Avec des cinéastes comme Alain Resnais et Michel Deville, Claude Chabrol est un des plus grands cinéastes français encore vivants. Au cours de sa longue carrière, il n'a jamais cessé de se réinventer, passant de la comédie au drame (en combinant souvent même les deux), multipliant les portraits probants de figures atypiques. Au lieu de s'asseoir sur les lauriers de son deuxième film, Les cousins, qui a remporté l'Ours d'or à Berlin à 1959, il a enchaîné les tournages, les succès et les échecs, sans jamais abandonner. Même qu'à l'âge de 77 ans, papy est toujours d'attaque, lui qui vient tout juste d'offrir l'ingénieux L'ivresse du pouvoir et le très réussi et ironique La fille coupée en deux qui prendra l'affiche au Québec dans le courant de 2008.
Après l'ordinaire collection de huit de ses longs-métrages par la compagnie Pathfinder en 2004, voilà que Koch récidive en lançant un nouveau coffret avec des résultats tout aussi inégaux. D'un côté, il y a trois œuvres - "Poulet au vinaigre", "Inspecteur Lavardin", "La cérémonie" – généralement réussies, distrayantes et enlevantes. Sauf qu'au-delà des qualités cinématographiques plus qu'enviables, le reste laisse à désirer. À commencer par ce boîtier désuet qui est tout sauf agréable à l'œil. Trois pochettes ordinaires apparaissent et il n'y a aucun livret expliquant la démarche du créateur de Le boucher. Même constat au niveau des suppléments, royalement inexistants. Le menu principal des DVD, qui consiste à superposer une mélodie à un plan généralement en mouvement, ne permet pas de sélectionner une scène en particulier. Il est seulement possible d'accéder aux productions et rien d'autre! Pour la navigation riche et variée, il faudra repasser.
Les doutes se poursuivent lors des visionnements. Les images sont souvent blanchâtres et les contrastes manquent nettement de profondeur. Les couleurs ne sont guère vivantes et la définition des contours laisse à désirer. Quelle chance qu'il y a souvent de beaux paysages pour attirer la rétine ailleurs! Cela se passe un peu mieux du côté audio. La piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 est correcte, laissant échapper des bruits de voitures et d'oiseaux des différents haut-parleurs. Puisqu'il n'y a aucun sous-titre, les voix se devaient d'être audibles et elles le sont. Quant à eux, les multiples airs musicaux de Matthieu Chabrol réussissent à recréer des instants de suspense sans verser dans l'outrance.
Heureusement, les récits font oublier la plupart de ces largesses. Les deux premiers mettent en vedette Jean Poiret qui incarne l'inspecteur Lavardin, un policier qui pourrait ressembler à Hercule Poirot ou à Columbo, mais avec des méthodes encore plus discutables. Dans "Poulet au vinaigre" (1985), il enquête sur le décès et la disparition de gens qui gravitent autour d'un immeuble très convoité. L'histoire, qui tarde à tenir en haleine, pourrait décourager les amateurs du genre tant les lieux communs semblent abonder. Mais graduellement, les personnages prennent un peu plus d'épaisseur et il est toujours intéressant de revoir l'éternel complice du cinéaste, Michel Bouquet, dans un rôle secondaire et un Lucas Belvaux extrêmement jeune. Futile et sans grande surprise, mais pas dénué d'attrait.
Nettement plus captivante est cette suite non officielle, simplement intitulée "Inspecteur Lavardin" (1986). Poiret reprend le rôle de ce flic sans morale qui doit trouver le ou la coupable du meurtre du mari de son ancienne flamme. Tant de suspects et si peu de preuves. Cette fois, la recherche d'indices se transforme littéralement en fable à la Sherlock Holmes où la quête d'une vie meilleure semble primer sur le reste. Moins de blabla, plus de suspense, de l'humour à revendre et une conclusion un peu facile qui flirte allègrement avec la loi du Talion. Un bon divertissement, quoiqu'un peu trop mineur pour son auteur.
L'oeuvre la plus fascinante du lot est certainement "La cérémonie" qui a été tournée en 1995 et où Chabrol continue son association fructueuse avec Isabelle Huppert. Elle incarne cette fois une jeune postière qui influence négativement la nouvelle bonne (Sandrine Bonnaire) d'une riche famille. Comme c'est souvent le cas, le créateur de Merci pour le chocolat, qui est né dans une famille bien nantie, continue à pourfendre cette bourgeoisie insouciante qui exploite ses employés et qui se complait dans sa suffisance en écoutant du Mozart. La trame narrative, rapidement cynique et inconfortable, est renforcée par le jeu glacial des interprètes, qui culminent à cette finale pratiquement inoubliable, entre Thelma & Louise et Funny Games. Un nouveau sommet dans une carrière déjà bien remplie.
Ce coffret de trois titres de Claude Chabrol qui est offert à un prix tout à fait abordable mérite le coup d'œil uniquement pour les choix sélectionnés, car les autres aspects sont loin d'être recommandables. Obtenir deux sympathiques longs-métrages et un excellent "La cérémonie" pour moins de 30 dollars est une aubaine. Il est seulement dommage que le piètre coffret, l'absence de bonus et la qualité des images se font remarquer au passage.
| Film | 5/6/8 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |