La peur de vieillir est au cœur d'"Elegy", une adaptation plus que satisfaisante d'un roman de Philip Roth dont la formidable distribution sauve quelque peu le film de la dérive. Poétique, sensuel et d'une belle profondeur.
David Kepesh (Ben Kingsley) est un professeur et critique culturel qui aime bien séduire ses anciennes étudiantes. Ce père divorcé vit dans le moment présent sans trop s'attacher, recevant les foudres de son fils (Peter Sarsgaard), l'affection d'une vieille maîtresse (Patricia Clarkson) et les conseils d'un ami fidèle (Dennis Hopper). Un jour, il noue une relation avec la splendide Consuela (Penélope Cruz). Ce qui ne devait qu'être une aventure d'un soir se complique lorsque les sentiments remplacent les simples besoins animaux.
Après la transposition plus ou moins convaincante de The Human Stain par le vétéran Robert Benton, c'est au tour d'Isabel Coixet de s'attaquer à un autre roman de Philip Roth qui brasse des thèmes similaires. Il est toujours question de passion et de désir, d'amour et de sexualité, d'attachement et de liberté. Le tout est présenté au sein d'une mise en scène réfléchie et glaciale que viennent fracasser quelques moments de chaleur intense, un humour cyniquement jouissif et d'intempestifs jeux de miroir.
La première heure est intrigante à souhait avec ce mélange de passion et de jalousie entre deux êtres qui semblent diamétralement opposés. La seconde, plus évasive et abstraite, tend vers le recueillement, la mélancolie et, malheureusement, une conclusion dans les larmes et le drame. Avant d'arriver à cette finale trop facile et déjà mâchée, il y a de beaux personnages complexes et émouvants qui sont de la partie. Patricia Clarkson, toujours parfaite, continue de fasciner par sa présence. Tout comme Peter Sarsgaard qui n'apparaît que tardivement. Cela fait longtemps que Dennis Hopper n'avait été aussi juste. Tout comme Ben Kingsley qui vient enfin de terminer sa longue traversée du désert après un nombre incalculable de navets. Pénélope Cruz a peut-être remporté un Oscar dans Vicky Christina Barcelona en campant encore et toujours la femme frustrée qui crie plus fort que son ombre, mais ici, elle s'avère encore plus convaincante et captivante, habitée par une fragile tendresse.
La sublime partition musicale au piano ou au violon distille de l'émotion à parcimonie. Les solides pistes sonores anglophones et francophones campent l'atmosphère (de sons de sonneries de téléphone, de sirènes de police, de cris d'une mouette, etc.) tout en gardant les voix et les dialogues toujours à l'avant-plan. Une discrète réussite qui excuse plus facilement l'absence de sous-titres. Les images, sombres et onctueuses comme les protagonistes, optent pour le réalisme. Les couleurs sont justes, relevées par de jolis éclairages et d'étonnants contrastes, tout en étant parfois sabordées par du grain et du blocage.
La pochette trop classique capte le visage de Cruz et de Kingsley. Le très ordinaire menu principal du DVD reprend ce couple statique en l'accompagnant d'une douce mélodie au piano. En plus de la bande-annonce originale, les bonus sont soutenus par un court segment de sept minutes sur le tournage. Celui-ci permet à la cinéaste d'étoffer ses thèmes tout en permettant aux acteurs de dire quelques mots sur leur personnage. C'est très peu, surtout à côté d'une piste de commentaires qui aurait pu être beaucoup plus intéressante et pertinente.
"Elegy" est un poème à la vie et à l'amour avec ses joies et ses déceptions, ses vibrants moments de bonheur et ses doutes d'avoir manqué le bateau. Sans être parfaite, la progression tient en haleine, et c'est avec beaucoup de dévotion que d'excellents comédiens campent des individus en trois dimensions qui existent pour de vrai. Une brise attirante et réconfortante qui se regardera sans doute à nouveau dans quelques années avec des yeux différents.
| Film | 7 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |