Ed Wood
Special Edition
Buena Vista Home Entertainment

Réalisateur: Tim Burton
Année: 1994
Classification: 14A
Durée: 127 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
16 octobre 2004

Si le film "Ed Wood" était sur le calendrier des films à paraître de la compagnie Buena Vista en 2002 et en février 2004 pour se voir reporter à chaque occasion à une date ultérieure (dans le dernier cas au fait qu'un supplément sous forme de rétrospective n'était pas approuvé par Tim Burton), la saga du lancement de l'édition spéciale DVD du film touche maintenant à sa fin avec l'arrivée en kiosque le 19 octobre prochain de ce chef d'œuvre du réalisateur Tim Burton.

Ce film raconte l'histoire véridique d'Edward D. Wood Jr., réalisateur qui allait repousser les limites de la médiocrité avec quelques-uns des films des plus affreux que le 7e art ait produits. Il fût d'ailleurs élu presque unanimement le plus mauvais réalisateur de l'histoire du cinéma il y a de ça quelques années. Si Ed Wood était possédé d'une démence artistique peu commune (il s'habillait souvent avec des vêtements féminin pour diriger ses films et il avait besoin d'une seule prise de caméra pour chacune de ses scènes), il demeurait quelqu'un de profondément convaincu de sa capacité à réussir à Hollywood et assez persuasif pour trouver du financement pour ses projets de films.

L'action commence au début des années 1950 alors qu'Ed Wood (Johnny Depp) tente de percer le monde du cinéma en recherchant désespérément quelqu'un qui lui donnera la chance de réaliser un film. Il croisera Bela Lugosi (Martin Landau), vieil acteur déchu, célèbre pour ses rôles du conte Dracula dans les années 1930 qui est à se magasiner un cercueil. Une amitié solide s'établira entre ces deux êtres marginaux incompris de tous et Ed Wood convaincra un producteur de films de série Z de lui donner les rennes d'un film intitulé Glen or Glenda, film qui traite du monde des travestis, en usant du fait que Bela Lugosi soit une célébrité qui attirera les foules et qui ne coûte vraiment pas cher à signer. C'est de cette façon que nous assistons au début de la carrière de réalisateur d'Ed Wood et nous l'accompagnons dans une folle chevauchée de médiocrité artistique qui nous amènera jusqu'a son film phare, le fameux Plan 9 from Outer Space à la fin des années 1950.

Tim Burton dirige ce film de main de maître et nous avons même l'impression que son film utilise une approche similaire à celle qu'employait Ed Wood quelque 40 ans auparavant. Tous connaissent la vision surréaliste de Tim Burton quand vient le temps de créer les décors (Big Fish, Edward Scissorhands, Beetlejuice), mais dans le cas présent, il donne dans une sobriété minimaliste qui colle à la perfection à ce film. La direction artistique est de très grande qualité. Johnny Depp confirme son grand talent et prouve encore une fois qu'il n'a pas peur d'interpréter des rôles complexes. Martin Landau est hallucinant de crédibilité et exhibe à la perfection la fragilité émotionnelle qui habitait Bela Lugosi à ses dernières années. Il se mérita d'ailleurs l'Oscar du meilleur acteur de soutien pour sa prestation. Les Bill Murray, Sarah Jessica Parker, Patricia Arquette, Lisa Marie et le lutteur professionnel George "The Animal" Steele complètent magnifiquement la distribution du film. Tim Burton tisse une histoire touchante en mélangeant adroitement l'humour, le drame, et la sensibilité y ajoutant au passage une touche d'humanité. "Ed Wood" renferme un très beau moment de cinéma où le réalisateur raté en train de noyer son génie artistique au Whisky fait la rencontre fortuite de son héros, Orson Welles. Du cinéma à l'état pur!

Collaborateur de longue date du réalisateur, le cinématographe Stefan Czapsky nous présente un univers visuel merveilleux, le tout en noir et blanc. Le transfert anamorphique lui rend hommage et nous présente une image propre et claire appuyée sur des noirs très profonds et des blancs immaculés. L'amalgame des nuances de gris est très riche et seuls quelques segments vidéo présentent une certaine granulosité. Par ailleurs, aucun artéfact de digitalisation n'est apparent.

Une seule trame audio est présente sur le DVD et c'est en Dolby Digital 5.1 qu'elle prend forme. Quoique le canal d'extrême grave reste muet, les autres canaux sont tous mis à contribution et de façon assez éloquente. L'univers sonore du film repose sur les dialogues, tous intelligibles, et sa musique qui pour une des rares fois voit Danny Elfman être remplacé par l'ex "Oingo Boingo" Howard Shore. Cette musique est un petit baume à l'oreille, s'imbibe de l'époque et du type de film que présentait Ed Wood et se fusionne merveilleusement bien au mixage sonore. J'aimerais souligner l'absence de sous-titres français ce qui m'apparaît un flagrant manque de respect pour la population francophone d'Amérique du Nord.

Le menu est une merveille. En commençant par l'amorce du DVD où l'on voit des spectateurs envahir une salle de projection attendant que le tout démarre. C'est sous une pluie de tonnerre et sur une musique rappelant des films de science-fiction des années 1950 que l'on retrouve un Ed Wood en plein spleen créatif entouré de son univers particulier où les soucoupes volantes occupent une place prépondérante. La transition entre les menus est également savoureuse et nous retrouvons la même audience se lançant du pop-corn et huant en attendant que l'écran de projection prenne vie. Les sous-menus sont sous forme d'épitaphes ce qui ajoute à la saveur particulière de l'univers d'Ed Wood. Ce menu est certes un des plus beaux efforts qu'il m'ait été donné de voir.

Le premier mot qui vient à l'esprit en consultant les suppléments est abondance. Une trame de commentaires lance le bal. Faite conjointement par Tim Burton, Martin Landau, Larry Karaszewsky (scénariste), Scott Alexander (scénariste), Stefan Czapsky (photographie) et Colleen Atwood (costumes), on a droit a beaucoup d'information sur certains aspects du film par exemple comment certains sont venus en contact avec l'œuvre d'Ed Wood et la métamorphose de Martin Landau en Bela Lugosi. L'introduction du panel d'invités est faite par nul autre que Bela Lugosi et se veut une belle initiative, mais dès le film lancé on s'entremêle rapidement, car on ne sait pas qui dit quoi. Bref, une trame informative, mais chaotique! Un vidéoclip de la chanson thème du film et mettant en vedette les talents de danseuse de la comédienne Lisa Marie agrémente l'ouïe et la vue. Une revuette intitulée "Let's Shoot This F#*%@r!" est un regard dans les coulisses du tournage. Présenté de façon humoristique par Johnny Depp, on voit comment le réalisateur gère un plateau de tournage et sa relation avec les comédiens. "The Theremin" nous en apprend un peu plus sur l'univers musical créé par Howard Shore. "Making Bela" parle de la métamorphose de Martin Landau en Bela Lugosi. Le génie créatif de Rick Baker fût d'ailleurs couronné d'un Oscar pour ce film. "Pie Plates over Hollywood" nous explique comment on s'y est pris pour reconstruire l'univers visuel très kitch du film et fait un petit clin d'œil au Plan 9 from Outer Space. Cinq scènes retranchées explorent plus en détail l'amitié qu'avait Ed Wood pour Tor Johnson, celui qui faisait toujours le monstre dans ses films et sa relation boiteuse avec sa copine. Ces segments n'amènent rien de plus à l'histoire, mais ils sont intéressants à regarder et peuvent être lancés en cascade au besoin. La bande-annonce originale du film complète les suppléments. Pour les intéressés, le supplément qui a dû être retiré et qui a repoussé la sortie du DVD de 8 mois s'intitule "When Carol Met Larry". D'une durée de 10 minutes, on aborde sans détour le monde des travestis et de la façon que le film en parle. Un encart verso-recto énumère les chapitres du film. J'ai également repéré un œuf de Pâques lequel se cache dans le sous-menu des suppléments. Revêtant la forme d'une scène retranchée, on retrouve Ed Wood en pleine discussion avec Bela Lugosi lesquels cherchent un moyen de remettre le conte Dracula sur les rails d'Hollywood sans pour autant contrevenir aux droits d'auteurs qui lie le prince des ténèbres à la Universal.

"Ed Wood" est un film allumé sur un être illuminé qui a fait rayonner sa vision unique sur Hollywood pendant quelques décennies. Présenté avec humour et avec tact, ce film est un divertissement assuré pour lequel je vous recommande fortement l'achat. Hormis l'absence de sous-titres français, l'effort qu'a fait Buena Vista sur ce DVD est de première qualité et mérite d'être souligné. Et comment finir cette critique sans évoquer la façon qu'avait Ed Wood de terminer ses films... Alors, allons-y... "It's a Wrap"!


Cotes

Film9
Menu10
Suppléments8
Vidéo8
Audio8