La paranoïa est partout. Le gouvernement surveille tous les faits et gestes de la planète. C'est dans cet univers de suspicion que se déroule le suspense "Enemy of the State", un très bon divertissement qui s'inspire du cinéma engagé des années 1970 comme The Conversation et Three Days of Condor.
Robert Clayton Dean (Will Smith) est un avocat charismatique qui prend des risques pour confronter ses clients. Un jour, pour des raisons inconnues, ses cartes de crédit cessent de fonctionner et des gens astucieux commencent à le suivre. Lorsque sa vie est mise en danger, il devra jouer au jeu du chat et de la souris avec l'agent Reynolds (Jon Voight) et ses scribes. Afin d'y voir plus clair, Dean obtient l'aide du solitaire Brill (Gene Hackman), un vieux routier qui s'y connaît très bien dans les nouvelles technologies destinées à l'espionnage.
Tony Scott a la réputation d'emprunter différents éléments à d'excellents films pour offrir de bons moments d'action. De Top Gun à Crimson Tide, voilà des œuvres imparfaites qui mettaient les sens en ébullition par des montages nerveux, des éclairages sublimes et un son tonitruant. "Enemy of the State" ne fait pas exception en ressortant la quincaillerie lourde d'effets pyrotechniques, de caméras inusitées et de satellites s'incrustant dans le domaine privé des gens. Ce rythme trépidant bénéficie d'une photographie exceptionnelle. Les images sont époustouflantes, les couleurs étant toujours très distinctes. Un exploit digne de mention, surtout que les teintes foncées et orangées sont souvent utilisées... comme dans la majorité des productions de Jerry Bruckheimer. Le rendu vidéo n'est toutefois pas parfait, quelques éléments de blocage et même des égratignures se font ressentir à quelques endroits.
Encore plus hallucinante est l'utilisation du son. Les hélicoptères, les explosions et ce rythme effarant envahissent les haut-parleurs situés sur les côtés pour en mettre plein les oreilles. Si l'environnement sonore est soigné et très présent, il n'enterre jamais réellement les voix fortes et compréhensibles. Dans le pire des cas, les superbes sous-titres anglophones jaunes sont de la rescousse pour les personnes qui en ressentent le besoin, mais ils ne sont pas obligatoires. Le seul bémol est l'absence totale de pistes sonores ou de sous-titres espagnol et français, un choix douteux et incompréhensible qui rompt délibérément avec l'édition précédente.
Ce soin particulier apporté aux éléments plus techniques n'efface en rien cette histoire inutilement compliquée particulièrement prévisible. Au lieu de soigner la psychologie des personnages, Scott préfère en mettre plein la vue. Un choix conséquent, qui bénéficie d'un scénario à l'avenant, de beaucoup d'humour et d'une distribution prestigieuse comportant autant d'acteurs chevronnés (Gene Hackman, Jon Voigth, Tom Sizemore, Gabriel Byrne) que de nouveaux venus (Barry Pepper, Jack Black, Jamie Kennedy, Seth Green, Jason Lee, Scott Caan, Jake Busey) qui n'étaient pas terriblement connus en 1998. Et il y a Will Smith qui fait du Will Smith, avec son sourire accrocheur, ses blagues tordantes, ses regards en coin et sa façon de courir qui est si particulière. De Bad Boys à I Robot en passant par Wild Wild West, cet acteur excelle à jouer le gentil héros qui gagne à la fin après avoir sué pendant de longs moments.
Effet de mode ou réalité permanente, "Enemy of the State" ressurgit à nouveau sur le marché dans un nouveau boîtier intitulé "Special Edition". Pourtant, les changements ne sont que cosmétiques. La pochette est toujours dans des tons de bleu et de gris, alors que les visages de Smith et de Hackman sont encore en évidence. Le menu principal du DVD, électrisant à souhait, est toutefois très évocateur. Il y a un montage apocalyptique et une pièce lyrique très bien choisie. Un moyen pour annoncer les bouleversements à venir. Ceux-ci ne se trouvent toutefois pas du côté des suppléments, assez ordinaires. Il y a un documentaire de trente minutes sur le tournage qui explique les thématiques, le choix des comédiens et les cascades effectuées. De nombreuses personnes (producteur, réalisateur, acteurs) se prêtent au jeu pour un résultat plus que louable. Tellement plus que ces deux scènes supprimées inutiles, ces publicités de Buena Vista ou cette bande-annonce originale et spectaculaire à souhait. La pièce de résistance s'intitule "All Access: The Showdown" et elle n'est guère mémorable. Des caméras montrent l'envers du tournage de la scène de fusillade finale. Entre conseils techniques et répétitions d'usage, il n'y a rien qui se démarque du lot.
En abordant à peine ses thèmes troubles liés à la protection de son jardin secret et des droits des individus, "Enemy of the State" n'est qu'une pâle copie d'un chef-d'œuvre comme The Conversation. Au moins, c'est suffisamment drôle, rythmé et énergique pour tenir en haleine et pour divertir pendant plus de deux heures. Une course effrénée contre la montre qui remplit ni plus ni moins son honnête mandat.
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |