The Edge of Heaven
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Fatih Akin
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 120 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français/Turque (DDST), Anglais/Turque/Allemand (DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
18 octobre 2008

Dans la lignée des nouveaux réalisateurs les plus prometteurs du septième art, il est difficile d'obtenir une place plus enviable que celle de Fatih Akin. Après son excellent Head-On qui a remporté la récompense suprême à Berlin en 2004, le metteur en scène qui partage la nationalité turque et allemande continue à traiter de ses obsessions les plus singulières avec son grandiose "De l'autre côté" (traduit par "The Edge of Heaven" en anglais) qui a décroché le prix du meilleur scénario au Festival de Cannes de 2007.

Le destin est drôlement fait. Afin de retrouver la fille (Nurgul Yesilcay) de sa nouvelle belle-mère (Nursel Koese) qui vient à peine d'entamer une relation avec son père (Tuncel Kurtiz), le jeune professeur Nejat (Baki Davrak) quitte Hambourg pour s'installer à Istanbul. Mais pendant ce temps, sa belle-sœur se trouve en territoire allemand, fuyant l'hostilité du gouvernement turc. Pour survivre, elle se lie d'amitié avec la généreuse Lotte (Patrycia Ziolkowska) dont sa mère (Hanna Schygulla) ne voit pas cette relation d'un très bon œil. Lorsque la justice vient brouiller les cartes, l'amour et la sensation de se rendre utile auront très souvent le dernier mot, entre ici et ailleurs.

Ce nouveau film du très doué Fatih Akin est un bijou de mise en scène. Ce cinéaste hors pair, très ami avec Guillermo Arriaga (le scénariste attitré d'Inarritu), fait brillamment chevaucher ses histoires. Non seulement ses trames narratives ne sentent pas le préfabriquées (ce n'est pas Babel), mais elles s'avèrent complètement imprévisibles et complémentaires. Les destins se croisent sans jamais s'altérer complètement et les thèmes chauds se succèdent. En deux heures sans aucune longueur, le père de Julie en juillet traite de l'amour, de l'amitié, de la filiation, du sentiment de perte et de la mort en touchant même au sacré. Il demeure engagé en questionnant le rôle de l'Union européenne et les inégalités sociales au sein de deux nations qui ne sont pas rendues au même stade de l'évolution.

Sans jamais faire la morale ni en mettre plein la vue par sa réalisation sans artifice, le cinéaste est également un redoutable directeur d'acteurs. Il puise dans le passé et le présent pour créer un récit aux propensions universelles, ayant justement recours à ce sentiment de mondialisation afin d'ériger des ponts vers ces îlots de solitude. Entre le vénérable Tuncel Kurtiz et la muse de Fassbinder Hanna Schygulla, la délectation est totale. L'émotion coule à flot et elle se matérialise également dans cette jeune génération qui permet à Baki Davrak et à Nurgul Yesilcay de soutirer leur épingle du jeu. Une distribution jouant à l'unisson qui est toujours au service de thèmes majeurs.

L'excellente musique, à se procurer le plus rapidement possible, sait s'éclipser devant ces sentiments intemporels. Akin est également DJ et depuis son intéressant documentaire Crossing the Bridge: The Sound of Istambul, son goût pour les mélodies incollables est connu et reconnu. Les pistes sonores, de très belles factures, utilisent les enceintes en recréant judicieusement des bruits de chevaux, de voitures et de bourrasques de vent. Cela ne se fait pourtant pas au détriment des dialogues qui se saisissent instantanément et dont l'insertion de très visibles sous-titres blancs pourrait plaire à certaines personnes. De son côté, le rendu visuel est délectable. Les touches réalistes sont les bienvenues, la qualité des détails y est excellente et les couleurs justes bénéficient de contrastes tout à fait homogènes. Il n'y a que cette blancheur qui se fait un peu ressentir, tout comme ce blocage apparaissant en quelques occasions.

La pochette du disque montre quatre scènes importantes, mais la disposition attendue des images ne rend pas le boîtier très attirant. Le menu principal du DVD offre un montage de trois séquences différentes sur un air musical qui berce immédiatement l'ouïe. Les suppléments contiennent la jolie bande-annonce originale, deux publicités des précédents ouvrages du cinéaste et, surtout, un documentaire qui prend la forme d'un journal de bord. Pendant 57 minutes, Akin livre ses réflexions tout en traitant des sujets traités et des comédiens retenus. De longues répétitions défilent à l'écran, ce qui permet de mieux saisir l'essence cet art en pleine effervescence. Ce segment, toujours fascinant, touche le sublime, et ce, même si une piste de commentaires aurait également été souhaitable.

Une des œuvres les plus fortes et bouleversantes de cette année 2008, "De l'autre côté" prouve qu'un excellent scénario et de très bons interprètes font toute la différence. Il n'est nullement besoin d'être cinéphile pour embarquer dans l'aventure et puisque le long-métrage peut compter sur une très bonne traduction française, cela ne fait qu'augmenter ses chances d'être vu par un plus large public. Un voyage exemplaire dont les bienfaits sont instantanés, tout en se répercutant à long terme.


Cotes

Film9
Présentation6
Suppléments6
Vidéo8
Audio7