Chaotic Ana
Mongrel Media

Réalisateur: Julio Medem
Année: 2007
Classification: 18A
Durée: 118 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Espagnol (DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
19 août 2008

Le réalisateur espagnol Julio Medem aime les histoires tordues. C'est justement ce qui faisait le charme de son magnétique Sex and Lucia. Ce cinéaste trop peu connu va encore plus loin en mélangeant une multitude de symboles et de pistes de réflexion au sein de "Chaotic Ana", une œuvre fascinante qui n'est cependant pas toujours bien définie.

Une énigmatique philanthrope de Madrid (Charlotte Rampling) recrute des gens à l'imagination fertile afin qu'ils puissent s'exprimer sans aucune censure ni contrainte. C'est elle qui a fait la connaissance d'Ana (Manuela Vellés), une jeune femme créatrice qui semble posséder de nombreux talents mystérieux. Lorsqu'elle rencontre un garçon au demeurant inaccessible, les corps s'enlacent et l'énergie se libère. Cette onde de choc ne risque cependant pas d'apporter que du bonheur à ces quotidiens qui ne semblent pas toujours en phase avec le monde réel.

"Chaotic Ana" est un opus qui a été plongé dans le Styx de l'originalité dès sa naissance. Du début à la fin, tout est étrange, inquiétant, presque menaçant. Sans aucune raison évidente, une femme vient demander les services d'une fille et cette même personne se lie à un inconnu entrevu quelques minutes plus tout. La première heure pique rapidement la curiosité grâce au jeu désinvolte des interprètes. Dans le rôle titre, Manuela Vellés se livre corps et âme à l'entreprise, demeurant continuellement un phare de beauté dans un univers où les zones grises se font de plus en plus présentes.

Dans un film où tout peut arriver, il est étrange que presque rien... ne se passe. En fait, ce long-métrage aborde des pistes et soulève des questions sans jamais les explorer convenablement. Il y a l'union des esprits et la réincarnation, l'être humain dans l'histoire et le sacrifice perpétuel, la quête du bien, la naissance du mal, les pulsions sexuelles et une multitude d'autres symboles (l'eau, les oiseaux du début qui résument absolument tout) qui tendent à être un peu lourds. Surtout que les métaphores explosent à la toute fin au sein de cette tornade où l'hypnose, la charge anti-guerre et l'humiliation font un mélange pas toujours convaincant.

Sans doute qu'il ne faut pas trop décortiquer cette vague où la prétention n'est jamais trop loin. De ce côté, mieux vaut se laisser porter par la très belle réalisation de Julio Medem. Devant la grisaille des lieux et des objets émanent une héroïne aux milliers de couleurs qui éclairent tout sur son passage. Elle arrête le rythme, change le tempo et fait fondre des montagnes par son regard angélique. Un jeu en phase avec la technique, comme en fait foi cette jolie scène de discothèque. Dommage que les contrastes ne soient pas toujours à la hauteur, surtout lors de ces scènes tardives se déroulant dans la pénombre. En revanche, la qualité des images est plus que potable dans ce mélange de réalisme et de lubies.

La musique se veut également très éclatée. Il y a des hymnes dansants et d'autres annonçant un grand départ. Des airs instrumentaux qui savent pourtant s'éclipser pour laisser la place à une excellente composition du groupe américain Wilco. La piste sonore espagnole utilise même les enceintes pour accentuer la sensation d'ivresse où des sons (des vagues, des oiseaux, des cris) diffus se rencontrent. Afin de tout comprendre, l'insertion de beaux sous-titres blancs se veut presque obligatoire.

La jolie pochette colorée montre un corps féminin suivre les rythmes d'une symphonie indéchiffrable. Le menu principal du DVD n'a pas le même effet entraînant. Il n'y a qu'un fond statique montrant un visage perdu. Les quelques notes et l'air chanté qui y jouent mettent cependant de bonne humeur. Après cet opus unique en son genre, il est toujours regrettable de constater qu'il n'y a pas de suppléments afin de mieux saisir certains aspects de la production. Il va falloir regarder le tout à nouveau... ou faire des recherches sur l'Internet.

Plus spécial que réellement captivant et plus éparpillé qu'ordonné, "Chaotic Ana" se veut une belle curiosité à une époque où le consensus prend de plus en plus de place. Sans doute qu'il y a des thèmes insuffisamment développés et que la logique imagée se veut parfois un peu lourde, sauf la charge de culot et d'idée est directement proportionnelle à l'aura de Manuela Vellés, déstabilisante dans le rôle principal.


Cotes

Film6
Présentation3
Suppléments-
Vidéo7
Audio7