La mémoire et les souvenirs rendent les jours meilleurs ou, au contraire, handicapent les beaux lendemains. C'est à cette réalité que sont confrontés la plupart des protagonistes de "Emotional Arithmetic", une œuvre lente et parfois poussiéreuse qui fera tourner les regards par ses interprètes si connus.
En 1985, une famille maintes fois ébranlée cherche à recoller les morceaux. La mère Mélanie (Susan Sarandon) n'a toujours pas oublié son enfance dans un camp de prisonniers près de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale. Son mari David (Christopher Plummer), un professeur beaucoup plus vieux qu'elle, a multiplié les aventures avant de tomber malade. Et il y a leur fils, Benjamin (Roy Dupuis), ce témoin du présent parfois très extérieur du passé qui cherche à véhiculer les meilleures valeurs à son propre enfant (Dakota Goyo). Un jour, les affres de la guerre ressurgissent des ombres lorsque des gens qui ont joué un rôle clé dans l'existence de Mélanie reviennent la visiter. Comment réagira-t-elle devant son ancien mentor Jakob (Max von Sydow) et surtout le ténébreux Christopher (Gabriel Byrne), un garçon qui avait son âge pendant les affres de l'Histoire?
La distribution est alléchante. Comment un film peut-il être mauvais s'il met en vedette Susan Sarandon, Christopher Plummer, Max von Sydow, Gabriel Byrne et Roy Dupuis? C'est justement la principale force de "Emotional Arithmetic". Les comédiens sont souvent au sommet de leur art et les confrontations ne tardent pas. Et elles viennent généralement par deux. Hommes, femmes et enfant s'affrontent et se dévoilent en mélangeant le passé et l'avenir. Les motivations, les désirs et les sentiments de culpabilité reviennent à la vie après de longues discussions parfois animées. Outre Dupuis qui reste un peu en retrait, les autres acteurs attendent le bon moment pour briller. Byrne se veut aussi mystérieux qu'attachant, Sarandon se terre derrière un autre personnage à l'équilibre instable et il est difficile de trouver un meilleur duo (duel?) que celui composé de Plummer et de von Sydow tant les papys brillent de mille feux.
Un long-métrage, aussi bien joué soit-il, a cependant besoin de plus de carburant pour arriver à bon terme. De ce côté, le cinéaste Paolo Barzman (qui a auparavant réalisé Time is Money avec le même von Sydow, en plus de Charlotte Rampling et de Martin Landau) mise principalement sur les sens. La musique de Normand Corbeil est mélodique à souhait, avec ces soudaines envolées et ces instants cristallisés. Les différentes pistes sonores demeurent solides, alimentant les enceintes d'élans symphoniques, du souffle du vent, des orages soudains et du passage d'un train. La traduction francophone est tout à fait louable et il y a d'intéressants sous-titres blancs en anglais.
Les paysages, majestueux, ont été tournés dans les Cantons de l'Est du Québec, et le soin apporté aux éclairages est de tous les instants, avec cet orange propice à la discussion et ces teintes sombres évoquant le drame et le malaise. L'image demeure donc ample, exploitant à fond une large palette de couleurs. Les savoureux détails ornant la photographie se développent avec ces contrastes plus que parfaits et cette utilisation du noir et blanc lors des ellipses chronologiques.
Malgré tout, "Emotional Arithmetic" tarde à intéresser. La mise en scène, bavarde et plutôt classique dans son approche, n'arrive jamais à fonctionner correctement tant le rythme lent fait du surplace. Peut-être que le roman de Matt Cohen passe correctement d'une époque à l'autre, mais les ruptures entre la campagne sécurisante et les bribes d'un passé traumatisant sont plus ou moins bien intégrées à l'écran. Pire, la prémisse ne dit rien de très nouveau sur le sujet, et aucun discours significatif ne reste en tête une fois la tombée du générique.
Cette austérité de presque tous les instants atteint son paroxysme par les personnages. Lorsqu'ils tergiversent, tout se déroule presque parfaitement. Sauf que le dévoilement des sentiments et des émotions ne se fait pas sans heurt. Les êtres demeurent froids, leurs passions restent en retrait et l'histoire d'amour tant attendue n'a pas lieue tant le scénario simplifie les enjeux. De quoi rester sur sa faim avec une finale prévisible et attendue qui confirme que la roue du temps est généralement implacable.
La pochette présente les cinq protagonistes principaux qui se rencontrent devant une maison ornée de verdure. Le menu principal du DVD reprend cette pose en demeurant statique. Seule une mélodie à la fois triste et harmonieuse se fait entendre. Outre la bande-annonce originale qui explique un peu trop les enjeux et une série de publicités, deux suppléments sont à l'honneur. Le premier est un documentaire de quinze minutes retraçant la réalisation, le scénario, la quête des meilleurs comédiens disponibles et la nécessité de tourner au Québec. Tout cela n'est cependant qu'un simple avant-goût à ces séries de questions et de réponses où Christopher Plummer, Paolo Barzman, Max von Sydow, Gabriel Byrne et Susan Sarandon se prêtent au jeu. Les questions de l'animatrice ne sont pas toujours éclairées et le montage fixe endort, sauf que ces 48 minutes fondent comme du beurre dans une poêle. Les propos sont savoureux et ils permettent de mieux cerner les personnages.
Production construite pour remporter le maximum de prix, "Emotional Arithmetic" ne tardera pas à attirer l'attention. C'est visuellement splendide, la musique reste longtemps gravée en tête et il est difficile de trouver une meilleure distribution. Au même moment, c'est un peu morne et glacial, avec cette conclusion qui tarde à arriver. Il faudra donc s'investir et ne pas abandonner... ou sauter directement au livre qui semble plus approfondi et mieux développé.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 7 |