Catherine Deneuve (née Catherine Fabienne Dorléac), une des actrices françaises les plus respectées de l'industrie, a plus de cent films à son actif, depuis Les Collégiennes d'André Hunebelle en 1957 jusqu'au tout nouveau Un conte de Noël présentement en tournage avec le réalisateur Arnaud Desplechin. Ce qui nous intéresse aujourd'hui sont les quatre films qu'elle a tournés pour Jacques Demy, soit "Les Parapluies de Cherbourg" (1964), "Les demoiselles de Rochefort" (1969), "Peau d'âne" (1970) et "L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune" (1979).
Je ne vous cacherais pas que mon intérêt pour ce coffret Deneuve/Demy était de voir la curiosité "Les Parapluies de Cherbourg" dont j'avais vu les quelques dernières minutes à la télévision durant le temps des fêtes. Une histoire d'amour comme tant d'autres, mais qui a la particularité d'être totalement chantée du début à la fin, peu importe le type de dialogue. C'est l'histoire de Geneviève Emery (Catherine Deneuve) et de Guy Foucher (Nino Castelnuovo), la fille de la vendeuse de parapluies et un mécanicien, dans la municipalité de Cherbourg en Normandie. Évidemment, la mère (Anne Vernon) n'est pas très d'accord que sa fille de seize ans tombe amoureuse d'un homme, surtout un qui n'a même pas complété son service militaire. Elle n'écoute que son coeur et fait comme tout bon adolescent (elle ignore les conseils de sa mère). Il est cependant appelé au front et le couple se quitte douloureusement. Elle apprend après quelques mois à sa mère qu'elle est enceinte de l'enfant de Guy, nouvelle qui arrive en même temps qu'une mauvaise nouvelle de l'impôt. Obligée de vendre ses bijoux pour payer ses impôts, la mère rencontre Roland Cassard (Marc Michel), un riche marchant de pierres précieuses, qui lui à son tour tombe amoureux de Geneviève. Celle-ci se sentant délaissée par Guy qui lui écrit de moins en moins, et le fait que Rolland veut bien de son enfant, elle décide de le marier. À son retour, Guy ne sera plus la même personne.
Un mélodrame bien ordinaire, mais avec des personnages quelque peu attachants malgré leur unidimensionnalité. La musique de Michel Legrand est probablement le plus grand personnage du film. Elle réussit amplement à nous amener larme à l'oeil. Le film est présenté en trois segments bien distincts avec des émotions bien à elle allant d'ensoleillé (même sous la pluie) à grandiose. Deneuve passe de la petite fille amoureuse à la madame élégante sans émotion d'un acte à l'autre, montant déjà son grand talent d'actrice. J'entends murmurer les lecteurs que j'ai toujours dit ne pas aimer les musicals, mais ce film tombe dans une catégorie bien unique, mais qui ne gagnera certainement pas de concours pour le talent à la chanson des acteurs qui le composent.
Passons au second film, "Les demoiselles de Rochefort", une co-réalisation de Demy avec Agnès Varda. Les demoiselles, ce sont Delphine (Catherine Deneuve) et Solange Garnier (Françoise Dorléac), enseignantes de musique et de danse dans la petite ville de garnison provinciale de Rochefort. Une troupe musicale arrive en ville et monte la fête tout en dansant. En fait, il est rare de ne pas les voir danser dans une scène! Tout ce beau monde en place, chacun cherche l'amour, sans voir qu'il n'est qu'à deux pas d'eux.
Ce film est complètement à l'opposé des "Parapluies de Cherbourg", alors que ce dernier est dramatique, celui-ci est ensoleillé. L'attrait réel du film n'est pas dans l'histoire, mais bien dans les nombreux numéros de danse. Il y a plusieurs de ces numéros qui ont attiré l'attention de celui qui n'aime pas vraiment la danse. Surveillez les quelques pas de danse de Gene Kelly (dans le rôle d'Andy Miller l'amoureux de Solange), complétés par ceux de George Chakiris (connu pour West Side Story), Michel Piccoli, Grover Dale et Jacques Perrin.
Le troisième film de l'ensemble est "Peau d'âne", un conte de fées musical adapté de l'histoire de Charles Perrault. Un roi (Jean Marais) perd sa reine en lui faisant la promesse de ne se remarier qu'avec une femme plus belle et mieux bâtie qu'elle, pour qu'elle lui donne un héritier. Après de longues recherches, on lui propose sa propre fille (Catherine Deneuve). Cette dernière se fait conseiller par sa fée marraine (Delphine Seyrig) qui lui propose plein de trucs, ultimement de se vêtir dans une peau d'âne et de se cacher dans une cabane dans le fond des bois où elle sera découverte par un prince charmant (Jacques Perrin).
Avec un âne qui défèque de l'or et des bijoux, de vieilles dames qui crachent des grenouilles, une histoire d'inceste, une fée marraine avec des idées bizarres, ce n'est certainement pas un conte de fées que nous pourrions voir ailleurs (on est loin de Disney!). C'est certainement un des films les plus "étrange/spécial" que j'ai vus, avec ses décors faits d'animaux en peluche, des servants aux couleurs du royaume (bleu pour celui de la princesse et rouge pour le royaume du prince charmant), des costumes plus encombrants qu'autre chose et une musique de Michel Legrand qui sonne pas mal années 70. Malgré la thématique, ce film s'écoute bien en famille. Mes filles ont bien aimé!
"L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune" est un long titre (le plus long dans le cinéma français) pour une petite comédie légère pleine de trous dans laquelle Marco Mazetti (Marcello Mastroianni), enseignant d'auto-école, apprend qu'il est "enceint". Un gynécologue affirme que c'est le poulet aux hormones alors que sa femme Irène (Catherine Deneuve) croit d'abord qu'il l'a trompée. Les spécialistes font de lui un événement médiatique, ce qui ne plait pas vraiment au couple. Probablement le rôle le plus stupide que Deneuve a joué. À ce que j'ai lu un peu partout, c'était le début de la fin de Demy. J'ai cependant bien apprécié le segment de spectacle de Mireille Matthieu où elle chantait "Mon Paris"!
Passons au côté technique. D'abord, parlons des menus qui sont complètement inutiles alors que leur seule et unique fonction est de démarrer le film. On aurait pu programmer le lancement du film à l'insertion du disque. Le son est moyen pour toutes ces productions, me faisant ni chaud ni froid. Pour ce qui est de l'image, les versions des deux premiers films incluses ici ont été restaurées par la femme de Demy, la réalisatrice Agnès Varda. Une belle rénovation de la pellicule, mais un transfert de Koch sur DVD sans éclat et surtout avec un manque de détail effrayant. Par exemple dans "Les demoiselles de Rochefort", un numéro d'immatriculation sur un véhicule est difficile à discerner correctement alors qu'il est en premier plan et les couleurs pastel des murs de la ville sont ternes et délavées. Il y a aussi beaucoup de renforcement des contours qui sont à leur tout malmenés par une compression numérique trop forte. "Les Parapluies de Cherbourg" a eu la chance d'avoir été conservé en trois négatifs noirs et blancs distincts qui ont été rassemblés en 1996 lors de la restauration. De là, un plus grand niveau de détail pour ce film, mais qui pourrait être bien mieux. "Peau d'Âne", pour sa part, a été rénové par Cine Tamaris en 2003 et une piste sonore Dolby Digital 5.1 a été du même fait créée, offrant un déploiement un peu plus grand que la piste mono originale, mais encore.
Aucun supplément ne se retrouve sur ces disques. Il aurait été pourtant intéressant d'ajouter le documentaire de 1992 "Les Demoiselles de Rochefort ont eu 25 ans" réalité par Agnès Varda elle-même et je suis certains que les autres films ont eu aussi quelques documentaires dans leur vie. Une ancienne version de "Peau d'Âne" dirigée au marché américain sous le nom de Donkey Skin contient beaucoup de suppléments... en anglais. Audiovisuel moyen, aucun supplément, cette série de films semble avoir été mise sur DVD très rapidement et avec peu de moyen pour un public francophone. Je suis franchement déçu du contenant de ces uniques productions.
| Film | 7/6/6/3 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 4 |
| Audio | 4 |