Cargo 200
The Disinformation Company Ltd

Réalisateur: Aleksey Balabanov
Année: 2007
Classification: NR
Durée: 89 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Russe (DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-5)
Code barres (CUP): 826262005092

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
3 avril 2009

Continuant à exploiter la satire qu'il a déjà explorée dans son précédent Dead Man's Bluff, le réalisateur russe Alexei Balabanov revient en force avec "Cargo 200" qui rendra sans doute jaloux Érik Canuel et son misérable Cadavres.

Cette sombre histoire inspirée d'un fait véridique se déroule quelque part en URSS en 1984. Après une soirée bien arrosée, Valeria (Leonid Bicevin) et son amie Angelika (Agniya Kuznetsova) débarquent chez un fermier qui a de drôles d'amis. Rapidement, la fille se fait enlever, le garçon part en cavale et la police - incompétente et corrompue - est incapable de faire correctement son travail. Quand ça va mal, ça va mal.

Reconnu pour le réalisme de ses précédents films (dont le plus connu est certainement est Brother), Alexei Balabanov est un cinéaste qui ne laisse pas indifférent. Il est toujours en train de décortiquer le douloureux passé russe et sa dernière missive ne fait pas exception. "Cargo 200" est l'analogie de cette URSS qui tombe en décrépitude, dont la population locale, muselée depuis tant d'années, n'hésite pas à voler les fruits du communisme. Dans les premières minutes, il y a même une fascinante joute verbale sur l'existence Dieu vis-à-vis la doctrine dominante.

Il faut cependant s'habituer au style du metteur en scène. Son sens de l'humour est noir, cynique, amer, morbide et glauque. C'est Delicatessen en plus dérangeant, avec ces cadavres qui apparaissent subitement, ces personnages qui se font littéralement massacrer et cette tragédie humaine qui rend mal à l'aise. Entre rire aux larmes et arrêter le visionnement, la marge est parfois bien mince. Surtout que le discours, s'il est efficace et sans doute rédempteur, manque singulièrement de subtilité. Néanmoins, quelques traits grossis glacent le sang sur cet ancien régime en place, et la façon dont sont décrites les instances de pouvoir est déstabilisante.

La musique variée alterne entre des airs pop accrocheurs et des chansons beaucoup plus hermétiques. Tout pour camper judicieusement l'atmosphère, car la piste sonore russe ne fait qu'utiliser banalement les différentes enceintes en les saupoudrant d'éléments conventionnels comme les rugissements d'animaux, l'eau qui s'écoule et les bruits de différents transports (automobiles, avions, trains). Les images sont tour à tour trop lumineuses dans la première partie et trop sombres par la suite. Ces contrastes aussi homogènes que son sujet ne font pas le poids à côté de couleurs peu éclatantes, de blocage persistant, de plusieurs égratignures et d'un grain parfois trop envahissant. Quelques éclairages lors de scènes de discothèque tentent toutefois de racheter le tout.

La pochette noire est dominée par un poing: c'est le choc qu'aura le spectateur en regardant cette œuvre atypique, à la fois intelligente et primaire. Le menu principal du DVD est simpliste, superposant une mélodie bizarre à une courte séquence répétitive. L'absence de suppléments est regrettable, surtout chez les gens qui aimeraient en savoir davantage chez ce cinéaste atypique.

Sans être le meilleur long-métrage d'Alexei Balabanov, "Cargo 200" est assurément un de ses plus provocateurs. Plusieurs situations restent longuement en tête, et sa description d'une nation en déroute est dotée d'un féroce humour noir qui ravage tout sur son passage. Ce n'est peut-être pas pour tout le monde, mais plusieurs personnes (et surtout celles qui ont adoré Fargo) risquent d'y trouver leur compte.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments-
Vidéo4
Audio6