Demeurant dans les mêmes zones que son sensible La petite Jérusalem, la cinéaste Karin Albou continue d'explorer les liens souvent destructeurs entre deux éternels frères ennemis.
En 1942, les Allemands cognent à la porte de Tunis, détruisant l'équilibre entre des amies de longue date. Nour (Olympe Borval) est une musulmane qui aimerait beaucoup aller à l'école. De son côté, Myriam (Lizzie Brocheré) est une juive dont la mère française est criblée de dettes. Chacune voit leur mariage - arrangée ou pas - arriver à grands pas, avec ce mélange de peur et d'incertitudes engendrées par l'avenir.
Pour son deuxième long-métrage de fiction, Karin Albou ne s'attaque pas à des thèmes évidents. Si ces sujets universels ont déjà été exploités par le passé, le traitement se veut intime et personnel. Le regard au féminin se fait sans heurt, abordant les élans de l'amour et la nécessité de l'amitié et de la solidarité, titillant du même coup la sexualité et l'émancipation. Le tout est englobé dans une sphère politique et historique, mélangeant racisme et guerre mondiale, classe sociale et intolérance.
Devant ces scènes terrifiantes, inquiétantes, mais parfois attendues se tiennent quelques moments d'une forte véracité, s'éloignant du même coup des chemins communs pour arpenter des endroits plus sombres et difficiles. Contrairement au délicieux Caramel de Nadine Labaki, l'épilation n'a pas toujours meilleur goût, offrant au passage des séquences troublantes. Lorsque le récit a tendance à s'enliser, il y a de vibrantes interprètes qui viennent à la rescousse. Dans un rôle délicat et nuancé, Lizzie Brocheré offre une prestation remarquable, alors qu'Olympe Borval se positionne toujours au bon endroit pour lui renvoyer la balle.
La musique variée propose quelques mélodies tout à fait adaptées aux propos, des chants plus traditionnels et d'inspirants élans instrumentaux. Les pistes sonores francophones demeurent généralement immersives, avec ces instruments, ces applaudissements, ces avions, ces alarmes et ces obus qui éclatent des différentes enceintes. Cela n'entrave nullement les dialogues généralement compréhensibles qui peuvent être soutenus par de visibles sous-titres blancs en anglais. De prime abord, la riche photographie semble avoir déteint sur les images. Le niveau des détails est appréciable, les couleurs froides donnent beaucoup de style et quelques teintes plus enfumées sont les bienvenues. En revanche, les contrastes sont imparfaits, et la combinaison de grain et d'égratignures vient souvent gâcher le plaisir rencontré.
La pochette verte, bleue, noire et blanche montre deux personnages importants. Le menu principal du DVD reprend cette idée, malheureusement statique et sans musique. Les rares suppléments se limitent à une bande-annonce et quelques publicités, ce qui est trop peu.
Moins mémorable et enveloppant que La fiancée syrienne d'Eran Riklis, "Le chant des mariées" demeure une œuvre forte et inspirante sur l'amitié et les affres de la guerre. Bien que les péripéties se déroulent à une époque donnée, leurs répercussions pourraient arriver n'importe quand, renvoyant au mythe de Sisyphe et de cette pierre - l'Histoire - qui se répète inlassablement.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 7 |