Figure mythique du cinéma d'arts martiaux, Bruce Lee demeure encore aujourd'hui vénéré comme un dieu par les amateurs du genre et cela, même s'il n'a complété que quatre films majeurs de son vivant. Né à San Francisco, Lee grandit en Chine où il tient de petits rôles dans diverses productions. Vers l'âge de 14 ans, il se dédie à l'apprentissage intensif du Wing Chun, art martial chinois dérivé du Shaolin kung-fu. De retour aux États-Unis où il étudie la philosophie à l'Université de Washington, il développe sa propre technique de combat appelée Jeet Kune Do ("Way of the Intercepting Fist"). Basé sur la fluidité et la flexibilité, ce style privilégie l'aspect fonctionnel à la surenchère de mouvements, et met à profit sa rapidité quasi surhumaine. Il ouvre par la suite à Los Angeles une école de kung-fu qui accepte les élèves de toutes les races et donne des leçons privées à plusieurs célébrités dont James Coburn, Lee Marvin, Steve McQueen et l'étoile du basket Kareem Abdul-Jabbar. Frustré du peu d'intérêt que lui porte Hollywood, malgré qu'il obtint le rôle de Kato dans la série télé The Green Hornet, Lee retourne à Hong Kong où il tourne le dos au célèbre studio des frères Shaw pour signer avec Golden Harvest. Le succès immense que connaissent The Big Boss et Fist of Fury propulse Lee au rang de star incontestée des films d'action en Asie. Après avoir réalisé lui-même Way of the Dragon, Lee, attiré par l'offre alléchante de Warner, abandonne temporairement le tournage de Game of Death pour celui de "Enter the Dragon", son seul film Hollywoodien. Malheureusement, Lee décède subitement d'un oedème cérébral le 20 juillet 1973 peu avant la sortie en salle du film. La controverse entourant sa mort perdure encore aujourd'hui et ne fait qu'ajouter à sa légende.
Comme pour la plupart des films du genre, l'histoire est plutôt simpliste. Le méchant, Han (Shih Kien), un ex moine Shaolin en disgrâce recyclé en baron de la drogue et en marchand d'esclaves, habite un repère fortifié sur une île où il organise chaque année un tournoi d'arts martiaux très couru. Les sbires de Han étant également responsables de la mort de la soeur de Lee (oui oui, Lee s'appelle Lee dans le film), celui-ci aura donc deux motifs de revanche. Aidé de deux autres compétiteurs, Roper (John Saxon) et Williams (Jim Kelly), il tentera de venger sa soeur et de rétablir l'honneur du Temple .
Bon d'accord, pour la subtilité du scénario et les performances d'acteurs il faudra repasser, mais on est pas là pour ça. Il y a de l'action à revendre et les magnifiques décors, très colorés, ainsi que la musique de Laslo Schifrin enveloppent la production d'une atmosphère James Bondesque qui lui sied à merveille. Le clin d'oeil à James Bond ne s'arrête d'ailleurs pas là puisque le méchant a une main artificielle (Dr No) et un chat blanc (Ernst Stravo Blofeld, vilain dans plusieurs Bond). Lee n'est pas un mauvais acteur et il possède une présence scénique certaine, mais c'est évidemment lors des scènes de combats où son charisme crève l'écran. Un poids plume à 5'7", 135 livres, Lee, poussant ses cris stridents typiques, fait preuve d'une maîtrise du corps exceptionnelle, ainsi que d'une fluidité et d'une rapidité sidérante, et cela, sans l'aide de "wire-fu" ou d'effets spéciaux numériques. La chorégraphie des combats n'est pas aussi élaborée que celle de films plus récents comme Iron Monkey ou Once Upon a Time In China, mais la virtuosité de Lee demeure inégalée.
Si je ne m'abuse, il s'agit ici de la quatrième version de ce film offerte par Warner en DVD. Se sont suivies, une édition simple, celle du 25e anniversaire, l'édition spéciale commémorative du 25e anniversaire, et finalement cette édition spéciale deux disques. À chaque fois, on a pu noter une amélioration par rapport aux versions précédentes, mais le consommateur est en droit de se demander si la petite dernière constitue véritablement la version définitive du film. Étant donné la qualité de celle-ci, autant en ce qui a trait à l'aspect sonore et visuel que pour les suppléments offerts, je doute fort qu'il soit possible de faire mieux.
Remasterisée en utilisant un débit numérique plus élevé, ce qui signifie moins de compression et par conséquent un meilleur rendu des couleurs et du niveau des détails, l'image de "Enter the Dragon" est une coche au dessus de celle, déjà excellente, de l'édition 25e anniversaire. Les couleurs sont plus vives, les teintes plus solides et le contraste mieux défini lors des scènes les plus sombres. On note parfois un peu de granularité et un léger sautillement de l'image, mais c'est à peine perceptible. Le ratio est passé de 2.13:1 à 2.10:1, une différence minime. Excellent transfert vidéo. Même amélioration côté sonore. Déjà transférée en Dolby Digital 5.1 pour l'édition précédente, la piste sonore a dû être remasterisée de nouveau puisque le son semble plus ouvert, la spatialité s'étant élargie, nous offrant une trame musicale plus douce et plus enveloppante. Les basses offrent une belle présence, mais les haut-parleurs arrière sont peu mises à contribution ce qui est normal pour un film de cet âge. Les voix sont parfois un peu dures et nasillardes, mais les dialogues sont clairs et faciles à comprendre. Les menus sont statiques, de navigation aisée et accompagnés de musique.
Les suppléments, étalés sur les deux disques, sont d'une grande qualité. Le premier disque nous offre une piste audio commentaire du producteur Paul Heller, la même que sur l'édition précédente. Heller a le ton un brin monocorde, mais son propos est intéressant et informatif.
Dans "Blood and Steel – The Making of Enter the Dragon", un documentaire de trente minutes réalisé spécialement pour cette édition, des gens ayant bien connu Lee et des artisans du film nous parlent de sa vie, de sa carrière, ainsi que du tournage. "Bruce Lee in his Own Words" est un montage fait à partir de documents d'archives en noir et blanc où Lee nous parle de sa philosophie de la vie et des arts martiaux. Ensuite, "A Linda Lee Caldwell Interview Gallery" nous présente 10 courtes entrevues (environ 16 minutes au total) où l'épouse de Lee nous parle de sa relation avec son défunt mari, de son influence sur sa vie et de l'impact qu'il a encore sur le monde. Finalement, "Lair of the Dragon" comprend deux segments: "The Original 1973 Making Of featurette", d'une durée de sept minutes nous offre des images prises pendant le tournage du film et "Backyard Workout with Bruce Lee", qui fait un peu moins de deux minutes, nous montre Lee dans sa cour arrière s'entraînant avec un partenaire.
Le second disque nous offre deux suppléments majeurs. Tout d'abord, "Curse of the Dragon" un documentaire de 87 minutes, nous trace un portrait de la vie de Bruce Lee, s'attardant plus spécialement à son travail devant et derrière la caméra, à la controverse entourant sa vision et son enseignement des arts martiaux, ainsi qu'au mystère planant sur sa mort et sur celle de son fils Brandon. Plusieurs intervenants, dont James Coburn, Kareem Abdul-Jabbar et Linda Lee Caldwell nous parlent de l'homme et de ses passions. Fascinant. Le second documentaire intitulé "Bruce Lee – A Warrior's Journey" fait 99 minutes et se concentre plus sur la carrière de Lee que sur sa vie personnelle. La première heure nous montre Lee l'acteur, tant à Hong Kong qu'aux États-Unis, alors que le reste de la présentation s'attarde sur le tournage inachevé de "Game Of Death", nous présentant des entrevues, des documents d'archives et des portions du film reconstituées d'après les notes originales et les scénarimages de Lee que l'ont croyait à jamais perdues et qui furent retrouvées plus de 20 ans après sa mort. Ça traîne un peu en longueur, mais les fans de Lee y trouveront leur compte. Pour compléter les suppléments, on retrouve onze bandes-annonces du film, quatre pour le cinéma et sept pour la télé.
Si vous êtes un fan de Bruce Lee ou un fan de films d'arts martiaux, je vous recommande cette édition DVD sans hésiter. Si vous ne l'êtes pas a priori, mais qu'un exemplaire de film du genre manque à votre collection, "Enter the Dragon" constitue un excellent choix. Peu importe votre intérêt pour le film, Bruce Lee demeure un personnage fascinant, un homme plus grand que nature que le destin tragique a fait entrer dans la légende, au même titre que James Dean et Marylin Monroe.
| Film | 8 |
| Menu | 5 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |