Près de dix ans après son très ordinaire Crazy in Alabama, Antonio Banderas retourne derrière la caméra pour offrir un film beaucoup plus personnel et réussi. Plus que pour son scénario schématique, "El Camino de los Ingleses" ("Summer Rain" ou "The Way of the English" en version anglaise et "Pluie d'été" en version française) mérite le détour pour la réalisation flamboyante de son metteur en scène.
Dans les années 1970 à Malaga, l'été sera le moment opportun pour que des adolescents se transforment en hommes dans cette quête de raisons de vie, d'amitiés parfois douteuses et d'expérimentations sexuelles. Surtout pour Miguelito (Alberto Amarilla), un jeune poète qui vient de se faire enlever un rein et qui courtise la belle Luli (Maria Ruiz). Avec des proches qui doivent vivre en compagnie de parents bizarres et même se rendre en Angleterre pour un mariage, l'existence ne risque pas d'être de tout repos.
L'histoire de "Summer Rain" ne brille pas par son originalité. Il s'agit encore d'un moment précis qui va déterminer le reste de la vie. Il y aura des bons coups et des mauvais, des expériences et des remises en questions, des alliances et des confrontations, de l'amour et des ruptures. Rien pour faire l'école buissonnière. Surtout que le rythme, après une très intéressante première heure, manque de souffle par la suite, devenant de plus en plus lent et prévisible. Arrivant au final avec une conclusion attendue et triste, surtout qu'elle est généralement digne d'un film de Scorsese.
Le jeu des acteurs compense pour ses quelques faiblesses. L'interprétation est généralement détachée et enjouée, restant toutefois un peu manichéenne avec ses bons et ses méchants. Les comédiens (dont l'ombre de Victoria Abril est présent quelques moments) sont aussi beaux que talentueux, n'hésitant pas à séduire par leurs phrases... ou pas de chauds baisers vivants. Ce qui fait presque de ce long-métrage un petit cousin plus frêle de l'excellent Y tu Mama Tambien, sans la charge politique qui l'accompagne.
L'adaptation du livre d'Antonio Soler atteint cependant des sommets par la réalisation hyper soignée d'Antonio Banderas. Les images sont extrêmement léchées, avec des transitions frappantes et un sens inné de la poésie et de la mélancolie. Les couleurs, très vivantes, explorent le maximum de teintes pour en mettre plein la vue. Les contrastes demeurent toujours justes et ils sont souvent importants aux enjeux. Peut-être que des séquences sont trop ensoleillées et d'autres plus ensevelies sous le blocage, mais le rendu dépasse généralement les attentes.
La piste sonore espagnole en Dolby Digital 2.0 est étrangement très animée, avec une succession de bruits diffus tels des claquements de portes, des criquets, des sonnettes et de la pluie. Les voix chaudes portent magnifiquement les dialogues, surtout cette suave narration masculine. Les sous-titres blancs en anglais et en français sont précis à défaut d'être trop petits (et traduits en France), alors que la musique alterne le doux piano, des airs plus étranges, des tubes populaires et une longue mélodie jazz.
La pochette est rien de moins que superbe avec ces deux corps qui se frôlent et se regardent intensément. Une image au dos du boîtier est toutefois fausse. Même si Antonio Banderas apparaît sur cette photographie en compagnie des protagonistes, le nouveau Zorro ne joue pas dans son film. En voilà de la fausse publicité! Après une bande-annonce, le menu principal du DVD montre plutôt des gens sous la pluie, ce qui est un peu moins mémorable. La chanson qui y joue fait presque oublier l'absence de mouvements... mais pas l'inexistence de suppléments.
Par ses images, ses transitions, ses interprètes et son sens de la beauté et de la poésie, "Summer Rain" est une œuvre rafraîchissante. Une petite trouvaille qui, même si elle a été diffusée au dernier Festival du Nouveau Cinéma de Montréal, n'est jamais sortie dans aucune salle québécoise. Il n'y a que le scénario, un peu laborieux, qui freine graduellement le plaisir. Mais il n'y a rien pour empêcher la location, et peut-être plus si affinités.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |