps envers cet étranger.
Fable moderne sur la tolérance, "Edward Scissorhands" est une version pour toute la famille du sanglant Dogville de Lars von Trier. Malgré leurs nombreux efforts, les gens habitants un lieu où toutes les maisons se ressemblent ne pourront résister très longtemps à la tentation de revenir au statu quo sécuritaire. Même si sa gentillesse et sa naïveté sont légendaires, Edward, figure innocente aussi inoffensive qu'une coccinelle, apprendra la méchanceté et il devra manier le ciseau pour rester en vie. Au lieu d'aborder cette thématique dans la violence, le suspense ou le drame, Burton a créé un conte fantasmagorique d'une beauté plastique effarante et d'une poésie lyrique implacable, qui transporte allègrement le spectateur dans des univers riches de sens. Les messages ne se veulent jamais trop lourds et le rythme endiablé alterne toujours judicieusement entre la comédie irrésistible et le drame poignant.
Dans cette société plus que parfaite, l'homme n'est nulle part. Soit il est décédé (touchant Vincent Price que l'on voit trop peu) ou soit il est insouciant (délicieux Alan Arkin). C'est pourquoi ce sont les femmes qui ont le contrôle de tout et, comme pour Ève dans la Genèse, ce sont elles qui mèneront la vie et l'imagination à leurs pertes. De prime abord obsessive au grand cœur, Peg (très appropriée Dianne Wiest qui a tendance à être à la limite de la caricature) se posera des questions sur son entourage en voulant protéger sa famille, des enfants un peu trop comblés où les acteurs jouent sans vraiment ressentir les émotions. Un peu à l'image de cet Edward, et c'est normal, car il est une simple création. Dans le rôle titre, Johnny Depp étonne en faisant le moins possible. Avec sa perruque à la Robert Smith des Cures, il est l'ange habillé de noir qui souffrira autant que Jésus.
Comme toujours chez les œuvres de Tim Burton (c'est sa marque de commerce), les décors gothiques sont majestueux et ils éclaboussent littéralement la rétine. Le rendu sur DVD se veut d'une perfection absolue, alors que les nombreux détails et les jeux d'ombres sont sans tache du début à la fin. Les sous-titres blancs sont aisés à lire et le lettrage du générique offre une excellente compréhension. Presque aussi splendide que l'aspect visuel est la qualité audio. La musique, concoctée par l'éternel complice Danny Elfman, est d'un ravissement total et demeure peut-être bien ce que l'artiste a réalisé de plus abouti dans son illustre carrière. Si c'est dommage que le niveau des voix semble un peu moins élevé que le débit sonore, le chevauchement entre ses deux éléments se fait toutefois rare. En effet, la trame sonore est surtout utilisée pour soutenir les actions ou souligner des situations, et non pour maximiser les émotions lors des dialogues.
Cette nouvelle édition est offerte dans un superbe boîtier en métal à l'effigie d'Edward avec ses doigts en ciseaux qui ressortent! Très original. À l'intérieur se trouve la pochette insérée dans un carton blanc très classe et six photos qui représentent un moment du long-métrage. Il y a même une courte explication au verso pour bien saisir les liens entre les différents personnages. Une fois l'insertion du DVD, un sublime menu en forme de livre s'ouvre et quatre options (choisir une langue, une scène, accéder aux extras ou jouer le film) apparaissent. Après avoir effectué un choix, le spectateur est transporté dans différents lieux obscurs d'un château, encore une fois solidifié par la merveilleuse musique d'Elfman. Quel voyage! Malgré la qualité et l'abondance des options, le régal au niveau des suppléments n'est pas total. Tout d'abord, il y a une courte section ("Featurette") où différentes personnes parlent du film. Le montage incisif est rapide, mais il est clair que le tout provient de la sortie du long-métrage. Il aurait été extrêmement intéressant d'obtenir l'opinion de ces gens, mais de la façon dont ils conçoivent l'œuvre aujourd'hui. Dans le même ordre d'idée, un autre endroit ("SoundBites") permet de choisir directement ce que telle personne et artisan pense de son rôle ou de la vision unique du cinéaste. C'est agréable les premières fois, mais rapidement, le tout demeure superficiel et légèrement répétitif. Comme son nom l'indique, "Concept Art" permet d'admirer une dizaine des dessins originaux. Oui, on en aurait voulu beaucoup plus! Il y a également une section pour voir les deux anciennes bandes-annonces, ainsi que de nombreuses publicités en anglais et en espagnol. Ces dernières sont très étranges. Finalement, il y a deux pistes de commentaires plus ou moins intéressantes. Tim Burton, de sa voix monotone, parle de son bébé avec passion et dévouement, mais il aurait pu être plus présent. Quant à Danny Elfman, ses analyses demeurent souvent au niveau technique et il s'exprime assez rarement. De quoi s'attendre à mieux.
Génial récit aux valeurs puissantes, aux personnages sympathiques, aux décors soignés et à la musique immédiatement reconnaissable, Edward Scissorhands demeure d'une simplicité déconcertante et d'un ravissement immédiat. Avec cette nouvelle édition qui comporte un flamboyant menu principal, des suppléments généralement intéressants et, surtout, un boîtier mémorable, c'est presque impossible de résister à cette singulière fantaisie et à un des meilleurs films de Tim Burton. Un excellent cadeau pour la période de Noël.
| Film | 9 |
| Présentation | 10 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 10 |
| Audio | 9 |