Le couple du fascinant La moustache, Vincent Lindon et Emmanuelle Devos, reprenne du service pour une histoire plus triste et normale. Malgré son sujet propre au pathos, "Ceux qui restent" réussit autant à faire rire qu'à faire pleurer en parlant de mort et de vie pendant plus de 90 minutes.
Bertrand (Lindon) va tous les jours à l'hôpital pour savoir si sa femme touchée par le cancer du sein va mieux. Il fait la rencontre de Lorraine (Devos), une bien vivante à l'humour parfois douteux qui se rend dans ce lieu austère pour prendre des nouvelles de son copain affublé d'un cancer du colon. Au fil des rencontres, les deux personnes "qui restent" discutent et se lie d'amitié, jusqu'au jour où les sentiments et les pulsions prennent le dessus... De quoi compliquer considérablement les choses.
Le premier film de l'actrice et scénariste Anne Le Ny (elle y tient même un petit rôle) ne brille pas par sa mise en scène déroutante et sa continuité de plans séquences. Il s'agit plutôt d'une œuvre sobre et maîtrisée qui tâte avec doigté l'amour, l'amitié, la solidarité, le sacrifice, le deuil et la solitude. Le long-métrage se déroule presque toujours dans les mêmes lieux, en évitant tout de même les chambres des patients. Cette répétition des mouvements et des actions est présente pour donner du tonus aux personnages et, ultimement, les montrer noblement dans leur souffrance. Si les larmes sont présentes, elles n'apparaissent jamais très longtemps, et quelques dialogues particulièrement bien écrits finissent par faire rire.
Il s'agit toutefois d'un opus basé sur le charisme et la prestance de ses deux têtes d'affiche. Comme c'est généralement le cas, le duo fait des flammèches. En chien piteux et triste qui bouille comme un volcan, Vincent Lindon déplacerait des montagnes. Il semble continuellement épuisé et défait, tout en trouvant l'énergie nécessaire pour ne pas faire sombrer ses proches. Face à lui se trouve une Emmanuelle Devos plus enfantine et extravertie, un clown blanc plus profond qu'il n'y paraît. À côté de ces deux pôles, il y a des intrigues secondaires pleinement intéressantes qui tournent autour de la belle-fille de monsieur et, plus superficiellement, de ses deux sœurs.
Le réalisme des images est de tous les instants. Les teintes sont correctes, les couleurs plus que précises et le niveau des détails demeurent appréciables. Du blocage se veut toutefois envahissant, apparaissant sur des chemises, des jupes et même le front d'un personnage! Les pistes sonores francophones ont beaucoup de caractères, surtout celle en Dolby Digital 5.1 qui utilise des bruits de voitures, de pluie et d'écho pour créer une ambiance lourde. À tel point que les voix peuvent en souffrir, ne s'avérant pas toujours assez élevées. En revanche, les sous-titres anglophones blancs sont pertinents sans être transcendants, et l'harmonieuse trame sonore de Béatrice Thririet - qui se prend parfois pour Philip Glass - espace efficacement quelques morceaux plus populaires en demeurant constamment dans le bon goût.
La jolie pochette présente Devos et Lindon séparés par une barbe à papa. Les regards en disent beaucoup. Le menu principal reprend cette idée en demeurant statique. La musique qui y joue se veut très douce, presque sereine. Hormis l'intéressant long-métrage, il y l'honnête bande-annonce originale et une série de publicités comprenant des extraits de l'excellent Contre toute espérance, du délicieux Caramel, du sublime Les chansons d'amour, de l'adolescent Et toi t'es sur qui? et du guerrier L'ennemi intime. Que des bons titres en perspective!
Au lieu de se perdre dans le mélo collant et ronflant, "Ceux qui restent" a l'intelligence de suggérer au lieu de montrer. Le sujet n'est pas rose, mais il y a de belles touches d'humour qui touchent la cible. Et un duo de formidables interprètes qui font l'impossible pour toucher le spectateur... en y arrivant la plupart du temps. Cela fait du bien de voir une œuvre sortie de nulle part qui ne s'oublie pas en quelques heures.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |