Les suites qui sortent près d'une décennie après l'oeuvre originale méritent rarement l'attention. Il s'agit souvent d'une variation sur des thèmes connexes, reprenant des personnages populaires afin de connaître des succès similaires. En 1998, la première mouture d'Elizabeth prenait l'affiche et l'impact sur le public et les critiques a été plus que positif. À un tel point que le long-métrage de Shekhar Kapur a été retenu aux Oscars dans plusieurs catégories, dont celles du meilleur film de l'année. Mais qu'en est-il donc de ce deuxième tome?
Le scénario débute là où il se terminait dans la version précédente. Elizabeth (Cate Blanchett) dirige toujours l'Angleterre avec une main de fer. La population commence à craindre des révoltes éventuelles, car la reine n'a toujours pas d'héritier. Tout le contraire de Mary Stuart qui pourrait s'avérer une rivale menaçante. Pendant qu'Elizabeth commence à céder au charme de l'aventurier Walter Raleigh (Clive Owen), elle ne se doute pas que son pays est en voie à une guerre destructrice avec l'Espagne. Même son principal conseiller (Geoffrey Rush) tombe dans un piège implacable qui risque d'ouvrir la porte à des conflits sérieux...
"Elizabeth : The Golden Age" marche dans les traces de son prédécesseur... en élargissant les pas. Ainsi, les mêmes erreurs sont également présentes. La plus flagrante est le peu de rigueur apportée aux évènements historiques. Pour que la prémisse tienne sans vieillir les personnages, des décennies ont été rayées de la carte. Des raccourcis qui ne risquent pas de plaire aux amateurs d'histoire. Bien entendu, il s'agit d'une production hollywoodienne. Étrangement, encore plus de place a été laissée à la romance. Trop d'ailleurs. La reine passe beaucoup trop de temps à flirter au lieu de s'occuper de son pays. Vers la fin, les scénaristes se rendent compte qu'ils doivent boucler le film, alors ils éliminent totalement les sentiments amoureux pour se concentrer sur une multitude de scènes d'action peu crédibles. Une combinaison entre la romance et le drame aurait été souhaitable plutôt que tout un ou tout l'autre. Et un peu moins de lourdes morales et de liens flagrants avec le contexte contemporain (discours de tolérance, risque de la religion unique) aurait été salvateur.
En dehors de ces inconsistances, le récit tient plutôt bien la route. La réalisation est énergique et elle fait fi de la plupart des temps morts. Les dialogues sont parfois pleins de piquant, et l'intrigue offre sa part de surprises. Même si c'est une œuvre d'époque, le principal ravissement provient de l'interprétation. Cate Blanchett est encore une fois forte et impériale dans le rôle titre. Surtout que son esprit est en proie à la lassitude, désirant plutôt voyager que de rester en place. Sa performance lui a permis de décrocher une nouvelle nomination aux Oscars dans la catégorie de la meilleure actrice et ce, même si la compétition est féroce. Le personnage de Geoffrey Rush prend cette fois un peu plus d'épaisseur, ce qui n'est pas négligeable. Clive Owen lui fait pourtant beaucoup d'ombre en héros plus grand que nature. Le comédien semble toutefois être à deux doigts de sombrer dans l'hilarité générale, ce qui peut nuire à sa crédibilité. Plus sobre et introvertie est cette magnifique Samantha Morton qui doit défendre une Mary Stuart un peu ingrate.
Les décors, les costumes et la photographie sont encore une fois étincelants. Tout y est particulièrement somptueux. Les couleurs profitent de ces grands espaces en alternant entre les teintes tape-à-l'œil (le jaune, le vert) et celles qui sont plus réalistes (le gris, le noir). Un peu de blocage peut apparaître sur des vêtements. Celui-ci s'oublie assez rapidement, surtout devant ces contrastes qui offrent leur lot de détails. Les pistes sonores en anglais, en français et en espagnol sont en Dolby Digital 5.1 et elles sont irréprochables. Des différentes enceintes ressortent couramment des voix religieuses, des cris de la foule, des cloches, des coups de fusil, des applaudissements, des craquements et autres coups de canon. De quoi retourner quelques siècles en arrière. Dans tout cela, aucun dialogue ne fait défaut et les sous-titres blancs se décodent aisément. Sauf peut-être l'écriture qui apparaît automatiquement au début du long-métrage, mettant en contexte les personnages et leurs motivations. Le gros bémol se retrouve au niveau des choix musicaux. Entre action, drame, airs classiques et mélodramatiques, il y a beaucoup trop de chansons. Surtout que la grandiloquence n'a pas meilleur goût. Mais c'est Craig Armstrong qui se trouve derrière ça, et ses abus semblent tout à fait normaux...
La pochette est tout simplement splendide. Elle montre Cate Blanchett au sommet de sa beauté, abordant une chevelure rousse et une armure. Le menu principal du DVD offre un habile montage de scènes en mouvement et une chanson féerique. Quelques suppléments sont de la partie une fois que le premier visionnement est terminé. Le plus intéressant est certainement la piste de commentaires. Avec son accent un peu approximatif, Shekhar Kapur élabore longuement sur les situations, s'intéressant aux détails et au jeu des interprètes, en prenant soin d'étayer ces nombreux symboles. De la belle information qui déborde de partout. Il y a ensuite une multitude de scènes retranchées qui sont généralement intéressantes. Les bonus se terminent par quatre courts documentaires sur le tournage... dont un qui est commandité par une compagnie de voiture! Lorsque la publicité apparaît directement dans le menu, il y a un problème. Le premier segment laisse les acteurs parler de leurs personnages et le cinéaste expliquer l'utilité de cette suite. Le second s'intéresse plutôt aux soins apportés à l'univers, aux décors et à la conception visuelle. Plus impressionnant encore est ce reportage sur la construction d'un bateau à l'effigie de l'Armada. Il y a finalement un tour d'horizon sur les tours et les cathédrales utilisées afin de rendre la lumière la plus unique possible.
"Elizabeth : The Golden Age" est loin d'avoir le même charme que son prédécesseur. Les combinaisons entre les sphères privées et publiques ne sont pas au point, les séquences musclées manquent d'éclat et les nombreuses erreurs historiques en feront sourciller plus d'un. Heureusement, la mise en scène est toujours aussi luxueuse et l'interprétation royale sauve le film de l'anonymat. Une autre suite inutile qui sait toutefois divertir les rudes journées d'hiver. Et qui annonce peut-être un troisième volet dans peu de temps...
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |